La Femme de la Semaine: Rencontre avec Dominique Leroy

photo dominique leroy

Au royaume plutôt viril de l’entreprise, Dominique Leroy fait partie des rares femmes qui portent la couronne. Elue « Femme d’Exception » en 2011 et « Manager of the Year » en 2015 par le Trends Tendance, elle a aussi obtenu le « Leadership Prize » de Harvard. Sa promotion en tant que CEO du géant Proximus, 3 ans seulement après son arrivée dans l’entreprise, fait d’elle en modèle pour toutes celles qui désirent en finir avec ce fameux « plafond de verre ». Rencontre avec une femme d’aujourd’hui (qui gère pas moins de 14.000 employés en bonne mère de famille) tout en restant connectée à ses valeurs sans brider ses ambitions!

Une Femme parmi les Hommes

Dominique Leroy n’a pas pour habitude de s’épancher sur sa vie dans les médias. En effet, si les médias offrent seulement 9% de visibilité aux femmes aux hautes fonctions de responsabilité, ils perpétuent également inconsciemment les stéréotypes de genre lorsqu’ils leur donnent la parole. Un rapport de recherche mené par l’université de Liège a mis en lumière les pourcentages de stéréotypes liés au genre ou les pourcentages d’adjectifs choisis en fonction du genre. A titre d’exemple, les adjectifs liés au pouvoir ou à la puissance sont absents des portraits féminins. De même, les références à l’agencement « vie privée-vie professionnelle » ou les allusions au physique sont deux fois plus présentes lorsque la personne interviewée est une femme. Pour ces raisons, Dominique Leroy a décidé d’imposer sa discrétion par pudeur davantage que par politesse. « Mes failles, ma vie privée, je les garde pour moi sans quoi, je me serais plutôt dirigée vers un domaine tel que la politique ou le cinéma. Le monde de l’entreprise permet d’être exposée à moindre mesure. Bien entendu, comme tout être humain, j’ai fait des bavures, que ce soit dans ma vie de maman, de femme ou encore de manager. Mais, je ne trouve pas qu’il soit nécessaire de s’y attarder car la clé ne réside pas dans l’erreur mais bien dans l’apprentissage que l’on en retire pour le futur. Garder mon nom de jeune fille est d’ailleurs un choix permettant à mes enfants de ne pas se voir coller l’étiquette « fils de… » qui enlève un certain droit à l’erreur ». 

photo dominique leroy

En haut de l’échelle

Selon un rapport de 2015 publié par l’Organisation Internationale du Travail, les femmes occupent moins de 5% des fonctions dirigeantes dans le monde. Or, leur taux de réussite scolaire reste supérieur à celui des hommes. L’une des raisons qui explique ce constat est que les femmes considèrent leur manque d’expérience et de compétence dans la gestion d’entreprise comme l’un des freins majeurs à sa création ou direction. D’autre part, le plafond de verre qui empêche les femmes d’accéder aux hauts échelons de l’entreprise n’est pas prêt de s’effondrer. « Mon rêve n’était pas de devenir CEO. Mon rêve était de diriger une équipe pour avoir la satisfaction de pouvoir développer des gens. C’est pour cette raison que j’ai fait la Solvay Business School et que je suis ensuite entrée chez Unilever. J’aimais le monde de l’entreprise. Je voulais surtout avoir un impact dans ce milieu, dans la société et sur les gens. Finalement, il s’est avéré que la place de CEO me permettait de réaliser ce rêve. Par exemple, ma place m’a permis de créer la fondation « Digitalent » au sein de la Proximus Foundation. Le but est de former annuellement une centaine de jeunes sans emploi et peu qualifiés aux Technologies de l’Information et de la Communication afin de les aider à se réintégrer dans la société. L’inégalité du marché du travail pour les jeunes qui n’ont pas eu l’occasion ou voulu terminer leurs études me révolte. N’oublions pas que la qualité de la société de demain dépend de la jeunesse d’aujourd’hui. L’injustice dans son ensemble m’indigne. Par ces formations et stages de transitions, j’espère pouvoir contribuer à ma manière à la création de quelque chose de positif. Je viens d’une famille éduquée et c’est l’une des raisons qui me pousse à essayer de donner une seconde chance à des personnes n’ayant pas eu cet atout. La place que j’occupe m’offre la possibilité d’avoir cet impact. J’essaye donc de faire couler de petits ruisseaux en espérant y voir se développer de grands fleuves. Je pense que lorsque l’on suit son instinct et ses ambitions, on finit tôt ou tard par gravir les échelons de nos désirs. Vous ne devez pas choisir une fonction, vous devez choisir une vision et une mission, car, ce sont celles-ci qui vous permettront de vous surpasser et de réaliser des actions significatives».

Si Dominique est indubitablement une entrepreneuse, c’est aussi une maman et une épouse avant tout. Lorsqu’elle évoque ses enfants, son but est « de leur donner « des racines et des ailes ». En d’autres mots, leur procurer un havre de paix dans lequel ils pourront toujours revenir, tout en les poussant à expérimenter toute une série de choses, de manière autonome. Cette ouverture sur le monde doit leur permettre de sélectionner ce qu’ils désirent faire et travailler dur pour l’atteindre. Ma maman disait toujours : Étudie, fais-en sorte de travailler pour être indépendante et libre. A l’époque, Le contexte était différent car les femmes ne pouvaient pas étudier. Maintenant que nous avons ce droit, nous devons l’honorer car quelles que soient les époques, sans la liberté financière, les choix ne sont pas réels. Cette éducation m’a fait comprendre qu’il est très important d’être autonome financièrement, afin de pouvoir assumer ses choix, se réaliser en tant que personne à part entière et être indépendante émotionnellement parlant. Cette liberté permet d’avoir son coin à soi pour s’épanouir dans des rôles autres que ceux de maman ou d’épouse.».

 Jenesaispasdirenon

Avec une petite voix qui lui susurre continuellement « Vas-y et essaye de réaliser ton rêve et ton objectif. Ne baisse pas les bras ! » Dominique entre dans la catégorie des victimes du symptôme « jenesaispasdirenon». Lorsque l’on est passionnée par ce que l’on fait, « flâner » devient en effet la ressource la plus rare car on s’enthousiasme énormément pour un rien. Le secret de Dominique pour garder sa vitalité ? Elle a appris à déléguer autant que possible ! « Heureusement, je peux compter sur l’aide de mon assistante Pernelle. A deux, on forme un duo plus qu’efficace car fondé sur la confiance, la complémentarité et l’organisation. Apprenez à déléguer autant que vous pouvez car sans ça, vous finirez par vous oubliez, vous vous sentirez submergée et vous risquez d’y perdre votre santé ! Quelle que soit votre situation, vous devez apprendre à prendre du temps pour vous, à trouver le juste équilibre entre tout ce que l’on fait pour les autres et se réserver certaines choses pour soi car la vie passe vite ! »

Ainsi, elle se motive certains matins pour une petite course à pied. On ne le dira jamais assez, la production d’endorphine permet d’éliminer le stress et la pression quotidienne pour rester en forme aussi bien mentalement que physiquement. Voilà donc le secret pour calmer le flot d’idées qui tourne à mille à l’heure dans cette âme de visionnaire. Et qui plus est, afin de garder un physique dynamique, nous souffle-t-elle, et éliminer les lourdeurs dues aux nombreux diners au restaurant, obligations professionnelles obligent.

Au sommet de son activité, Dominique espère continuer de faire croître Proximus au mieux et transmettre des valeurs d’éducation, d’ouverture et d’autonomie en Belgique. Elle désire s’engager davantage dans certains domaines sociaux et sociétaux pour pouvoir rendre « un peu de ce qu’elle eut la chance de recevoir ». Et, comme toute maman, son aspiration fondamentale est de voir ses enfants réussir et être heureux, quoi qu’ils fassent.

Mieux la connaître…

Ses super pouvoirs ? Énergie, positivisme, curiosité et humilité sont sans doute ceux qui la caractérisent le mieux. Pour Dominique Leroy, cette soif d’apprendre enrichie de respect et de détermination est essentielle pour pouvoir se développer pleinement. Aimer ce que vous faites, avoir un but à atteindre, être passionnée, mais surtout et avant tout, concrétiser ses rêves dans le respect des autres… C’est là que réside l’une des clés du succès !

Ses mentors ? Apprendre du parcours d’un Nelson Mandela ou d’une Angela Merkel a aidé Dominique à enrober avec élégance une pensée franche et brute. C’est en assumant ses choix, mais surtout en étant trop préoccupée d’avenir et trop consciente d’être une parmi tant d’autres, qu’elle a pu saisir les opportunités lorsqu’elles se présentaient.

Son repas favori ? Poisson et quelques légumes ou Sushis. Elle aime les choses simples pour contrebalancer la complexité offerte dans les restaurants. Tant qu’il y a un petit verre de vin sur le côté « parce que c’est bon aussi »!

Son cadeau idéal ? Du temps pour elle, simplement pour flâner. Plus la vie avance, plus elle prend conscience qu’il faut prendre du temps pour elle-même. Le genre de cadeau qu’elle aime offrir ? Du temps aussi ! Vivre des moments en famille en offrant par exemple un voyage, une expérience, un moment à partager ensemble.

Son conseil ? Apprenez à accepter la chance lorsqu’elle s’offre à vous. La différence entre les personnes qui se considèrent comme chanceuses de celles qui s’auto-identifient comme malchanceuses réside dans le comportement. La chance se prend ou ne se prend pas. Tandis que certains ne perçoivent pas les opportunités qui se présentent à eux, d’autres les créent ! Saisissez ces opportunités lorsqu’elles se présentent, assumez vos choix, adoptez une vision gagnante en pensant d’une autre manière et vous deviendrez une personne incroyablement chanceuse !

Envie d’en savoir plus sur Dominique Leroy, notre Femme de la Semaine ? Découvrez son portait complet dans le livre WonderFul Women paru le 7 septembre 2017 en vente chez Club, Filigranes et Cook & Book. 

Cet article vous a plu ? Ne manquez pas la rencontre avec Brigitte Chanoine, notre Femme de la Semaine prochaine.