Au centre de ce mouvement ? La génération des baby-boomers. Et parmi eux, des milliers de femmes de 50, 60, 70 ans, désormais décisionnaires, co-décisionnaires ou futures héritières.
Donner de son vivant
Selon une enquête menée par BNP Paribas Fortis auprès de 1.114 Belges âgés de 65 ans et plus, 72 % des seniors se disent favorables à une donation de leur vivant.
Dans le détail :
25 % ont déjà transmis une partie de leur patrimoine.
15 % envisagent de le faire prochainement.
31 % se disent ouverts à l’idée.
28 % y sont opposés.
Ces chiffres traduisent une mutation profonde : la transmission ne se conçoit plus uniquement au moment du décès. Elle s’anticipe. Elle s’organise. Elle s’incarne.
Une vague historique
À l’échelle mondiale, les baby-boomers devraient transmettre l’équivalent de 84.400 milliards de dollars d’actifs dans les années à venir. En Belgique, le phénomène est d’autant plus structurant que le patrimoine des ménages est considérable : près de 1.974 milliards d’euros en immobilier et 1.309 milliards d’euros en actifs financiers.
Chez les 65–74 ans, le patrimoine médian dépasse 307.000 euros. Et la « brique » reste centrale : elle représente près des deux tiers du patrimoine dans cette tranche d’âge. Autrement dit, ce qui va changer de mains n’est pas anecdotique. Il s’agit d’un véritable transfert de pouvoir économique.
Un changement culturel
Pourquoi donner maintenant ? La première motivation reste fiscale : 68 % des seniors favorables à la donation souhaitent réduire les droits de succession. Chez ceux possédant plusieurs biens immobiliers, ce chiffre grimpe à 77 %. Mais la dimension familiale est presque aussi forte : 46 % déclarent vouloir avant tout soutenir financièrement leurs enfants.
Dans un contexte où l’accès à la propriété est devenu un obstacle majeur pour les jeunes générations, la donation apparaît comme un levier concret. Apport personnel, transmission d’un bien immobilier, soutien financier ponctuel : la transmission devient un outil stratégique au service des trajectoires de vie.
82 % des seniors favorables à la donation souhaitent transmettre en priorité à leurs enfants. Et près de 46 % des grands-parents envisagent également un transfert direct vers leurs petits-enfants. Nous ne sommes plus dans l’héritage passif. Nous sommes dans l’accompagnement intergénérationnel.
Immobilier : des différences régionales
L’enquête révèle aussi des disparités régionales intéressantes. En Flandre, les seniors privilégient davantage les donations mobilières : 38 % souhaitent transmettre uniquement des actifs financiers, contre 16 % uniquement immobiliers. À Bruxelles et en Wallonie, la donation immobilière est plus fréquente (respectivement 27 % et 24 % souhaitent transmettre exclusivement des biens immobiliers.) Ces écarts reflètent des structures patrimoniales différentes : patrimoine plus diversifié financièrement en Flandre, poids plus central de l’immobilier à Bruxelles et en Wallonie.
Un acte complexe qui exige un cadre
La donation immobilière reste perçue comme une opération lourde. 32 % des seniors identifient le coût comme principal obstacle.
16 % évoquent la complexité fiscale et juridique.
Conséquence :
Un senior sur deux favorable à la donation estime qu’un accompagnement notarial est indispensable.
47 % attendent un rôle accru de conseil de la part de leur banque — une proportion qui grimpe à 62 % chez ceux qui projettent une donation à court terme.
La transmission anticipée ne s’improvise pas. Elle suppose une stratégie, une réflexion sur sa propre sécurité financière et une communication claire au sein de la famille.
Beaucoup de femmes de 50 ans et plus jouent un rôle clé dans les décisions patrimoniales : gestion de l’épargne familiale, organisation successorale, arbitrages immobiliers, anticipation des besoins futurs.
Certaines s’interrogent… Faut-il donner maintenant ou préserver son capital ? Comment équilibrer entre enfants ? Comment se protéger en cas de dépendance ou de veuvage ? La « grande transmission » n’est pas seulement un phénomène économique. C’est un choix de génération. Une manière de redéfinir la solidarité familiale.
Anticiper, transmettre, accompagner : derrière ces verbes se dessine une nouvelle façon d’exercer son pouvoir patrimonial. Et si la véritable modernité, aujourd’hui, consistait à ne plus attendre pour agir ?

