Hommage à Olivier Strebelle, sculpteur belge de renommée

photo sculpteur olivier strebelle

Le sculpteur Olivier Strebelle est décédé ce samedi à 21h à l’âge de 90 ans. Fils du peintre Rodolphe Strebelle, ce sculpteur belge et membre de l’Académie royale de Belgique a été professeur dans différentes académies et universités aux États-Unis et Canada. Il a laissé ses empreintes en Belgique mais aussi dans le reste du monde:  « Les quatre fils Aymon » au pont des Ardennes à Namur, « L’allée des Athlètes » à Pékin (réalisée lors des JO 2008) ou encore « L’aigle protecteur IV », dans les jardins du domaine de champagne Pommery.

Par Agnès Pirlot de Corbion

Dans le fond d’Uccle, les jardins de la rue Dolez enserrent le bois communal de Verrewinkel. Bouleaux, chênes et pins sylvestres y font bon ménage avec la futaie de grands hêtres, derniers vestiges de la Forêt de Soignes. Tous les jours, Olivier Strebelle parcourait avec son chien les sentiers de ce bout de forêt qui prolonge son jardin. « Je connais ce bois depuis mon enfance. Nous habitions tout près et je venais avec ma maman m’y promener. Elle ramassait de la terre de bruyère qu’elle utilisait pour cultiver ses cactus ». Célèbre et reconnu dès sa vingtième année, l’artiste a fait de cette clairière son port d’attache, un jardin d’éden qui sert d’écrin à sa maison et son atelier.

Une famille d’artistes

Né à Bruxelles en 1927, Olivier Strebelle était l’artiste emblématique de son pays. « Mon père et ma mère étaient peintres, tout comme mon frère, et mon fils est dessinateur. J’ai aussi un frère qui est architecte. Dans la famille, on n’est bon à rien d’autre qu’à faire des trucs comme ça, à rêver… ».

A 15 ans, Olivier Strebelle intègre l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture et des Arts décoratifs de La Cambre à Bruxelles pour étudier la céramique et la sculpture. En 1949, il fonde les Ateliers du Marais à Bruxelles, un des lieux d’expression du mouvement Cobra. Il a partagé ses dons artistiques dans les écoles du monde entier et ses œuvres sont exposées de façon permanente dans toutes les grandes villes. A Namur, c’est lui qui a signé le spectaculaire ‘Cheval Bayard’ en bronze et céramique près du Pont des Ardennes, le long de la Meuse, une œuvre dont il conçu la réalisation à l’âge de 25 ans seulement et qui marqua la transition par étapes du travail de la terre cuite à celui des métaux.

A l’entrée de la capitale, le monumental ‘Phoenix 44’ trône tel un oiseau géant sur l’avenue Louise. En 2001, il réalise son rêve : exposer plus de 30 sculptures sur la prestigieuse place Vendôme à Paris. A Moscou, il réalise l’année suivante une magistrale fontaine en tubes d’acier intitulée ‘L’Enlèvement d’Europe’. En 2008, il crée ‘Athletes Alley’ pour les Jeux de Pékin, un ensemble figuratif gracieux et organique qui révèle cinq personnages soutenant les anneaux olympiques.

De l’atelier au jardin

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Une œuvre commence par un rêve, esquissé par un trait de crayon, lui-même prolongé par une histoire. « Une œuvre doit pouvoir être racontée », confia l’artiste. Jour après jour, dans l’intimité de son atelier, l’artiste dessinait, manipulait la cire ou la terre pour matérialiser la forme, tordait des fils de fer pour créer l’armature qui deviendra l’âme d’une maquette en plâtre. Après avoir abandonné son premier mode d’expression, la céramique, Olivier Strebelle nous a offert principalement des œuvres en bronze et acier.
Toutes ses œuvres sont conçues en étroite relation avec son environnement et on peut rencontrer une réelle symbiose entre l’art et la nature. Certaines, les sculptures-environnement, sont conçues pour entourer l’être humain ou faire partie d’un projet d’architecture ou d’urbanisme. D’autres sont des sculptures-objets, de petite taille, à poser à portée de main dans l’intimité des intérieurs. Puis, une fois agrandies, elles deviennent des sculptures-paysages, faites pour être plantées là, dans la nature, comme des arbres dont les volumes s’interpénètrent.

Un cèdre nommé Pechère

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Certaines de ses œuvres ont trouvé refuge dans son jardin d’un hectare où il a planté chaque arbre de ses mains. « Lorsque je me suis installé ici, en 1950, il n’y avait rien. C’était un champ de pommes de terre qui bordait le bois. En fait, cette maison était surtout un refuge que j’appréciais lors de mes escales à Bruxelles, car j’ai beaucoup voyagé autour du monde. J’ai été professeur dans de nombreuses universités aux Etats-Unis. Je donnais cours la semaine et je revenais le week-end. J’ai traversé l’Atlantique 140 fois » !
De ses voyages autour du monde, Olivier Strebelle a ramené dans ses bagages de jeunes plantes qui sont aujourd’hui des colosses ! Un Beach Pine (Pinus contorta) et des cornouillers à fleurs (Cornus florida), ramenés des Etats-Unis, un noyer du Caucase (Pterocarya fraxinifolia) au feuillage exotique, des glycines qui enlacent sa maison et un Red Pine (Pinus resinosa) à l’écorce rouge ramenés du Japon.
Il y a aussi un magnifique cèdre bleu pleureur de l’Atlas (Cedrus atlantica ‘Glauca pendula’) que venait régulièrement admirer son ami René Pechère et qui, depuis, porte son nom. Dans un patio, le visiteur peut admirer un coin zen composé de gros rochers venant du Pavillon Japonais créé pour l’exposition universelle de 1958 à laquelle il a participé.
Et partout dans le jardin, la découverte de ses œuvres mises en scène dans des chambres secrètes cernées par des vagues de bambous et des écrans de rhododendrons. Le jardin se visite dans le cadre de Jardins en Fête, une initiative de la Bibliothèque René Pechère et de la Région Bruxelles-Capitale.

Infos : jardinsenfete.bvrp.net et www.olivierstrebelle.com