{"id":39332,"date":"2019-03-12T06:38:13","date_gmt":"2019-03-12T05:38:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.fiftyandmemagazine.be\/fr\/?p=39332"},"modified":"2019-03-13T10:43:46","modified_gmt":"2019-03-13T09:43:46","slug":"hadja-lahbib","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.fiftyandmemagazine.be\/fr\/culture\/rencontres\/hadja-lahbib","title":{"rendered":"Rencontre avec Hadja Lahbib"},"content":{"rendered":"<span class=\"span-reading-time rt-reading-time\" style=\"display: block;\"><span class=\"rt-label rt-prefix\">Reading Time: <\/span> <span class=\"rt-time\"> 8<\/span> <span class=\"rt-label rt-postfix\">minutes<\/span><\/span><h2>\u00ab\u00a0Faire d\u00e9couvrir le bon, le juste. C\u2019est \u00e7a, mon fil rouge.\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>Malgr\u00e9 le verglas, elle comptait venir \u00e0 v\u00e9lo \u00e0 notre shooting, ce matin-l\u00e0. Pour cause de pneu crev\u00e9, elle se rabat sur une voiture partag\u00e9e mais celle-ci n\u2019est pas dot\u00e9e de mat\u00e9riel de d\u00e9givrage. Elle finit par sauter dans un tram puis un m\u00e9tro. Trois ans que Hadja Lahbib a renonc\u00e9 \u00e0 la voiture individuelle et modifi\u00e9 drastiquement sa fa\u00e7on de vivre pour contribuer \u00e0 l\u2019effort \u00e9cologique collectif. \u00ab\u00a0Non, ce n\u2019est pas facile mais si on n\u2019est pas pr\u00eat \u00e0 changer soi-m\u00eame, comment exiger que les autres changent\u00a0? Comment croire que les choses vont changer\u00a0?\u00a0\u00bb, analyse-t-elle avec lucidit\u00e9.<\/p>\n<p>Si, vu d\u2019en haut, son parcours affiche un trac\u00e9 100% coh\u00e9rent, il n\u2019est pas de tout repos au quotidien. Plut\u00f4t locomotive que wagon, tr\u00e8s exigeante avec elle-m\u00eame, elle pr\u00e9sente le JT \u00e0 la RTBF depuis plus de vingt ans (JT Soir d\u00e8s 97 et le JT depuis 2003), m\u00e8ne l\u2019\u00e9mission <em>Tout le Baz\u2019Art<\/em> (qui a succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 <em>Quai des Belges<\/em>) sur Arte et la Une, tout en r\u00e9alisant des documentaires et portant des projets pleins de sens, comme celui d\u2019une r\u00e9sidence d\u2019artistes avec potager pour tous \u00e0 Floreffe.<\/p>\n<div id=\"attachment_39528\" style=\"width: 624px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-39528\" class=\"wp-image-39528\" src=\"https:\/\/www.fiftyandmemagazine.be\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/hadja_lahbib_1.jpg\" alt=\"hadja_lahbib\" width=\"614\" height=\"409\" srcset=\"https:\/\/www.fiftyandmemagazine.be\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/hadja_lahbib_1.jpg 1110w, https:\/\/www.fiftyandmemagazine.be\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/hadja_lahbib_1-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.fiftyandmemagazine.be\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/hadja_lahbib_1-450x300.jpg 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 614px) 100vw, 614px\" \/><p id=\"caption-attachment-39528\" class=\"wp-caption-text\">\u00a9 Emmanuel Laurent<\/p><\/div>\n<p>Elle n\u2019a pas renonc\u00e9 au reportage de guerre pour autant, auquel elle s\u2019est consacr\u00e9e de longues ann\u00e9es (Afghanistan, Pakistan, Bangladesh&#8230;) mais elle attend que ses enfants aient pris leur envol pour retourner \u2018au front\u2019&#8230; Quand on l\u2019entend raconter qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 orient\u00e9e d\u2019office vers une section professionnelle \u00e0 12 ans en raison de son milieu d\u2019origine, on ne peut que ressentir un grand sentiment d\u2019injustice.<\/p>\n<p><strong>Avec le temps, on se rapproche souvent de son enfance. Que gardes-tu de cette \u00e9poque\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai toujours v\u00e9cu avec une grande part d\u2019enfance en moi. J\u2019ai une tr\u00e8s bonne m\u00e9moire des instants de vie qui m\u2019ont forg\u00e9e dans mes choix et dans une certaine r\u00e9volte aussi. J\u2019ai tr\u00e8s vite per\u00e7u qu\u2019une fille avait moins de droits qu\u2019un gar\u00e7on. Je sentais que quelque chose m\u2019\u00e9tait interdit ou refus\u00e9. Cela a \u00e9t\u00e9 fondateur. Le regard de l\u2019autre, quand on a les cheveux bruns fris\u00e9s et qu\u2019on na\u00eet dans un pays auquel on n\u2019appartient pas \u00e0 l\u2019origine, a \u00e9veill\u00e9 en moi des signaux \u2018Warning\u00a0!\u2019.<\/p>\n<p>Je n\u2019avais pas l\u2019inconscience des autres enfants&#8230; La quarantaine, c\u2019est aussi parfois voir dispara\u00eetre des \u00eatres chers. J\u2019ai perdu mon p\u00e8re il y a quelques mois. Je l\u2019ai vu tomber malade, s\u2019amoindrir avec le temps qui prend sa place, qui te retire tout doucement celui que je percevais comme un colosse immortel. Face \u00e0 mon p\u00e8re malade, j\u2019avais de nouveau 5 ans, j\u2019\u00e9tais d\u00e9munie, sans d\u00e9fense. Puis j\u2019ai pris conscience qu\u2019un chapitre de notre histoire familiale \u00e9tait en train de se terminer et qu\u2019un autre devait s\u2019ouvrir, dans le regard de mon p\u00e8re, il y avait de la confiance paisible. Je l\u2019ai embrass\u00e9 et lui ai dit qu\u2019il pouvait partir. Quand un anc\u00eatre s\u2019en va, un enfant devient adulte peu importe l\u2019\u00e2ge, il faut porter, transmettre \u00e0 son tour.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce que ton p\u00e8re t\u2019a transmis\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Mon p\u00e8re, c\u2019est mon premier amour, comme pour toute petite fille. C\u2019est lui qui m\u2019a appris le pardon, la tol\u00e9rance, le respect, la dignit\u00e9. Il avait un fichu caract\u00e8re mais il \u00e9tait tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9. Quand on a 93 ans, et qu\u2019on est entour\u00e9 d\u2019amour et d\u2019amiti\u00e9, on peut dire qu\u2019on a r\u00e9ussi sa vie\u00a0! Il a toujours \u00e9t\u00e9 juste, honn\u00eate. Cette droiture, il l\u2019avait dans sa posture, dans son regard, sa fa\u00e7on d\u2019\u00eatre, dans la raret\u00e9 de sa parole aussi. On \u00e9tait un peu des contraires pour \u00e7a.<\/p>\n<p>Et en m\u00eame temps, on s\u2019adorait. Le silence avait chez lui autant de poids que les mots. Quand il parlait, par contre, c\u2019\u00e9tait en g\u00e9n\u00e9ral droit dans le mille, une v\u00e9rit\u00e9 historique qu\u2019on gardait pr\u00e9cieusement jusqu\u2019\u00e0 la prochaine.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cisif chez toi pour tracer ta propre voie\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai vu r\u00e9cemment le documentaire sur Omar Sy. Il dit\u00a0: \u00ab\u00a0Ma chance, c\u2019est de ne pas avoir eu de chance.\u00a0\u00bb J\u2019aurais pu le dire. Quand on na\u00eet dans un milieu auquel on ne s\u2019identifie pas, on sent bien qu\u2019on est diff\u00e9rent. Et je me sentais diff\u00e9rente au sein de ma fratrie aussi. Mon fr\u00e8re m\u2019appelait \u2018l\u2019erreur de r\u00e9incarnation\u2019 parce que je m\u2019int\u00e9ressais au bouddhisme et \u00e0 des tas de choses auxquelles mon \u00e9ducation et mon origine ne m\u2019amenaient pas.<\/p>\n<p>L\u00e0 o\u00f9 c\u2019\u00e9tait tout trac\u00e9, je n\u2019allais pas. Il m\u2019a fallu des ann\u00e9es, un peu moins de r\u00e9volte \u00e0 l\u2019\u00e9gard de mes parents et mon milieu, un apaisement, pour d\u00e9couvrir que nous sommes cinq enfants comme les cinq doigts de la main. Tous tr\u00e8s diff\u00e9rents, avec une fonction diff\u00e9rente dans la famille. Finalement, je me dis que mes parents nous ont laiss\u00e9 beaucoup de champ libre.<\/p>\n<p><strong>Mais la libert\u00e9, quand elle est totale, est parfois lourde \u00e0 porter, non\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Mes parents ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9racin\u00e9s et quand on est d\u00e9racin\u00e9, on repart de z\u00e9ro, toutes les portes peuvent \u00eatre ouvertes. Ils ne m\u2019ont jamais dit qu\u2019ils \u00e9taient fiers de moi. Mais peut-\u00eatre \u00e9tait-ce juste parce qu\u2019ils n\u2019attendaient rien de moi\u00a0? Le fait d\u2019\u00eatre sans attente m\u2019a laiss\u00e9 de la libert\u00e9. Et cela m\u2019a aussi oblig\u00e9e \u00e0 ressentir la responsabilit\u00e9 de la libert\u00e9.<\/p>\n<p>Quand on est libre, on se prend en mains. C\u2019est beaucoup plus dur parce qu\u2019on doit \u00eatre son propre guide. \u00c0 toi de trouver ton chemin. L\u2019angoisse du vide et de se tromper est encore beaucoup plus grande. J\u2019\u00e9tais tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re envers moi-m\u00eame, surtout quand j\u2019\u00e9tais jeune. Je devais m\u2019assumer seule. Si je doublais, je n\u2019avais plus de bourse, donc j\u2019aurais d\u00fb encore plus travailler pour payer mes \u00e9tudes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_39529\" style=\"width: 633px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-39529\" class=\"wp-image-39529\" src=\"https:\/\/www.fiftyandmemagazine.be\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/hadja_lahbib_2.jpg\" alt=\"hadja_lahbib\" width=\"623\" height=\"415\" srcset=\"https:\/\/www.fiftyandmemagazine.be\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/hadja_lahbib_2.jpg 1110w, https:\/\/www.fiftyandmemagazine.be\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/hadja_lahbib_2-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.fiftyandmemagazine.be\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/hadja_lahbib_2-450x300.jpg 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 623px) 100vw, 623px\" \/><p id=\"caption-attachment-39529\" class=\"wp-caption-text\">\u00a9 Emmanuel Laurent<\/p><\/div>\n<p><strong>Dans ton travail de r\u00e9alisatrice ou de journaliste, on a l\u2019impression que tu tends avant tout ton micro aux personnes qui n\u2019ont pas beaucoup voix au chapitre\u00a0: les femmes d\u2019Afghanistan, du Kenya, les immigr\u00e9es de la 1<sup>re<\/sup> g\u00e9n\u00e9ration, les artistes&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>Comme je voulais \u00eatre utile au monde, j\u2019ai h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier la m\u00e9decine. Quand j\u2019ai pu tendre mon micro, me faire l\u2019interpr\u00e8te de causes justes, j\u2019ai compris que j\u2019\u00e9tais \u00e0 ma place en journalisme \u00e0 l\u2019ULB. Tout prenait un sens. Je me vois comme une messag\u00e8re, une interpr\u00e8te. Quand je couvrais les conflits, raconter comment l\u2019histoire s\u2019\u00e9crit \u00e9tait tr\u00e8s grisant. Je voulais montrer qu\u2019en Afghanistan et en Irak, les gens sont comme nous tous\u00a0: ils aiment leur femme, leurs enfants et ils souhaitent \u00eatre heureux.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui encore, dans <em>Tout le Baz\u2019Art<\/em>, je me fais le relais des artistes qui sont pour moi des barom\u00e8tres tr\u00e8s importants de la soci\u00e9t\u00e9. Je mets un point d\u2019honneur \u00e0 parler autant de femmes que d\u2019hommes. Et ce n\u2019est pas \u00e9vident parce qu\u2019elles ne se mettent pas aussi facilement dans la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Comment g\u00e8res-tu l\u2019angoisse climatique omnipr\u00e9sente\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Je r\u00e9agis en agissant. Je tends vers le \u2018z\u00e9ro d\u00e9chet\u2019, je suis sans voiture depuis plusieurs ann\u00e9es. J\u2019ai deux v\u00e9los, un grand pour de longs trajets, un pliant pour mettre dans le coffre d\u2019une voiture partag\u00e9e, d\u2019un taxi le soir ou dans un tram, un train. Je vis autrement. C\u2019est vrai que je prends plus de temps pour me d\u00e9placer. Je suis parfois en retard. Mais au niveau de mon \u00eatre, de ma conscience et au niveau physique, je me sens mieux.<\/p>\n<p>Avec de nombreux amis, on a aussi plant\u00e9 100 arbres fruitiers haute tige \u00e0 Floreffe, o\u00f9 j\u2019ai achet\u00e9 une ancienne fermette que j\u2019esp\u00e8re habiter un jour. Dans cet \u00e9crin de verdure, je souhaite proposer un potager accessible \u00e0 tous dans les prochaines ann\u00e9es. Et je veux faire de cet endroit une r\u00e9sidence artistique pour les cr\u00e9ateurs qui se cherchent parce que rien n\u2019inspire plus que la nature. Elle nous ram\u00e8ne \u00e0 l\u2019essentiel, les saisons, la vie, la mort, le changement dans un rythme ancestral, elle nous pousse \u00e0 voir loin, au-del\u00e0 d\u2019une vie humaine. Cela me rassure de voir des arbres qui existaient avant moi et qui seront toujours l\u00e0 apr\u00e8s.<\/p>\n<p><strong>L\u2019engagement semble une seconde nature chez toi. Tu d\u00e9bordes de tous les c\u00f4t\u00e9s, avec passion&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>Oui, c\u2019est vrai. Et ce n\u2019est pas toujours confortable, pour moi comme pour mon entourage. J\u2019ai beaucoup confiance en la vie. Mais entre deux passions, il y a des h\u00e9sitations, des questions. Quand je sens que \u00e7a bloque, c\u2019est une souffrance qui me consume de l\u2019int\u00e9rieur. Je suis alors capable de perdre 1 kg par semaine.<\/p>\n<p>Et pourtant, \u00e0 48 ans, quand je regarde derri\u00e8re moi, je d\u00e9couvre une \u00e9trange harmonie, continuit\u00e9 dont je suis la premi\u00e8re surprise. L\u2019\u00e9quipe avec laquelle on a cr\u00e9\u00e9 <em>Tout le Baz\u2019Art<\/em>\u00a0est la m\u00eame avec laquelle je travaille sur diff\u00e9rents projets depuis plus de 10 ans. Je crois qu\u2019on n\u2019arrive jamais \u00e0 rien seul, moi j\u2019ai besoin des autres, de leur regard, de mes anges gardiens (les \u2018Gabriel\u2019 se reconna\u00eetront) qui peuvent me dire\u00a0: \u00ab\u00a0Stop, c\u2019est bon Hadja\u00a0!\u00a0\u00bb Et me rappeler que le mieux est l\u2019ennemi du bien\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Tes enfants sont de jeunes adultes de 20 et 22 ans. Comment les accompagnes-tu ?<\/strong><\/p>\n<p>Ils savent qu\u2019ils peuvent compter sur moi. Je suis tr\u00e8s maternelle en fait. Cela fait partie de toutes les contradictions de ma personnalit\u00e9 (rires) car en m\u00eame temps j\u2019\u00e9touffe quand je ne suis que m\u00e8re et mes enfants le savent aussi. Quand ils sont en blocus ou en examen, je suis l\u00e0 pour faire le m\u00e9nage, les courses, les repas, relire leurs travaux, les faire r\u00e9citer, les encourager&#8230; C\u2019est un \u00e2ge qui peut \u00eatre cruel car l\u2019avenir se dessine \u00e0 un moment o\u00f9 ne sait pas encore tr\u00e8s bien qui on est, o\u00f9 on se cherche encore. Les rep\u00e8res, les rencontres sont d\u2019autant plus importants\u2026 Mon r\u00f4le est d\u2019\u00eatre l\u00e0, de les aider \u00e0 prendre leur envol.<\/p>\n<p><strong>Est-ce que tu as des peurs ?<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab Si tes r\u00eaves ne te font pas un peu peur, c\u2019est qu\u2019ils ne sont pas assez grands \u00bb, je ne sais pas de qui est cette phrase, mais elle me parle. Elle pousse \u00e0 avoir de la perspective, \u00e0 fuir cette peur qui peut \u00eatre paralysante et nous amener \u00e0 stagner dans un train-train quotidien confortable et ennuyeux\u2026 Je pr\u00e9f\u00e8re la peur \u00e0 l\u2019ennui. Changer, quitter sa zone de confort, \u00e7a ne se fait pas sans peur raisonnable, sinon c\u2019est de l\u2019inconscience. La premi\u00e8re peur que l&rsquo;on \u00e9prouve, me semble-t-il, est celle de la fin. On a tous peur de la mort mais on ne peut vivre pleinement que quand on l\u2019a accept\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Est-ce que c\u2019est plus compliqu\u00e9 de vieillir \u00e0 l\u2019\u00e9cran\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Je n\u2019ai jamais voulu me retrouver devant la cam\u00e9ra, on est toujours venu me chercher. Et dans mes projets personnels, je suis derri\u00e8re la cam\u00e9ra. J\u2019ai toujours eu du mal \u00e0 me regarder. Passer \u00e0 l\u2019\u00e9cran, pour moi, c\u2019est toujours une \u00e9preuve et en m\u00eame temps une th\u00e9rapie, parce que je suis oblig\u00e9e de m\u2019accepter avec mes d\u00e9fauts.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a rien de plus cruel que l\u2019\u0153il d\u2019une cam\u00e9ra pour mesurer \u00e0 quel point on vieillit d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e&#8230; Et il y a une in\u00e9galit\u00e9 de traitement entre les hommes et les femmes. On critiquera moins un homme avec des rides et des cheveux blancs qui continue \u00e0 faire de la t\u00e9l\u00e9. J\u2019aimerais voir plus de femmes \u00e2g\u00e9es dans les m\u00e9dias, et partout ailleurs ! D\u2019autant que, personnellement, je me sens plus jeune aujourd\u2019hui, un peu comme ces peintres qui se rapprochent en vieillissant de la beaut\u00e9 brute et na\u00efve d\u2019un dessin d\u2019enfant.<\/p>\n<p><strong>Adamo, l\u00e9gende vivante<\/strong><\/p>\n<p>Auteur de trois documentaires \u00e9patants sur des femmes, <em>Afghanistan &#8211; Le Choix des Femmes<\/em> (2007), <em>Le cou et la t\u00eate<\/em> (2008) au Kenya et <em>Patience, patience, t\u2019iras au paradis<\/em> (2014 &#8211; <a href=\"http:\/\/www.patience-patience.com\">www.patience-patience.com<\/a>), Hadja Lahbib cor\u00e9alise en ce moment un film sur Salvatore Adamo. \u00ab C\u2019est une commande qu\u2019a re\u00e7ue Wilbur Leguebe, r\u00e9alisateur de la RTBF \u00e0 la retraite. Voyant la connexion que j\u2019avais pu \u00e9tablir avec Adamo en peu de temps, au cours de <em>Tout le Baz\u2019Art<\/em>, il m\u2019a demand\u00e9 de cor\u00e9aliser avec lui. Adamo est un homme fabuleux, tr\u00e8s talentueux, charmant. Cela me pla\u00eet de le faire red\u00e9couvrir. De dire au public belge qu\u2019on a encore chez nous un monstre sacr\u00e9 de la chanson, une star internationale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cr\u00e9dits Photos :\u00a0\u00a0\u00a9 Emmanuel Laurent<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><span class=\"span-reading-time rt-reading-time\" style=\"display: block;\"><span class=\"rt-label rt-prefix\">Reading Time: <\/span> <span class=\"rt-time\"> 8<\/span> <span class=\"rt-label rt-postfix\">minutes<\/span><\/span>\u00ab\u00a0Faire d\u00e9couvrir le bon, le juste. 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