Emmanuelle Richard

Rencontre avec Emmanuelle Richard à propos de l’abstinence

Avec Les Corps abstinents  (éd. Flammarion), Emmanuelle Richard explore un sujet qui a donné lieu à très peu d’ouvrages. Le sien a brisé des préjugés tenaces liés à une forme de sexualité choisie ou, au contraire, subie. La somme rapportée dans l’ouvrage des témoignages de 15 hommes et 22 femmes, de 18 à 60 ans, participe à la déconstruction des stéréotypes de genre. Et nous questionne en profondeur sur nos rapports à la solitude et à la sexualité.

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L’abstinence, une certaine forme de contre-pouvoir

« J’ai discuté avec celles et ceux qui, comme moi, ne font plus l’amour. » Ainsi débute le document rédigé par Emmanuelle Richard. Comme le précise l’auteure, « il y a plus de 1000 raisons de ne plus faire l’amour. Et chacune d’entre elle est justifiée. » Comme en témoignent les récits des témoins, qui s’ajoutent à la volonté d’Emmanuelle Richard de s’ouvrir sur son expérience personnelle. Une abstinence de plus de cinq ans. Un ouvrage émouvant, qui rappelle également que la crise que nous vivons oblige de nombreuses personnes à subir cette abstinence décrite par Emmanuelle Richard.

Pour débuter, quelle serait votre définition de l’abstinence?

L’abstinence, c’est à mes yeux l’absence de sexualité alors qu’on le regrette, alors que l’on aurait envie d’en avoir une, mais, pour des tas de raisons envisageables, ça ne peut advenir dans les conditions que l’on souhaite ou dont on a besoin.

Le tronc commun dans les définitions que donnent les gens, c’est l’absence de sexualité partagée. Mais chacune des 37 personnes présentes dans l’ouvrage apporte à cette définition une nuance fine qui lui est propre.

Comment expliquer que l’abstinence soit encore un tabou?

Tout simplement parce qu’il questionne directement la notion de solitude, celle-ci étant toujours envisagée comme un échec, ou associée à une charge de souffrance. Et parce que ne pas avoir de sexualité partagée, dans une société qui incite à jouir de tout en permanence, c’est de facto contre-culturel, voire se situer même du côté d’un contre-pouvoir.

L’abstinence est-elle davantage liée à un genre particulier (féminin ou masculin)? Ou à une classe d’âge plus ciblée?

Pas du tout, il y a presque autant d’hommes que de femmes qui s’expriment, de tous âges, puisque les témoignages vont de 18 à plus de soixante ans.

Enfin, peut-on affirmer que nous serons tous abstinents à un moment de notre vie?

Avant que l’abstinence ne me concerne, je pensais comme à peu près tout le monde, qu’elle était le résultat d’un défaut d’opportunités ou celui d’un choix moral.

Je me demande maintenant si celle-ci n’est pas la réalité du plus grand nombre, dans les faits, sans que les gens ne se formulent le mot.

Je suis par ailleurs convaincue qu’elle concernera absolument chaque personne dans son existence, sans exception. La sexualité est une chose qui bouge et évolue en permanence.

Crédits Photo à la une : Pascal Ito.

Les Corps abstinents. Par Emmanuelle Richard. Editions Flammarion, 288 pages.

 


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