congé de grand maternité

À quand le congé de grand-maternité ?

Boutade ou réelle interpellation ? Un peu des deux… Les mamies d’aujourd’hui sont très actives et seraient donc moins disponibles pour leurs petits-enfants qui en ont pourtant bien besoin ! Et elles aussi. Veiller à être présente tout en vivant pleinement sa vie, un vrai challenge. Alors, quand auront-elle droit à leur congé de grand-maternité ?

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Les temps changent


Actives, enthousiastes, les femmes au-delà de 55 ans jouissent d’une étape de vie qui leur permettent de mettre en place des projets où elles se sentent pleinement fécondes… hors maternité. Avec des projets au boulot ou en-dehors ou encore dans le cadre d’un nouveau démarrage professionnel ou social qui les accaparent. Les enfants (pour la plupart) ont quitté le nid mais les parents vieillissants demandent aussi de l’attention. Pas simple alors de surfer sur cette vague de vie qui les submerge… sans pour autant les noyer ! Garder la flamme intacte, la raviver même tout en cultivant sa présence auprès des siens, demande une vraie disponibilité de cœur pour soi (on connaît l’adage « charité bien ordonnée commence par soi-même ») et pour ceux que l’on aime.

Quand les petits montrent le bout de leur nez…


« J’ai été bouleversée, constate Carine, quand ma fille m’a annoncé qu’elle était enceinte. Et en même temps, dévorée de mille pensées contradictoires. Quelle grand-mère serai-je ? Et puis, je dois bien l’avouer, ce mot ‘grand-mère’ ne m’allait pas. Imbibé de cet inconscient collectif qui répand des images de vieille femme-chignon-galettes-confitures que je ne sentais pas coller avec qui je suis. Jusqu’au jour où (heureusement, dans ce monde qui court, il faut toujours 9 mois pour faire un enfant !), j’ai compris que j’allais inventer ma propre façon d’être mère-grand. En commençant par m’inventer un nom. Mamichou ? Pourquoi pas ??? Mais ce qui m’inquiétait au plus haut point, c’est de ne pas pouvoir faire coexister toutes mes vies avec cette précieuse petite vie en devenir ». Des questions, on le voit, existentielles…

Le jour du grand passage

La naissance d’une fille à son nouveau rôle de maman demande idéalement que sa propre mère puisse accompagner cette naissance par une attention et une présence soutenante. Mélange d’émotions et de sagesse pour que la jeune maman puisse s’appuyer sur celle qui l’a mise au monde. Par des conseils ? Peut-être… Mais sans donner l’impression d’une supériorité quelconque. Toujours avoir à l’esprit que la maman « sait » mieux que quiconque pour son enfant. Profil bas donc. Privilégier le « c’est toi qui sais », et donc favoriser une attitude de totale ‘bien-veillance’. Permettre à sa fille d’avoir pleinement confiance dans ses capacités de maman. Et ce n’est pas joué quand les fatigues s’accumulent, que le bébé pleure alors qu’il a mangé, qu’il a été changé, qu’on l’a pris dans les bras… Et puis, ces hormones qui jouent au yoyo et qui font jaillir larmes et baby-blues. C’est peut-être à ce moment-là que « Mamichou » peut être la plus utile. Quand ça déborde, être là, faire un repas, ranger mine de rien, tout en finesse, être vraiment à l’écoute sans être la sauveuse de service qui sait mieux et qui prend les choses en mains ! Tout un chemin pour cette Mamichou toute neuve qui voudrait tellement aider mais qui s’empêtre dans son élan de vouloir partager son expérience. Stop à la « grandmerd-attitude » ! L’agacement n’est pas loin…

Témoignage de Coralie (30 ans)


A la naissance de mon petit Jules, j’avais tellement besoin de Maman à mes côtés. Pour m’aider et me soutenir. Ce qu’elle a fait avec toute sa bonne volonté. Mais très vite, je me suis rendu compte que mon passé de fille remontait à la surface. Tous ces sentiments et ressentiments qui n’avaient pas été exprimés jaillissaient du tréfonds de « mes » mémoires émotionnelles et corporelles ! Comme si mes cellules rejetaient en vrac ce qui m’avait fait souffrir en tant que fille d’une mère que je considérais comme parfaite. Et quand, d’autorité, elle prenait mon petit dans ses bras sans me l’avoir demandé, j’en étais profondément blessée. Mélange détonnant de sensations diffuses oscillant entre amour, agacement et rejet… Heureusement, nous n’en sommes pas restées là. Je l’ai exprimé à Maman qui en a pleuré d’incompréhension avant de me proposer de passer une après-midi ensemble pour exprimer autrement que par la parole ce qui se jouait en chacune de nous. Elle a pris congé à son boulot. Nous avons sorti pinceaux, crayons, pastels, colle et ciseaux pour créer une « œuvre » de dialogue symbolique. Une façon merveilleusement efficace pour mieux comprendre et remettre de l’harmonie dans nos liens torturés par le passé…

Se rendre disponible, ça prend du temps


C’est là que le congé de grand-maternité serait le bienvenu ! Courir chez sa fille entre midi et deux, puis retourner au boulot, vite, vite, en faisant ce que l’on peut. Sans avoir le temps de comprendre tous les enjeux de cette période cruciale qui pose les bases de ce petit être tout neuf qui demande tant d’attention. Et qui remue tant d’émotions chez les acteurs en présence.
Mais qu’est-ce qu’on fait là, maintenant, pour ces nouvelles générations qui, pour asseoir leur sécurité de base, ont besoin de moments privilégiés avec des personnes qui les aiment et qui peuvent se rendre disponibles de temps en temps, hors crèche et école ?

Congé de grand-maternité tous les mercredis après-midis ?


C’est criminel de laisser des tout-petits de maternelle à l’école jusqu’à 18h ! Au risque de passer pour ringarde, je le clame haut et fort : « Le mercredi, c’est le jour des mamies » ! Un rendez-vous plaisir, gourmand et joyeux pour vivre d’autres expériences de rires et de jeux, dans le parc, à la ludothèque, au spectacle ou tout simplement à la maison, au jardin… Semer et voir pousser des radis, c’est magique ! Permettre aux petits de partager des plaisirs simples avec leurs grands-parents et c’est toute la société qui en profite ! De vrais rendez-vous d’amour. On remet du souffle là où le stress, mine de rien, fait sournoisement déjà le lit de la violence…

Qui faut-il convaincre ?

Les pouvoirs publics et les employeurs, bien sûr… mais d’abord Mamichou ! Trop contente d’avoir récupéré du temps pour elle depuis le départ de ses enfants et très consciente que le temps file, elle veut activer sa propre lumière pour des projets qui la motivent sans la mettre sous le boisseau. Et puis, il y a aussi son compagnon qui a besoin d’attention, ses parents qui demandent des soins, les copines pour libérer rires et endorphines… Comme les enfants ! La boucle est bouclée. Le meilleur terrain pour s’entraîner, ce sont justement les petits-enfants. Avec ses p’tits loups, elle va prendre des leçons d’émerveillement, de premières fois, des histoires à dormir debout, d’imagination débridée bien loin des leçons de savoir-vivre de certaines grands-mères d’autrefois… L’éducation, ce n’est pas (plus) son rayon ! Et ce n’est pas Agathe Natanson* qui la contredira. Dans son livre « L’art de ne pas être grand-mère », l’actrice avec tendresse et impertinence évoque via des lettres écrites tous azimuts, ‘pourquoi les petits-enfants empêchent de vieillir’…  La première leçon de sagesse de Mamichou, elle est pour elle-même. Dans son cœur et par la même occasion dans son agenda surbooké, elle notera ces rendez-vous d’amour. Interconnectivité oblige, elle sent qu’il y va d’une responsabilité partagée avec toute sa génération de transmettre l’amour du vivant aux plus jeunes. Elle et eux quittent leurs écrans pour se mettre à contempler, humer, écouter, toucher (et être touchés !), savourer, bouger et prendre le temps pour revivifier leur façon d’être au monde. Ça prend du temps… Ben oui ! Et on fait comment ? Retour à la case départ…

*« L’art de ne pas être grand-mère », Calmann-Lévy, février 2016