noël famille recomposée

Comment fêter Noël avec une famille recomposée ?

Trêve de Noël oblige, le caractère sacré de Noël c’est avant tout oser la « paix ». Recréer l’unité à partir de tout ce qui s’est éparpillé… Un fameux défi ! Oublier les rancœurs, les douleurs, ouvrir son cœur, tout un programme…

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Esprit de Noël es-tu là ?

Au fait, c’est quoi Noël ? Si on l’habille de valeurs, on le qualifiera de : sacré – convivial – chaleureux… Et si on le débarrasse de son clinquant commercial, on s’ouvre à la vérité d’un enfant né nu dans une étable. Pas besoin d’être croyant pour entendre cette belle histoire. Exit le religieux qui engonce. Juste cette image lumineuse d’un enfant aimé, porteur d’espoir pour l’humanité. Tout est bien sûr symbole, rien n’est à prendre au pied de la lettre ! Bienvenue aux symboles qui donnent du sens à un événement.

Tradition celtique oblige, à l’origine, Noël serait une fête païenne celte appelée fête d’Yule. Yule, associée à l’hiver, au solstice et au retour de la lumière, a inspiré les symboles liés à notre fête de Noël actuelle comme, par exemple, la bûche qui était à l’origine en chêne et qui représentait la lumière de la Terre. Quand on s’inspire de ces symboles, ils peuvent devenir très signifiants dans notre propre vie. Les agités que nous sommes oublient peut-être trop souvent que l’hiver est une saison qui invite à l’intériorité pour accueillir et abriter les graines qui germeront au printemps.

Sens et appartenance


La tribu ? Quel joli mot qui nous rappelle notre besoin d’appartenance, aussi (surtout ?) dans une tribu élargie… Pieds de plomb ou pieds ailés/zélés pour accueillir la tribu ? Si on se branche sur l’élan de rassembler, c’est gagné ! On peut prendre conscience alors de nos interdépendances. Nos regards déformants deviennent bienveillants pour, le temps d’une soirée ou d’un goûter, créer cette unité à laquelle chacun aspire. Exit la pléthore de cadeaux, les tensions en tous genres, le gavage des oies et de nos foies gras, les incompréhensions, les faux-semblants…

Yeux revolver ou bienveillants ?

Oublier la peur du jugement, c’est tellement difficile, surtout quand on est beau-parent. Vouloir à tout prix être aimé par les ados et jeunes adultes de son nouveau compagnon, ce n’est pas un bon plan ! Etre soi-même, oui mais… on veut tellement faire bonne impression ! C’est parfois le plus difficile quand d’anciens mécanismes de défense et donc de protection se mettent en place. On a tendance à en faire trop et à agacer plutôt que l’inverse. Trouver sa « place », c’est vraiment un mot clé dans ce nouveau jeu de chaises musicales. Une idée ? Et si on faisait pot commun, ou plutôt marmite commune ? Jolie métaphore pour que chaque saveur enrichisse le velouté de fêtes. Chacun apporte un ou plusieurs ingrédients que l’on mettra à mijoter dans la casserole avant de mixer le tout et… savourer ! Une délicieuse métaphore de notre « nouvelle cuisine » familiale.

Noël à la maison ?

Et si on créait avant tout une ambiance de sérénité ? Tout l’art est de ne pas s’agiter, tout l’art est de simplifier. « Quand on simplifie, on attrape Dieu » écrit Christian Bobin. Dieu est à comprendre comme l’essentiel qui relie subtilement les êtres, ce fil d’or entre les âmes, cet amour infini auquel chacun aspire. Or « dans la condition de séparation qui est la nôtre, nous ne nous voyons pas les uns les autres. Notre moi nous dissimule au cœur d’autrui ; et nous recouvrons ce dernier de projections, de craintes d’attentes qui nous empêchent de voir l’autre en vérité ; c’est pourquoi nous manquons d’amour. Voir c’est aimer… » *. CQFD !

* « Aimez à l’infini » du philosophe Denis Marquet (Flammarion, 2019)

Idées pratiques en vrac

  • Le goûter de Noël est un bon plan si l’un des deux nouveaux conjoints est grand-parent. Les petits ont fait la sieste (les grands peut-être aussi), tout le monde est détendu… Et on est moins enclin à boire de l’alcool qui, on le sait, exacerbe les esprits ! On peut aussi inventer une « belle histoire » tous ensemble. Un cercle où l’on met bout à bout des éléments que chacun pioche dans son imagination ou dans un panier. Comme on fête Noël et non Halloween, la seule contrainte c’est que l’histoire soit positive, même s’il y a des « méchants »…
  • Faire un jeu, rien de tel pour activer la bonne humeur et faire le lien tout en s’amusant ! « Time’s up kids » (Repos Production), par exemple, est un bon jeu à faire en famille, avec des petits enfants. Ambiance bougies ? A table, pour faire patienter les uns et les autres, dès qu’une bougie s’éteint devant une assiette, son vis-à-vis prend la parole pour partager un souhait, une blague, une expérience… Tout le monde se tait et écoute. Puis, ce sera au tour du suivant dont la bougie s’éteindra… (un jeu inspiré par Le Ligueur).
  • Le chant rassemble aussi ! Chanter à l’unisson, des chants de Noël ou d’autres tirés du patrimoine familial ou traditionnel. On ne chante plus beaucoup aujourd’hui dans les familles. C’est peut-être le moment de donner sa place à l’aîné(e) de la tribu et le/la solliciter pour apprendre des chants qu’il/elle connaissait quand il/elle était petit(e).
  • Créer un nouveau tableau de famille à partir de découpages préalablement extraits de magazines. Chacun en pioche trois qui parlent de lui. Sur la grande feuille qu’on aura épinglée sur le mur, on compose ensemble le nouveau tableau où chacun trouve sa place (ne pas oublier les tubes de colle !).
  • Recomposer en bougeant : au lieu d’être des personnages figés, on se met en mouvement. Musique, maestro ! Ça remue dans tous les sens. Chacun cherche sa place un peu frénétiquement… puis, STOP ! Chacun s’arrête, se statufie dans sa position, peut-être un peu déséquilibrée, mais tant pis. L’occasion d’explorer avec le regard son environnement. Exit la peur. Curiosité et bienveillance au lieu de la méfiance, même si… la fille cadette tire carrément la tête. On ne peut pas bouger. Les pieds sont collés au sol. Seuls les yeux sont mobiles. Adoucir son propre regard pour activer les neurones miroirs d’une belle-fille récalcitrante, ça vaut la peine d’essayer.
  • Prendre soin de ce qui va bien plutôt que de pointer ce qui crisse, frotte, divise. On pourrait demander à chacun d’apporter une bonne nouvelle qui le concerne pour ouvrir le bal de la joie ! Une façon de faire co-naissance. Joyeux Noël !

Témoignages

  • « Noël ? Ça me fatigue, rien que d’y penser » soupire Angélique quand elle imagine les efforts qu’elle va devoir fournir pour accueillir toute la ribambelle de son nouvel amoureux : cinq enfants, six petits-enfants, alors qu’elle, fraîchement libérée de ses responsabilités maternelles auprès de ses deux enfants, n’a qu’une envie, se tirer dans les Caraïbes pour filer le parfait amour.
  • Coralie et Vivien, la cinquantaine tous les deux, trois ados pour l’une, deux jeunes adultes pour l’autre, sont amoureux depuis peu. Malgré la rupture récente avec leur précédent conjoint, ils ont tous les deux l’esprit de famille chevillé au cœur. Leurs enfants ne se sont jamais rencontrés. La première fois, ce sera à Noël !
  • Chantal et Grégoire, veufs tous les deux, parents de jeunes adultes. Chantal est jeune grand-mère d’une petite Anaïs de 3 ans. Grégoire, lui, se prépare à devenir grand-père. « Jeunes mariés », ils souhaitent rassembler autour d’eux leurs enfants, beaux-enfants, petite-fille, avec le secret espoir qu’ils vont bien s’entendre. Point commun : de part et d’autre, les enfants sont heureux que leur parent respectif soit « casé » et heureux. Ils se rencontreront donc volontiers à Noël.
  • « Ça déchire ! ». Une expression argotique positive et pourtant, quelque peu explosive dans le cas de Jean et Dominique. Jean, la soixantaine bien trempée, grand-père de cinq petits-enfants, divorcé d’un premier mariage tout comme Dominique, nettement plus jeune, à peine 50 ans, deux filles qui viennent de quitter la maison, très attachées à leur père qui lui, est resté seul. Conflit de loyauté qui se marque particulièrement lors de fêtes de famille où elles peinent à trouver leur place parmi les « quasi »* plus âgés qu’elles. Et quand le nouvel ami de leur mère en fait trop pour les amadouer, ça rugit dans les chaumières !
  • Le temps d’un soir, on recompose sa famille d’origine. C’est le choix posé et acté par Marie et Nicolas et leurs trois grands enfants, lors du divorce. Presque un engagement ! Chaque année, quelques jours avant Noël, ils se retrouvent tous les cinq « comme au bon vieux temps ». Nostalgie ? « Certainement pas, déclare Nicolas. Juste envie de renouer avec notre terreau d’origine pour confirmer nos liens d’appartenance et d’amour au-delà des divisions ». Autant dire que les aigreurs restent au vestiaire, seules la joie et la douceur peuvent entrer. Et ça fait du bien ! Pour Marie, c’est l’occasion de faire « rencontrer la terre et le ciel. Oublier nos motifs de discorde pour nous élever ». Et comment les nouveaux compagnons réagissent-ils ? Parfaitement jusqu’à présent. Là aussi, cela demande une hauteur de cœur… sans haut-le-cœur !

* les « quasi », expression inventée par Olivier Neuray et Val dans leur B.D. éponyme pour qualifier les « presque frères et sœurs » dans les familles recomposées.


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