Notre pays est une terre de paradoxes et les matières financières n’échappent pas à la règle. Une étude européenne* a été menée à travers douze pays d’Europe ainsi qu’en Turquie, aux États-Unis et en Australie. Le croisement des données avec une étude de la
banque ING permet de dégager une tendance claire.
Un patrimoine moyen en bonne position
La banque ING nous offre une plongée au cœur du patrimoine des Belges. « L’épargne est un flux (le revenu moins les dépenses de consommation), tandis que le patrimoine est un stock (mesure d’une quantité accumulée à un instant précis). La richesse d’un ménage s’établit en déduisant les charges (exemple : dettes, loyers, crédits bancaires, etc.) des avoirs totaux », nous rappelle Peter Vanden Houte, Chief Economist chez ING.
Le patrimoine moyen des Belges s’élève à 257 000 euros (ce qui place la Belgique à la deuxième place de la zone euro derrière le Luxembourg), contre 166 000 euros pour la moyenne européenne. À titre de comparaison, celui des Américains — bien sûr tiré vers le haut par d’importantes fortunes — se situe à 899 000 euros. Un différentiel si marqué que la part moyenne investie par les Américains dépasse à elle seule le patrimoine moyen d’un Belge.
L’évolution des habitudes de placements
Les Belges ont toujours été considérés comme de grands épargnants, même si la tendance est légèrement tassée ces quinze dernières années. Ils figurent aujourd’hui parmi les ménages les plus riches de la zone euro, sans pour autant thésauriser. Le profil belge présente une répartition patrimoniale claire : 70 % en investissement immobilier contre 30 % de placements financiers.
Mais qu’est-ce qui nous caractérise ? Nous sommes 43 % à investir, ce qui nous permet de dépasser la moyenne européenne qui se situe à 41 %. La Belgique reste cependant derrière la Suisse et l’Allemagne, respectivement à 48 % et 46 %. Pourtant, près d’un Belge sur quatre n’investit pas encore, mais pourrait franchir le pas à l’avenir. Il est à noter que 47 % des 45-64 ans sont, d’après l’étude de la banque ING, déjà investis et 24,5 % en ont l’intention. Cependant, l’investissement financier global ne représente que 4 % des revenus disponibles des Belges. Ce sont les Allemands qui tirent l’étude vers le haut, avec des investissements financiers se situant juste en dessous des 9 %.
Néanmoins, les Belges détiennent davantage de fonds d’investissement que leurs voisins. Il s’agit d’un véritable changement de paradigme par rapport aux dix dernières années, cette réorientation étant principalement expliquée par la pression fiscale. Depuis 2025, l’investissement en fonds a dépassé les dépôts.
La Belgique se situe à présent en dessous de la moyenne européenne en termes d’épargne, affichant un taux légèrement inférieur à 12 %, alors que les Européens se situent généralement au-dessus de la barre des 15 %. Les Pays-Bas, membres fondateurs du
groupe historique des « Quatre Frugaux » aux côtés de l’Autriche, du Danemark et de la Suède, révèlent une épargne forte, et ce malgré un taux de remplacement des pensions élevé.
À cet égard, sans trop de surprise, la France, compte tenu de ses difficultés à légiférer sur la question, mène le classement des pays les plus anxieux quant aux pensions. En Belgique, nous sommes un peu moins de 70 % à adhérer à l’idée que l’incertitude en matière de pension nécessite une préparation financière rigoureuse. Bien que les investisseurs potentiels se trouvent massivement chez les 18-24 ans (46 % songeant à investir), les 45-54 ans constituent une réserve non négligeable avec 28 %.
Les freins à l’investissement
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas le risque qui constitue la première barrière à l’investissement en Belgique, mais plutôt une croyance ancrée dans l’esprit des investisseurs potentiels : ils ne s’estiment pas assez compétents pour s’engager. En effet, seulement un tiers des personnes interrogées estiment comprendre un investissement direct
(de type action ou obligation). « Il est nécessaire d’accentuer la pédagogie autour de l’éducation financière », nous dit Charlotte de Montpellier, Senior Economist chez ING. Malgré cela, ils restent conscients (61 % des sondés) qu’en période d’inflation, le fait de ne pas être investi représente également un risque. Les Belges font montre d’une tolérance au risque certaine, puisque 47 % d’entre eux acceptent une perte de valeur temporaire d’un investissement en vue d’un gain sur le long terme, contre 42 % des sondés en zone euro.
Prudence est-elle mère de sûreté ? L’adage est bien connu, mais produit-il un effet positif en matière de placement ? Ce n’est pas si évident. Il est d’ailleurs intéressant d’analyser le lien direct entre la prise de risque et la prospérité. L’opinion de l’ensemble des catégories d’âges interrogées demeure néanmoins assez favorable à l’investissement, puisque 59 % pensent que l’investissement en actions contribue à la croissance économique générale, et 62 % estiment que l’engagement privé est nécessaire en plus de celui de l’État.
Le troisième frein est très certainement une imposition trop lourde doublée d’une peur d’un rendement trop faible. Ainsi, 20 % des sondés reconnaissent avoir abandonné leurs projets d’investissement en raison de la complexité des taxes. « Il y a là un travail global de simplification de la taxation ainsi qu’une diminution de la complexité à réaliser », ajoute Charlotte de Montpellier.
Que pouvons-nous en déduire ?
Il faut commencer à épargner dès que possible, tout en gardant à l’esprit qu’il n’est jamais trop tard pour investir. Comme le dit le proverbe : « Le meilleur moment pour planter un arbre était il y a 20 ans. Le deuxième meilleur moment, c’est aujourd’hui. »
Selon le scénario de la banque, investir le quart des nouveaux dépôts au cours des trente dernières années aurait accru le patrimoine financier des ménages belges de 83,3 milliards d’euros.
De 1996 à 2025, 100 euros placés sur un livret d’épargne classique sont devenus 152 euros, contre 420 euros pour un fonds d’investissement. Il s’agit donc bien d’un manque à gagner dont il faut tenir compte et contre lequel se couvrir. À titre indicatif, l’indice boursier américain S&P 500 a crû de 12,4 % depuis le 1er janvier 2026. À bon entendeur…

