Myopie chez l’enfant : Les bons réflexes des grands-parents pour voir plus loin

À l’occasion de la Semaine de la Vision, décryptons les idées reçues sur la myopie et partageons les bons réflexes pour prendre soin de la vue de nos petits-enfants.

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« Éteins cet écran, tu vas abîmer tes yeux ! » « Ne mets pas tes lunettes trop tôt, tes yeux vont devenir paresseux ! » « Mange tes carottes, ça fera du bien à ta vue ! » Cela vous rappelle quelque chose ? Nous avons entendu certaines de ces phrases enfants, nous les avons peut-être répétées à nos propres enfants… et voilà que nous sommes parfois tentés de les ressortir à nos petits-enfants.

Lorsqu’il s’agit de leur vue, les conseils ne manquent pas. Mais entre les croyances transmises de génération en génération et les nouvelles habitudes liées aux écrans, que faut-il vraiment retenir ?

À l’occasion de la Semaine de la Vision, Fifty&Me donne la parole à Jackson Agboke, formateur Alain Afflelou et optométriste, pour démêler le vrai du faux et rappeler quelques gestes simples qui peuvent contribuer à préserver la santé visuelle des enfants.

Et les grands-parents ont leur rôle à jouer. Parce que nous passons parfois des mercredis, des week-ends ou des vacances avec eux, nous sommes aussi aux premières loges pour observer certains petits changements : un enfant qui se rapproche de plus en plus de l’écran, qui plisse les yeux ou qui se plaint régulièrement d’avoir mal à la tête. Car la myopie n’est plus seulement une question de lunettes. Aujourd’hui, la prévention et le ralentissement de sa progression font également partie des enjeux de la prise en charge visuelle.

« Il se rapproche de l’écran parce qu’il est concentré… »

Peut-être. Mais pas seulement. Lorsqu’un enfant se rapproche systématiquement de la télévision, d’une tablette, d’un livre ou de son cahier, cela peut être un simple signe de concentration. Mais cela peut aussi indiquer qu’il ne voit pas suffisamment bien de loin.

Même chose s’il plisse régulièrement les yeux pour regarder au loin, se plaint de maux de tête en fin de journée, se frotte les yeux ou semble rapidement fatigué lors d’activités nécessitant une bonne vision de loin. Autant de petits détails que les grands-parents peuvent remarquer, justement parce qu’ils observent parfois leurs petits-enfants dans un autre contexte que celui de la maison ou de l’école.

« Les premiers signes sont parfois très discrets. Un enfant ne va pas forcément dire qu’il voit mal, puisqu’il ne sait pas nécessairement ce qu’est une vision normale. C’est donc souvent son comportement qui doit alerter les parents », explique Jackson Agboke.

5 idées reçues sur la vue décryptées par Jackson Agboke

« Porter des lunettes trop tôt va rendre ses yeux paresseux. »

FAUX.

Les lunettes ne rendent pas les yeux « paresseux ». Une correction adaptée permet au contraire à l’enfant de voir nettement et dans de bonnes conditions. Et il n’est pas question d’attendre que l’enfant ne voie plus rien à travers ses lunettes avant de les faire contrôler. « L’idée selon laquelle une correction parfaite rendrait l’œil paresseux est un mythe. Chez un enfant myope, le suivi régulier de la correction est au contraire essentiel », rappelle Jackson Agboke.

À retenir : une correction adaptée doit être portée conformément aux recommandations du professionnel de la vision. Même si, de notre temps, on avait parfois tendance à penser qu’il fallait « laisser travailler les yeux » !

« Les écrans sont responsables de la myopie. »

C’EST PLUS NUANCÉ.

Tablettes, smartphones, consoles… nos petits-enfants grandissent avec des écrans qui n’existaient pas, ou beaucoup moins, lorsque nous avions leur âge. Mais le problème n’est pas simplement de regarder une tablette ou un smartphone. Ce qui mérite surtout l’attention, c’est le temps passé en vision de près, de manière prolongée et sans pause, ainsi que le manque de temps passé à l’extérieur. « Il ne s’agit pas de bannir les écrans. Il faut surtout éviter que les activités de près deviennent continues et qu’elles remplacent systématiquement le temps passé dehors », explique Jackson Agboke. Voilà peut-être une bonne raison supplémentaire de proposer une promenade, une sortie au parc ou un après-midi au jardin lorsque les petits-enfants sont chez nous.

« Regarder un écran dans le noir abîme définitivement les yeux. »

NON. MAIS…

Une séance de cinéma improvisée dans le noir ne va pas endommager définitivement les yeux. En revanche, une utilisation prolongée d’un écran peut favoriser la fatigue visuelle, la sécheresse oculaire et les maux de tête, notamment lorsque l’on reste longtemps à la même distance. C’est là que les pauses prennent tout leur sens.

La règle des 20-20-20

Toutes les 20 minutes, regarder pendant 20 secondes à environ 6 mètres — soit 20 pieds. Un réflexe tout simple que l’on peut rappeler aux enfants lors des activités prolongées de près. « La règle des 20-20-20 est un très bon repère pour soulager la fatigue visuelle. Elle ne suffit pas à elle seule à prévenir la myopie, mais elle permet de donner régulièrement une pause aux yeux », précise Jackson Agboke. Autre option : cinq minutes à regarder au loin toutes les heures.

« Les filtres anti-lumière bleue empêchent de devenir myope. »

FAUX.

Les filtres anti-lumière bleue ne sont pas une solution de prévention ou de traitement de la myopie. Les réflexes qui comptent vraiment sont beaucoup plus simples : faire des pauses, éviter de tenir les écrans trop près et surtout passer suffisamment de temps à l’extérieur. Pour les activités de près, une distance confortable doit également être conservée entre les yeux et le support.

« Les carottes peuvent améliorer la vue. »

OUI… MAIS PAS LA MYOPIE.

Voilà une croyance que beaucoup d’entre nous connaissent bien ! Les carottes participent à une alimentation équilibrée et contiennent notamment du bêta-carotène, utile au fonctionnement normal de la vision. Mais non, elles ne vont pas faire disparaître une myopie. Une bonne alimentation contribue à la santé des yeux ; elle ne remplace pas une correction optique ni un suivi visuel.

Le geste le plus simple ? Les emmener dehors.

Et si, au milieu de toutes les recommandations, il fallait n’en retenir qu’une ? Faire sortir les enfants !

Sur ce point, les grands-parents ont parfois une jolie carte à jouer. Une balade, un tour à vélo, quelques courses à pied jusqu’au bout du jardin, une promenade en forêt, un passage au parc… Ce qui ressemble simplement à un bon moment partagé peut aussi être bénéfique à leurs yeux.

Le temps passé à l’extérieur est l’un des facteurs environnementaux les plus régulièrement associés à une diminution du risque de développer une myopie. Lorsque cela est possible, viser 1 à 2 heures d’activités à l’extérieur par jour permet de profiter de la lumière naturelle. Pas besoin de transformer chaque sortie en séance de sport : être dehors et profiter de la lumière naturelle compte déjà.

« Il faudrait presque revenir à l’époque où les parents allaient chercher leurs enfants parce qu’ils avaient oublié l’heure en jouant dehors avec leurs amis ! », sourit Jackson Agboke. Pour une fois que l’on peut ressortir un petit « de notre temps… », celui-ci pourrait donc bien avoir du bon ! Un enfant qui passe moins de temps enfermé devant un écran et davantage de temps à jouer dehors bénéficie aussi d’un environnement plus favorable à sa santé visuelle.

Et si les lunettes pouvaient désormais faire plus que corriger ?

C’est sans doute l’une des évolutions que nous connaissons moins lorsque nos propres enfants n’ont plus l’âge des visites chez l’ophtalmologue.

Aujourd’hui, certaines solutions optiques et médicales ne cherchent plus uniquement à corriger le flou, mais également à ralentir la progression de la myopie chez certains enfants.

Des verres de « freination »

Certains verres utilisent des technologies de défocalisation : la vision centrale reste nette tandis que la périphérie de la rétine reçoit un signal optique spécifique visant à limiter l’allongement de l’œil.

Des lentilles de nuit

Avec l’orthokératologie, des lentilles spécifiques sont portées pendant le sommeil pour modifier temporairement la forme de la cornée.

L’objectif est de permettre une vision nette pendant la journée sans équipement, tout en contribuant au ralentissement de la progression de la myopie chez certains patients.

Des lentilles souples spécifiques

Certaines lentilles souples sont également conçues spécifiquement pour la gestion de la myopie et peuvent être portées pendant la journée.

Dans certaines situations, une atropine à faible dose peut être prescrite par un médecin.

Ces différentes approches font aujourd’hui partie de l’arsenal disponible pour la gestion de la myopie. Le choix d’une solution dépend de l’âge de l’enfant, de sa myopie, de son évolution et de son suivi médical.

Autrement dit, les solutions ont évolué depuis l’époque où nos propres enfants étaient petits. D’où l’importance de laisser les professionnels de la vision déterminer la prise en charge adaptée à chaque enfant.

La myopie : mieux vaut la surveiller que la subir

Le suivi de la myopie repose sur plusieurs expertises complémentaires.

L’ophtalmologue assure le diagnostic médical, recherche d’éventuelles pathologies, prescrit la correction et peut définir ou valider une stratégie de gestion de la myopie.

L’optométriste réalise notamment des mesures précises de la réfraction et peut participer au suivi de paramètres comme la longueur axiale de l’œil ainsi qu’à l’adaptation de certaines lentilles spécifiques.

L’opticien conseille et délivre l’équipement adapté, en veillant notamment au bon ajustement et au centrage des lunettes.

Trois professionnels, un même objectif : accompagner la vue de l’enfant dans la durée.

Et pour nous, grands-parents ? Pas question de nous transformer en ophtalmologues improvisés. Notre rôle est ailleurs : observer, encourager les bons réflexes et signaler aux parents ce que nous remarquons.

Cute little girl showing heart sign

Les 6 réflexes à adopter avec nos petits-enfants

SORTIR
Viser 1 à 2 heures dehors par jour, lorsque cela est possible. Et lorsqu’ils sont chez nous, en profiter pour partager une balade, un jeu dehors ou simplement un moment au grand air.

PAUSER
Adopter la règle 20-20-20 lors des activités prolongées de près. Un petit rappel de temps en temps vaut mieux qu’une guerre permanente contre les écrans.

PRENDRE DE LA DISTANCE
Éviter de lire ou de regarder un écran à quelques centimètres du visage. Pour les enfants, conserver idéalement 30 à 40 cm selon leur morphologie.

VARIER LES ACTIVITÉS
Les écrans ne doivent pas remplacer systématiquement les jeux, le sport ou les activités extérieures. Et ça tombe bien : une partie de cartes, un gâteau préparé ensemble ou une promenade avec Papy et Mamie fonctionnent encore très bien.

OBSERVER
Plissement des yeux, maux de tête, fatigue visuelle, rapprochement excessif d’un écran ou difficultés à voir de loin : autant de petits signaux à remarquer et, le cas échéant, à partager avec les parents.

SUIVRE
Une correction adaptée et un suivi régulier permettent de mieux accompagner l’évolution de la vision.

Finalement, prendre soin des yeux de nos petits-enfants ne demande pas de surveiller chacun de leurs gestes. Quelques bonnes habitudes, un peu d’observation et beaucoup de temps passé dehors peuvent déjà faire partie des réflexes à transmettre. Et cela tombe plutôt bien : les emmener voir le monde reste encore l’un des plus jolis privilèges d’être grands-parents.


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