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La banque privée à la portée de tous, ça existe

Il est, hélas, habituel dans notre pays – et sans doute aussi dans les pays voisins – de considérer que les services qu’offre une banque privée sont absolument réservés aux happy few. Une affirmation qui ne mange pas de pain. En effet, « quelques-uns », c’est qui ? « Les services qu’offre une banque privée », c’est quoi ?

Par Jean Blavier

Concept évolutif

Tout cela manque de nuances. Au pluriel. Primo, il est de bon ton de dire que le pauvre (?) qui ne détient pas au moins 500.000 euros de patrimoine mobilier ne franchit pas le seuil d’une banque privée. C’est faux. Les banquiers privés ont compris depuis belle lurette que le patrimoine est un concept évolutif. Il peut monter – hélas, il peut baisser aussi – et, surtout, il a bien dû commencer quelque part. Pour être admis comme client dans une banque privée, il faut répondre à un certain nombre de critères dont l’un des plus importants n’est pas le patrimoine dont on dispose, mais le patrimoine dont on disposera. Grâce à son dynamisme par exemple. Un jeune patron d’entreprise qui ne « pèse » que de 250.000 euros mais dont l’avenir se présente sous les meilleurs auspices sera accueilli à bras ouverts.

Secundo, la nature même des services offerts par les banques privées a fortement changé ces dernières années. Ces services se sont industrialisés, lisez « se sont informatisés ». Déposer 500.000 euros dans une banque privée et tabler sur un service sur mesure digne du meilleur tailleur londonien, c’est rêver les yeux ouverts. Les banques privées gèrent aujourd’hui une bonne partie du patrimoine de leurs clients via des fonds et des sicav, c’est-à-dire des organismes de placement collectif (OPC) qui, dans bien des cas, sont des produits maison.

Au risque d’en heurter pas mal, il faut admettre que ce n’est pas un gage de qualité. Ce qui ne veut pas dire que certains de ces fonds ne sont pas de première qualité. Au contraire, certains sont parmi les meilleurs du pays. Là comme ailleurs, il faut faire le bon choix. Le choix de la meilleure banque privée et le choix du meilleur fonds. Ce n’est pas « mission impossible », les canaux d’information et les critères de sélection ne manquent pas. Songez par exemple aux multiples « awards » qui sont décernés chaque année aux gestionnaires de fonds et de sicav. Ou aux publications spécialisées comme MoneyTalk et Test-Achats invest magazine (TAIM). Sans oublier le blog MoneyStore.be

My name is James

Puisque la frontière en-deçà de laquelle on peut disposer de services bancaires personnalisés est devenue poreuse, prenons le problème par l’autre bout. A partir de quand, c’est-à-dire de quel montant, peut-on disposer d’un service personnel ? Il n’y a pas de réponse chiffrée à cette question, mais une réponse franglaise : en fait, le personal banking, alias le private banking low cost, est accessible au plus grand nombre. C’est-à-dire au client lambda des grandes banques universelles qui, pour la plupart, ont mis au point des services de ce type. L’éventail en est fort large et, parfois, assez creux. Ne dit-on pas que dans telle institution le personal banking se limite quasiment à faire entrer les clients par un accès différent de celui réservé au vulgum pecus, le service étant par ailleurs désespérément standard ? En échange, une des plus grandes banques du pays propose à ses clients, avec un certain succès semble-t-il, les services de James, un prénom entouré d’une aura britannique puisque, comme chacun sait, tous les butlers s’appellent James. James est à la disposition de ses clients à toute heure du jour et de la nuit dans sa version informatique, mais pour avoir une conversation au téléphone avec son double en chair et en os il faut prendre rendez-vous.

Quels sont les services auxquels a droit le client du private banking low cost (appelons un chat un chat) ? Inutile de tergiverser : ce sont des services industrialisés. Non pas standard, parce qu’ils peuvent être adaptés aux besoins de chacun – dans certaines limites quand même, notamment le nombre des variantes existant pour les fonds et les sicav -, mais industrialisés, c’est-à-dire produits à grande échelle par l’industrie financière en respectant autant que possible les desiderata de chacun. Un peu comme cela se fait dans l’industrie automobile. Rien se ressemble plus à une VW Golf qu’une autre VW Golf, mais elles sont toutes différentes.