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Sheila, une icône venue d’ailleurs

À 75 ans, l’égérie des années Yéyé est devenue une légende vivante. Alors qu’elle vient de sortir l’album de sa vie, Sheila se confie intimement… en chanson.

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F&M : Votre nouvel album s’intitule « Venue d’Ailleurs ». Et vous, vous venez d’où ? Pourriez-vous nous parler des moments clés de votre parcours ?

Sheila : Bien sûr il y a mes débuts et « L’école est finie », où toutes les jeunes filles s’habillaient comme moi, avec la petite jupe écossaise. Ça reste un merveilleux souvenir, et surtout la réalisation d’un rêve d’enfant. Après il y a eu l’époque américaine, qui a commencé avec B.Devotion, le disco, ma rencontre avec Nile Rodgers et Bernard Edwards. Et puis, il y a le groupe que j’ai retrouvé qui s’appelle H-taag, plus rock, géré par Eric Azhar. Et enfin ce que je suis en train de faire maintenant… Il faut dire qu’avec la vie que j’ai, c’est sûr, je viens d’ailleurs (rires) ! En fait, j’avais cette idée depuis longtemps. Mais j’ai d’abord travaillé avec des gens qui ne comprenaient pas ce que je voulais. Alors j’ai tout recommencé à zéro. Avec une nouvelle équipe, en Belgique. Et je suis heureuse du résultat ! Les critiques sont bonnes d’ailleurs. Comme quoi, quand on se bat pour ce qu’on veut, même si c’est compliqué, et même si on pense qu’on ne va pas y arriver, si on s’obstine : on y arrive ! Cet album s’appelle « Venue d’ailleurs » parce que c’est toute ma vie, tous les styles que j’ai touchés. Il y a un peu de tout. C’est mon histoire. C’est ce que je voulais faire… Voilà, la boucle est bouclée !

F&M : Vous préférez les sixties ou le moment présent ? 

Sheila : Le moment présent ! Je ne regarde jamais derrière. Je pense à ce que je vais faire demain ! Parce que ce qui est fait est fait. Ce qui m’intéresse, c’est ce que je vais faire…

F&M : Comment voyez-vous votre futur justement ? A quoi rêvez-vous ?

Je le vois en tournée. Avec du monde dans les salles… et sans masque ! La liberté retrouvée ! Et puis après la grosse tournée*, je ne sais pas… peut-être que j’écrirai un bouquin. Je ne suis pas à la retraite : je n’arrête pas de bouger. Peut-être que je ferai du théâtre… Je ne sais pas encore. Mais les choses avancent même si je n’ai que des journées de 24 heures. En réalité, je manque de temps…

Où trouvez-vous vos inspirations ?

Dans cet album, j’ai touché un peu à tout. J’évoque les vies antérieures, les âmes sœurs, les chamans… Il y a du spirituel. J’ai aussi abordé la planète. Je suis très concernée par la protection de l’environnement. Il faut savoir que je suis proche du bouddhisme, donc pour moi la Terre c’est notre Mère Nourricière. Je suis très passionnée par tout ça. Je suis pour la défense de la nature. Et, parce que je touche quatre générations, j’avais envie d’aborder des sujets qui nous concernent tous.

Quel message aimeriez-vous faire passer aux jeunes ?

Je leur dirais premièrement qu’il faut bien respecter notre planète. Mais je pense qu’ils en sont beaucoup plus conscients qu’on l’a été au même âge. Et j’aimerais aussi attirer leur attention sur les écrans. Certes, c’est génial, ça nous permet de voyager dans le monde, d’être tout ce qu’on veut… mais ce qui est important c’est la vraie vie, l’échange, le partage, les conversations. Un écran, ça reste impersonnel. Alors que le regard, la main de quelqu’un, c’est l’émotion. Il ne faut pas perdre ces émotions.

Vous avez un positivisme, un courage, à toutes épreuves de la vie. Qui vous l’a transmis ?

Ce sont mes parents ! Ils travaillaient beaucoup. Ils étaient « solides ». Ils m’ont toujours appris : « quand tu dois faire quelque chose, tu le fais, et tu le fais bien ! » Donc, c’est ce que je fais. Et dans tous les moments les plus difficiles de ma vie, j’ai toujours fait mon métier quand même ! D’abord parce que ça m’aidait à tenir, mais aussi parce que c’est respecter l’autre. Le respect, c’est essentiel. On l’oublie un peu aujourd’hui… Au fond, ce serait bien que dans les écoles on fasse de l’instruction civique. Ca ferait beaucoup de bien à l’humanité.

Votre nouvel album est un combiné de tous vos styles de chansons… Pourrait-on le qualifier d’œuvre auto-biographique ?

 Oui. C’est mon histoire. C’est 60 ans d’une vie ! Avec tout ce que ça traverse… C’est pour ça que personne d’autre que moi aurait pu le faire. J’y traite tous les sujets qui me tiennent à cœur. Je ne savais pas comment les gens allaient réagir mais je voulais les emmener sur ma route… Au départ, j’étais un peu stressée. Mais les réactions et les commentaires montrent que les gens ont compris. Ils sont aussi touchés parce que ça les concerne. Vous savez, ce sont des sujets qu’on n’aborde pas par « peur du ridicule ». Mais c’est une erreur, il faut en parler ! Le fait que j’en parle, ça a libéré plein de choses…

Il y a beaucoup d’émotions dans votre nouvel album… C’est votre cœur qui chante. Est-ce que cela vous a permis d’évacuer des souffrances ?

Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est une thérapie… La Rumeur, par exemple, c’est mon histoire bien évidemment. Mais aujourd’hui il faut parler des rumeurs ! Parce qu’avec les écrans, les pseudos et tout ça, on fait des « blagues ». Moi, à mon époque, ça a duré sur 40 ans… Mais aujourd’hui, en une journée, on peut détruire quelqu’un. Et on ne se rend pas toujours compte des conséquences. Parce que la personne qui subit la rumeur vit comme un animal traqué. On n’ose plus sortir, on a peur du regard des autres. C’est terrible. Pour moi, c’est une chasse à courre, la rumeur. Ça tue. Et il y a des exemples ! Il faut que les gamins comprennent que ce n’est pas un jeu. C’est dangereux.

Un album intime à l’accent belge

« Venue d’Ailleurs » dévoile toutes les facettes de Sheila. A la fois pop, rock, disco et piano-voix, ce 27ème album enregistré à Bruxelles oscille entre joie et mélancolie. Il lui ressemble… Comme un clin d’œil aux sixties, Tous yéyé et Baby Doll portent un regard amusé sur l’insouciance des années yéyé. Mais Sheila parle aussi de sujets plus personnels et fragiles. Avec La Rumeur, par exemple, qui la suit depuis des décennies. Ou encore Cheval d’amble, écrit par le dramaturge Christian Siméon et le compositeur de musiques de films Philippe Rombi, qu’elle dédie à son fils Ludo, décédé en 2017 à l’âge de 42 ans. Plus qu’une chanson, c’est un envoi là-haut… Un message pour toutes les mamans qui ont vécu le drame de perdre un enfant.

*Sheila fêtera ses 60 ans de carrière sur scène au Cirque Royal le 5 novembre 2022.

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Sheila racontée par Brice Depasse, le storyteller de Nostalgie 

Pourriez-vous nous faire sa « story » ?

Depuis la petite Annie Chancel qui devient (à 18 ans à peine) un symbole des Yéyés jusqu’à la star internationale du disco, il y a tellement de choses à raconter ! Tant de légendes du show business à évoquer… Comme son producteur halluciné Claude Carrère, une vie privée pas toujours heureuse mise au service des ventes de disques astronomiques,… La liste est (trop) longue.

Elle semble « Venue d’ailleurs »… 

Ou d’un autre temps. Celui où le showbiz était nécessairement glamour et porteur de rêves, le temps des émissions de Guy Lux et des Carpentier, des Unes de Paris Match et des mariages bousculés par des centaines de fans, des paillettes des grands plateaux des émissions de variétés et des boîtes de nuit. Bref, cette époque où les artistes se seraient damnés pour avoir leur nom en lettres rouges accroché à la façade de l’Olympia ou à Broadway.

L’école est finie, Les Rois Mages, Vous les copains, … c’est toute notre jeunesse ! Et son talent n’a pas pris une ride … 

Je note surtout une forte présence, beaucoup plus d’émotion. Les sentiments ont pris la place des feux de la rampe.

Son nouvel album est très poétique… Quelles sont vos impressions ?

C’est un album où le mot Variété n’est pas vain. On passe de la pop dance produite par Nile Rodgers à, n’hésitons pas à le dire, de la grande chanson française comme La rumeur, un titre qui prend à la gorge tant par ce qu’il raconte que par la fragilité de la voix de son interprète.

 


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