L’Iran dévoilé

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Un voyage passionnant au point de vue culturel et humain. Et très stimulant. Car il y tant de choses à connaître… et à raconter sur cette destination qui suscite la curiosité de tous ceux qui n’y sont pas encore allés. C’est le moment de s’y rendre !

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Texte Violaine Muûls. Photos Baudouin Klep

Avec un groupe d’amis, nous avons atterri à Shiraz, au sud-ouest de l’Iran. L’accueil chaleureux des gens rencontrés témoigne de la modernité de cette capitale de la culture, encouragée par le dernier shah Reza Pahlavi, mais désormais vue comme décadente par le nouveau régime islamique. Aussi, pour recadrer le décor, notre guide iranien fit débuter les visites par la mosquée Vakil et par la Madrasa du Khân, l’école théologique fondée en 1615 qui est toujours en activité. « Mais les vocations diminuent », avoue le guide. D’ailleurs, nous n’y verrons qu’un vieil homme pieux ravi de se faire photographier dans sa petite cellule.

En revanche, il y avait une foule de jeunes dans le jardin romantique du mausolée du poète Hâfez (1317-1389). Ce célèbre mystique persan célébrait les plaisirs de la vie et les vertus du vin. Le saviez-vous ? Shiraz revendique l’invention du vin, il y a environ 7.000 ans ! Pourtant aujourd’hui, l’alcool est interdit en Iran. Même dans les hôtels de luxe. A Yazd, ville traditionnelle parcourue par des femmes vêtues en « corbeaux noirs », un jeune Iranien affirme : « Tout ceci n’est qu’hypocrisie. Vous voulez du vin ? Il suffit de le demander ! En privé, les soirées réunissent de jeunes Iraniennes non voilées et nous buvons de l’alcool. Mais il ne faut pas se faire dénoncer par les gardiens de la révolution désormais habillés en civil car, précédemment, leur présence en uniforme trop visible agaçait la population. »

J’avoue que nous n’avons pas tenté l’expérience du vin, ni du dévoilement… même si au fil des jours, le foulard obligatoire laissait de plus en plus entrevoir les cheveux, comme chez beaucoup de jeunes Iraniennes. Notamment à Téhéran, cette ville complexe tiraillée entre modernité, nationalisme, tradition, Islam chiite et Occident. Capitale depuis 1786, la cité agglutine plus de 13 millions d’habitants. Le nord de la ville, proche des montagnes enneigées de l’Alborz, comprend les quartiers les plus riches. Le centre, traversé de larges avenues arborées, compte plusieurs musées dont le ravissant Musée Abgineh consacré au verre et à la céramique, conçu par l’ancienne impératrice Farah Diba Pahlavi. A ne pas manquer non plus, le Musée Archéologique. Parmi les œuvres magnifiques, on admire une grande fresque sculptée venue de la mémorable Persepolis, « la ville des Perses » en grec.

Aujourd’hui, de ce lieu sacré inauguré par Darius 1er (522-486 av. J.-C.), il ne reste que d’émouvants vestiges comme le défilé des tributaires, magnifiquement gravé dans la pierre. Il témoigne du gigantisme de l’empire achéménide (550 à 331 av. J.-C.) qui rassemblait 28 nations, de l’ouest de l’Inde actuelle jusqu’au nord d’Athènes. Un pouvoir détruit par les armées d’Alexandre le Grand en 330 avant notre ère. En 1971, dans ce lieu resté mythique, le dernier Shah, Reza Pahlavi, célébra somptueusement les 2.500 ans de la monarchie iranienne. Glorification de l’Iran pour les uns, scandale onéreux pour beaucoup d’autres… comme pour l’ayatollah Khomeini qui instaura le régime islamique le 1er avril 1979.

L’Iran a connu des périodes plus fastes, notamment sous le règne du Shah Abbas 1er (1571-1629) qui transforma sa capitale Ispahan en l’une des plus belles cités de Perse et dont l’influence marqua fortement les arts en Europe. La très vaste Place Royale (510 m x 163 m), autrefois baptisée l’Image du Monde, se voulait la représentation symbolique de l’empire safavide avec ses marchés (vitalité économique), ses défilés militaires (puissance royale), ses jeux de polo et ses célébrations religieuses.

Nous étions en Iran pendant les journées commémoratives du meurtre d’Hossein (2e fils d’Ali, gendre de Mahomet), martyr célébré par les Chiites depuis 14 siècles avec des processions d’hommes qui se flagellent. Une piété impressionnante. Pourtant, dans ce pays résolument chiite, d’autres religions coexistent. Ainsi le zoroastrisme qui régna 400 ans sur l’Iran, jusqu’à la conquête arabe au VIIe siècle. Zoroastre – le Zarathoustra de Nietzsche -, ne donne qu’une maxime : « bonne pensée, bonne parole, bonne action ». Dans cette religion, la terre et le feu, éléments sacrés, ne peuvent être souillés par les cadavres humains. Aussi étaient-ils exposés au sommet d’une Tour du Silence où les rapaces les dévoraient. A l’extérieur de Yazd, on reste fasciné par un de ces sites qui fut en activité jusqu’en 1975.

Notre voyage de 9 jours fut passionnant mais trop rapide pour pouvoir juger de la réalité actuelle de l’Iran et du devenir de cette grande nation (3 fois la taille de la France, 3e plus grande réserve pétrolière au monde) qui était déjà le pivot des civilisations en Orient au 7siècle avant J.-C. avec le premier empire perse.

Au XXIᵉ siècle, l’Iran est un acteur majeur du nouvel ordre international en gestation. Son rôle dans la lutte contre les djihadistes d’Irak pourrait faciliter la levée du blocus occidental né face à l’inquiétude par rapport à l’armement nucléaire du pays. Sous l’ère du Président Rohani, que la presse dit modéré, il y a des signes d’ouverture, notamment à l’égard des touristes. Les Iraniens, coupés du monde occidental pendant ces deux dernières décennies, sont ravis de nous rencontrer. C’est le moment de s’y rendre !


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