photo grand mère complice avec son petit fils

Garder ses petits-enfants… Corvée ou plaisir ?

Voilà une question qui interroge des vécus bien différents. Il y a les attentes des enfants qui parfois nourrissent un fantasme de grands-parents dispos à tout moment. Il y a aussi des grands-parents prêts à aider et à « garder » les petits-enfants autant que possible, sans se laisser dévorer pourtant. Ou encore des grands-parents très demandeurs mais peut-être un peu envahissants ? « Garder » ou « prendre plaisir » ? C’est là tout l’enjeu de ces liens intergénérationnels où chacun revendique sa juste place… Tout un programme que Catherine a testé pour vous…

Catherine se réjouit. D’ici quelques jours, elle va accueillir ses deux petits-enfants, Manon (18 mois) et Diego (5 ans), pendant une semaine, le temps pour les jeunes parents de se retrouver à deux, nourrir leur intimité et leur envie d’ailleurs hors cet amour inconditionnel qui les aimante à leurs petits.
Aimantée, Catherine, alias Babou, l’est aussi. Même si sa vie professionnelle est bien (trop ?) remplie, elle aime cette disponibilité qu’elle libère pour accueillir les petits. Ils la régénèrent, réveillent en elle l’esprit de découverte et réactivent ses capacités d’émerveillement, sa joie de vivre. Et de se préparer en glanant ici et là des jeux, livres et idées pour les amuser pendant leur séjour.

Mais d’abord, pour que la mayonnaise Babou prenne, il lui faut deux ingrédients de choix :

Le désir
Autrement dit, elle bannit cette idée de devoir garder les petits-enfants. Deux verbes qui puent l’ennui et évoquent plus les papys/mamys-geôliers que les mamys/papys-complices. Bonjour la corvée, exit le plaisir… sauf si le moment est bien choisi. Oui mais… « J’aimerais tellement que mes parents manifestent plus souvent leur envie de prendre les enfants chez eux, un week-end de temps à autre plutôt que d’attendre qu’on les sollicite », confie Gaëlle, la fille de Catherine. Message reçu 5/5 ! Même si dans son for intérieur, elle refuse de ressembler à ces grands-parents omniprésents qui se mêlent de tout. Et puis, elle a aussi sa vie…

Le plaisir
« Retrouver son âme d’enfant sans les diktats de l’éducation, c’est cadeau ! sourit Catherine. Accueillir, c’est accepter de changer de rythme, de s’extraire de son quotidien, c’est faire de la place aux moments partagés. A la surprise, aussi. Car les choses ne se passeront peut-être/sans doute pas comme prévu. Adaptation ! Je me prépare à la rencontre, je choisis des livres, jeux, activités qui m’amusent autant que les enfants. Sinon, Dame Corvée pointe le bout de son nez crochu, bien décidée à faire barrage à Messire Plaisir. Quand je suis avec eux, j’adore les observer et réapprendre à utiliser mes sens. Un plaisir sans cesse renouvelé de les voir découvrir, savourer, humer, respirer, écouter… Une véritable mamythérapie » ! Et d’énumérer tous les bienfaits psycho-spirituo-philoménaux (!) qu’elle en retire. Pour elle, ses petits-enfants sont de vrais pros :

  • de pleine conscience: « quand je vois Manon (18 mois) dans son bac à sable, absorbée par le sable qui coule de ses doigt ou à travers la cuillère-passoire pour remplir son petit seau que consciencieusement elle vide dans un seau plus grand pour immédiatement recommencer avec la même attention pendant de longues minutes, je me dis que Jon Kabat-Zinn (1) peut aller se rhabiller ! ». Une pleine présence à l’instant, comme cette enfant, vaut tous les stages du monde…
  • de fitness : se lever, courir, se pencher, danser, grimper, se percher, ramper… Essayez pour voir !
  • de câlins : des petits bras qui se tendent et c’est tout le cœur qui chavire… On ressort son répertoire de comptines et on chantonne, on berce, on caresse, on se « tendresse ». Place à la méditation-papillon : le regard perdu vers les branches d’un arbre à papillons ou vers les feuilles qui virevoltent dans le vent d’automne. Un moment hors du temps…
  • d’émerveillement : pour un enfant, tout est merveille. Une curiosité sans cesse en éveil qui rallume chez les adultes désenchantés l’étincelle dans leur regard.
  • de philo : tous les pourquoi dans la bouche des enfants interrogent le sens de ce que l’on fait, ce que l’on dit. Pas forcément facile d’ailleurs de répondre à toutes leurs questions… « Je ne sais pas » est aussi une bonne réponse !
  • d’émotions : quand l’enfant pleure, rit, frémit, s’étonne, se met en colère, il le fait « à fond » comme dirait Alexandre Jollien (2). Une vraie thérapie pour les adultes que nous sommes de réapprendre à faire vibrer toutes nos émotions, trop souvent enfouies sous les diktats du regard des autres.
  • de rire : le champion du rire hors catégorie, c’est Diego ! Son rire jaillit à tout moment et éclabousse Babou qui rit à son tour… Une vraie fontaine de jouvence.
  • de communication : stop aux non-dits. Tout s’exprime cash par les mots mais aussi par les expressions du visage, les gestes. « Tout est langage » aimait répéter Françoise Dolto, la mamy de la psychanalyse. Diego, qui n’a pas sa langue en poche, exprime les sentiments qui le traversent en n’hésitant pas une seconde à dire son amour ou son rejet pour l’un ou l’autre. Son papy, quelque peu autoritaire, en a fait les frais… Depuis, celui-ci dose ses accès de sévérité. La comm’ sans les mots, c’est plutôt le registre de petite Manon qui non seulement comprend tout mais sait aussi très bien se faire comprendre. Gestes et intonations, pleurs stridents… et voilà qu’on obtempère !