La Mode au Musée

Des créations qui ont vécu et se retrouvent figées sur des mannequins dans des salles ? Un musée de la mode, cela peut-être bien plus que cela, avec un résultat souvent heureux. Démonstration en six expositions.

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Près de chez nous…

Alors que l’on pensait pouvoir vous annoncer l’ouverture d’un musée bruxellois dédié au célèbre maroquinier, fournisseur officiel de la Cour de Belgique, on se ravise. A qui sait attendre tout vient à point, ne dit-on pas ? Bien d’autres événements avaient piqué notre curiosité. Focus sur la Belgique avec de petites pointes au-delà de nos frontières.

Reflection, by Jean-Paul Lespagnard

 

Reflection © action-service

A Bruxelles, le vénérable musée du costume et de la dentelle s’est offert un nouveau nom ! Devenu le Musée Mode et Dentelle, l’institution a accompagné sa mutation d’une exposition inédite en collaboration avec Jean-Paul Lespagnard. Le Liégeois n’a pas ses ciseaux en poche… Créateur multi-facettes, celui qui est passé chez Anna Sui et Annemie Verbeke avant de lancer son propre label a enfilé la casquette de commissaire d’exposition pour une invitation à la « Reflection »… Le titre de l’expo fait écho au fil rouge scénographique : le miroir (classique, sans tain), la réflexion des objets et la réflexion intellectuelle qui nourrit le processus créatif. En entrant, les visiteurs sont invités à plonger dans un univers d’inspiration pour Jean-Paul Lespagnard : souvenirs glanés à droite à gauche (Manneken-Pis en Gille de Binche, etc.), œuvres d’art contemporain (Wim Delvoye, Jeff Koons, etc.) et des créations de mode issues des collections du musée. Rien de sa main par contre. La première étape est purement « inspiratrice ». Deuxième salle, à l’étage, la réflexion a opéré : on est face aux créations du Liégeois mises en relation avec les objets qui les ont suscitées. Ces derniers ne sont pas tout dans le processus créatif mais une bonne base. Ce jeu de relations nous rappelle la rétrospective que le MoMu d’Anvers avait consacrée à Dries Van Noten (Inspirations, 2015). Une formule intéressante pour aborder une œuvre et la comprendre. Pour terminer sa visite, le visiteur devient acteur et peut, à sa guise, créer un foulard (qui sera peut-être édité !) en se faufilant dans les coulisses d’une reconstitution du studio Lespagnard. A vos idées ! A épingler ? La gratuité du musée le dimanche 1er avril avec en prime une visite guidée.

Jusqu’au 15 avril

Musée Mode et Dentelle – Bruxelles

www.costumeandlacemuseum.brussels

Theyskens – She walks in beauty

© Olivier Theyskens

Dans le nord du pays, deux lieux consacrés à la mode marquent de leur empreinte le paysage muséal. Deux musées, deux identités différentes. Cette saison, à Anvers, c’est Olivier Theyskens qui est mis à l’honneur à travers une exposition Theyskens – She walks in beauty. Le parcours permet de retracer l’évolution créative à travers différentes étapes de son parcours : ses premières collections sombres et romantiques qui lui ont valu une reconnaissance internationale, son travail chez Rochas à qui il insuffla une nouvelle vision de la couture, le traitement des motifs et des étoffes chez Nina Ricci, etc.

Son univers se décline du prêt-à-porter à la haute couture et l’exposition voyage dans ces aspects. L’abondance d’images fixes ou en mouvement accompagnent le visiteur pour mieux cerner la personnalité créative et le processus qui accompagne chacune de ses silhouettes…

Jusqu’au 15 avril

MoMu – Anvers

www.momu.be

Forever Young

© Iris Apfel

Du côté d’Hasselt, l’idée n’est pas de dresser le portrait d’un acteur du monde de la mode mais plutôt d’axer la programmation vers une approche sociologique de la mode. Forever Young qui s’est ouverte le 10 février, tente d’expliquer la tendance au gommage des âges et des genres dans la mode contemporaine. Le propos de l’exposition s’assied sur le fait que les maisons de mode et les boutiques en ligne offrent de plus en plus de vêtements transgénérationnels : ils peuvent correspondre à la fois aux enfants et aux adultes. C’était impensable au début du XXe siècle.

L’amorce du parcours est historique, puis le travail de designers tels Walter Van Beirendonck, Viktor & Rolf ou encore Gucci et Moschino vient illustrer le propos avec de nombreuses références ludiques et surréalistes au monde des enfants. Forever Young questionne finalement tout consommateur sur son identité, son genre et sa jeunesse dans le contexte de la mode.

 

Jusqu’au 2 septembre

Modemuseum – Hasselt

www.modemuseumhasselt.be


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