La Mamounia, un rêve éveillé

Depuis un siècle, La Mamounia rayonne d’une beauté rare, faite de lumière, de silence et de mémoire. Ce palace n’est pas un hôtel : c’est une respiration, une âme, une promesse tenue. Dans un livre-objet d’art éponyme, La Mamounia, les Éditions Assouline lui rendent hommage — comme une lettre d’amour au Maroc éternel et à cet art de vivre que le monde entier lui envie.

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Aux portes de la médina, derrière les remparts couleur de terre cuite, s’ouvre un monde où le temps s’efface. Les allées bordées d’oliviers centenaires conduisent à des jardins secrets où l’eau, la pierre et le soleil tissent un poème silencieux. Chaque recoin invite à la lenteur, chaque reflet à la rêverie.

Depuis toujours, La Mamounia célèbre l’art du détail et la noblesse du geste. Son élégance est feutrée, presque chuchotée, comme une confidence entre deux respirations. Laurence Benaïm la décrit comme « un mirage tangible, une âme habitée par le temps. Une promesse d’ailleurs, tenue dans le cœur battant du Maroc. » C’est sans doute là son secret : la beauté absolue, mais sans emphase.

La Mamounia

Il est des lieux qui ont connu toutes les gloires sans jamais perdre leur grâce. La Mamounia appartient à cette famille rare : celle des palais habités par l’âme de ceux qui les ont aimés. Ici, les artistes du monde entier ont trouvé refuge, inspiration ou renaissance.

Churchill y peignait la lumière tremblante du couchant. Jacques Brel y voyait « ce rêve civilisé que nous aimerions rencontrer plus souvent ». Charles Aznavour saluait « le parfait mélange de soleil, de gentillesse, de bon goût et de calme ». De Nicole Kidman à Martin Scorsese, d’Isabelle Huppert à Valentino, chacun y a redécouvert le luxe de l’intime.

Les couloirs de marbre, les salons feutrés, les terrasses baignées d’or ont vu passer des décennies d’histoires d’amour, de tournages et de confidences murmurées au crépuscule. Comme l’écrit encore Laurence Benaïm : « La Mamounia ne se visite pas, elle s’habite. C’est un lieu d’éveil, une chambre intérieure. » Et c’est sans doute pour cela que les célébrités y reviennent, discrètement, comme on revient à soi.

Alan Kehoane

À l’heure bleue, quand le muezzin se mêle au chant des oiseaux, le temps suspend son vol. Marrakech respire, La Mamounia inspire.

Peu d’endroits au monde incarnent aussi naturellement l’alliance de l’art et de la vie. À La Mamounia, chaque objet, chaque motif, chaque ombre compose une partition esthétique. Les zelliges, les stucs, les boiseries sculptées racontent des siècles de savoir-faire marocain.

Les œuvres de Jacques Majorelle, Hassan Hajjaj, Chaïbia Talal ou El Glaoui ponctuent les espaces comme des éclats de lumière. Le lustre monumental conçu par le duo Jouin Manku, inspiré des colliers berbères transmis de mère en fille, suspend dans le hall un bijou de verre et de métal — hommage discret aux femmes marocaines et à leur héritage d’élégance.

Le Bar Majorelle, feutré et vibrant, évoque les années 1930 ; le salon marocain, avec ses plafonds peints à la main, invite au recueillement. Et dehors, les jardins prolongent la main de l’homme : oliviers, palmiers, rosiers anciens et bougainvilliers dessinent un tableau vivant. Chaque pierre, chaque fleur, chaque reflet d’eau témoigne du même respect : celui du temps et de la beauté.

Alan Kehoane

Cent ans de splendeur, et rien n’a fané. La Mamounia ne s’endort pas dans la nostalgie. Elle avance, fidèle à son âme. Son secret ? Un équilibre rare entre l’éclat du monde et la paix de l’intime, entre le Maroc des origines et celui d’aujourd’hui.

La Mamounia d’Assouline est plus qu’un livre : c’est une traversée. Feuilleter ses pages, c’est écouter le murmure des fontaines, sentir la chaleur du marbre sous la main, vivre la lenteur d’un après-midi à Marrakech.

Quand le soir descend sur les jardins, les lanternes s’allument une à une, comme des étoiles. L’air s’emplit d’encens et de vent doux. On entend à peine le murmure des oliviers, les pas sur les mosaïques, les rires qui s’effacent au loin. Et soudain, on comprend : ce lieu n’appartient ni au passé ni au présent. Il appartient à ceux qui rêvent.

 


La Mamounia — texte de Laurence Benaïm, Éditions Assouline, 120 €
www.assouline.com

Photo de couverture, copyright : Anson Smart


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