Les mensonges des enfants

Il faut être très prudent quand on parle des mensonges des enfants, prévient Diane Drory, psychanalyste. Tant de nuances colorent les raisons qui poussent un enfant à mentir. A commencer par le besoin de préserver son intimité…

Par Martine Dory

« Vous êtes inquiet de voir votre petit fils de 10 ans mentir à tout bout de champ. Comme le scénario se répète, vous n’avez plus confiance en lui. Et plus il ment, plus vous essayez de le contrôler. Or, c’est justement peut-être pour échapper à ce contrôle permanent qu’il ment. Un cercle vicieux ? On peut le rompre…

Peut-être craint-il votre réaction s’il dit la vérité ? Ou veut-il échapper à ce contrôle qu’il ressent comme une mainmise sur sa vie ? Aujourd’hui, nos petits enfants sont baignés dans la peur permanente qu’il leur arrive quelque chose. D’où le besoin des (grands) parents d’être au courant de tout. L’enfant qui ment met alors en place une stratégie pour préserver quelque chose de son intimité. Cet espace intime est d’ailleurs essentiel pour son équilibre psychique.

Les parents ne doivent pas tout savoir ! Mais où est la limite entre « savoir » et « ne pas savoir » ? On ne peut s’empêcher de faire le lien avec notre société où l’on se sent de plus en plus « pisté ». Avec les puces électroniques qui s’invitent dans nos cartes d’identité, de crédit, d’abonnement, de téléphone…, « on » sait tout sur nous. D’où ce débat plus que jamais d’actualité sur la frontière nécessaire entre vie publique et vie privée. Nos enfants aussi ont besoin de préserver cet espace intime. Et parfois, le seul moyen pour y parvenir, c’est de mentir…

Le problème, c’est le manque de confiance qui s’installe dans la relation.

Ce climat de méfiance, au lieu d’encourager l’enfant à dire la vérité, va au contraire nourrir son besoin de mentir. On l’aura compris, la confiance est une clé pour rétablir un climat sain et serein dans les rapports enfants-(grands)parents. Cela passe par le dialogue. Pas facile pour un parent d’accepter de perdre le contrôle, alors que c’est pour lui une façon de protéger son enfant. Et pourtant, ce qui protège l’enfant bien d’avantage, c’est de sentir qu’on lui fait confiance.

Il intégrera alors aussi qu’il peut se faire confiance. Et activera dès lors ses propres capacités de discernement. Il n’aura plus peur de vous informer de ses choix qui ne sont pas forcément ceux que vous privilégiez. Cela s’apprend petit à petit, au fur et à mesure que l’enfant grandit. Le risque 0 n’existe pas. Et nous, grand parents (Dieu, que c’est difficile !) devons accepter que nous n’avons pas le pouvoir de lui éviter tous les dangers. Ce qui est à notre portée ? C’est de leur transmettre déjà tout-petit l’exigence de dire la vérité et de leur fournir des circonstances où s’exprimer.

A lire:
Les mensonges des enfants : Comment les parents peuvent-ils encourager la sincérité ?
Paul Ekman, Petite Bibliothèque Payot, 2007

Ecrit par un professeur de psychologie, pionnier dans l’étude des expressions des émotions, notamment celles induites par le mensonge, ce livre donne des clés pour comprendre la fonction du mensonge chez l’enfant et son évolution avec l’âge…

Article paru dans le Psychologies
www.psychologies.com