À 20 ans, il suffisait parfois d’un regard. À 30, d’un week-end sans enfants. À 50… disons qu’il arrive que le désir demande un peu plus de négociation. Parce qu’entre les nuits moyennes, les journées bien remplies, les hormones qui font leur révolution et un cerveau capable de penser simultanément au rendez-vous chez le dentiste, au dossier à rendre et au contenu du frigo, la libido n’est pas toujours première sur la liste. Difficile d’avoir envie de galipettes lorsque notre organisme réclame surtout… une sieste. Mais voilà une piste à laquelle on pense moins : notre assiette.
Libido et désir
Première chose à savoir : libido et désir sexuel ne sont pas exactement synonymes. La libido possède une dimension biologique et hormonale importante. Le désir, lui, est un cocktail autrement plus sophistiqué : hormones, état émotionnel, relation au corps, stress, qualité du sommeil, disponibilité mentale, relation avec l’autre…
Autrement dit, manger des noix ne transformera pas miraculeusement un mardi soir en scène de cinéma. En revanche, l’alimentation participe à notre énergie générale, au fonctionnement hormonal et à la production de certains neurotransmetteurs impliqués dans l’humeur, la motivation et le plaisir. Et quand le corps fonctionne mieux, il reste parfois davantage de place pour l’envie.
Les nutriments qui veulent du bien à notre libido
Commençons par le plus célèbre : le zinc. On le trouve notamment dans les huîtres — voilà donc l’origine de leur réputation sulfureuse — mais aussi dans les graines de courge ou certaines viandes. Le zinc participe au fonctionnement hormonal normal. Ce n’est pas un aphrodisiaque au sens « trois bouchées et embrasse-moi », mais c’est un micronutriment dont notre organisme a besoin.
Autre allié intéressant : le magnésium, présent notamment dans les amandes, les légumes verts, les légumineuses ou le chocolat noir. Il contribue au fonctionnement normal du système nerveux et aide à réduire la fatigue. Et moins de fatigue, avouons-le, c’est déjà un terrain nettement plus propice au désir.
Les oméga-3, que l’on trouve dans les poissons gras, certaines noix et huiles végétales, ont également toute leur place dans une alimentation équilibrée.
Quant aux vitamines du groupe B, présentes entre autres dans les légumineuses, les œufs, certains légumes et céréales complètes, elles interviennent dans de nombreux mécanismes liés au métabolisme énergétique et au système nerveux.
Bref, rien de très exotique, à part un shot de gingembre et citron pour démarrer la journée ? Mais avant de chercher un improbable élixir aphrodisiaque sur Internet, commençons peut-être par bien nourrir notre corps.
La période de la périménopause et de la ménopause change évidemment la donne. Certains aliments végétaux — notamment le soja, les graines de lin et leurs dérivés — contiennent des phytoœstrogènes, des molécules végétales dont la structure ressemble à celle des œstrogènes. Cela ne signifie pas qu’un bol de tofu remplacera nos hormones disparues ni qu’il réveillera automatiquement notre libido. Mais ces aliments peuvent tout à fait s’intégrer dans une alimentation variée.
Et notre intestin dans tout ça ?
Ah, le microbiote. On finirait presque par se demander s’il existe encore un domaine de notre vie dans lequel il ne mette pas son grain de sel. Les recherches sur l’axe intestin-cerveau montrent en tout cas que notre microbiote dialogue étroitement avec notre système nerveux. Alimentation, humeur et bien-être sont donc loin d’être des univers séparés. La bonne nouvelle ? Nul besoin d’une potion compliquée. Fibres, légumes, fruits, légumineuses et aliments fermentés peuvent contribuer à la diversité de notre microbiote dans le cadre d’une alimentation équilibrée.
Notre ventre ne détient peut-être pas la clé de notre vie sexuelle. Mais prendre soin de lui ne fait certainement pas de mal au reste.
Les troubles-fête
Avant d’ajouter des aliments « spécial libido » à notre liste de courses, regardons aussi ce qui peut nous plomber. L’alcool, d’abord. Un verre peut donner l’impression de nous détendre et de lever quelques inhibitions. Mais davantage d’alcool peut au contraire perturber le sommeil, diminuer l’énergie et altérer la réponse sexuelle.
Même prudence avec l’excès de caféine, surtout lorsqu’elle sert à masquer une fatigue chronique : si elle perturbe notre sommeil ou accentue notre nervosité, le bénéfice risque d’être assez relatif.
Quant aux repas très lourds et à une alimentation dominée par les produits très sucrés ou ultra-transformés, ils ne sont pas les meilleurs alliés de notre énergie au quotidien. L’idée n’est évidemment pas de bannir le gâteau au chocolat sous prétexte de sauver notre libido. Il s’agit plutôt de (re)trouver un équilibre.
Véritable aphrodisiaque
Et si nous cherchions parfois trop loin ? Parce qu’avant le zinc, les oméga-3 ou les graines de lin, il existe quelques fondamentaux beaucoup moins glamour mais redoutablement importants : dormir, bouger, diminuer le stress et se sentir bien dans son corps.
L’activité physique régulière, notamment, agit sur l’énergie, l’humeur, le sommeil et la perception que nous avons de notre corps. Pas besoin de préparer un marathon… Marcher, nager, faire du yoga ou reprendre une activité que l’on aime compte déjà.
Et puis il y a un élément qu’aucune assiette ne peut remplacer : faire une place au désir. Parce qu’à force d’attendre qu’il surgisse spontanément entre deux notifications WhatsApp, nous risquons d’attendre longtemps. Le désir aime aussi le temps, l’imaginaire, la disponibilité, la tendresse, la curiosité. Il aime que l’on se reconnecte à son corps autrement que pour constater une nouvelle douleur au genou. Après 50 ans, notre sexualité n’a pas disparu. Elle peut simplement changer de langage.
Alors, on mange quoi ce soir ?
Pas besoin d’un « menu libido ». Une belle assiette avec des légumes, des céréales complètes ou des légumineuses, une source de protéines, quelques bonnes graisses ; des fruits, des noix ou des graines au fil de la journée… et, surtout, suffisamment de variété et de plaisir pour avoir envie de recommencer demain. Et si vous aimez les huîtres, mangez des huîtres. Pour leur zinc, bien sûr. Enfin… officiellement.

