coquelicot

Le Coquelicot, la fleur du confinement

Fleur de feu, le coquelicot est fabuleux. C’est fou ce qu’il a à partager. Découvert en plein confinement, il est d’emblée entré en résonance avec mes aspirations intimes. Trouver mon axe, redresser ma « tige » vers la lumière, et danser dans le vent, même violent. Devenir à la fois fort et vulnérable, offert et libre…

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Tout a commencé par un mot : « Insurrection » ! Au cœur d’une tempête personnelle, juste avant le confinement, je recopiais cette « défin-explication » ô combien parlante, de Francine Carillo :
« Insurrection : idée de surgissement, d’un redressement du dedans où l’on se tient désormais comme sujet de sa vie. C’est le contraire de la soumission, de la peur, de la tiédeur. C’est la découverte que l’on peut faire des choix qui rendent libres et heureux. C’est un courage ancré dans la hauteur, un élan vers ce qui élève. »

De la relire maintenant, je frémis d’étonnement, de joie, de ravissement même, de ressentir combien ce message en écho avec celui du coquelicot m’a percutée de plein fouet pendant le confinement.

Flash-Back

Premier mouvement du confinement : STOP ! Stop à l’agitation, à la dispersion. Les activités ? Arrêtées. Invitation à plonger à l’intérieur puisque l’extérieur n’est plus accessible. Désorientation aussi. Besoin de faire le point et de remettre en question toutes les sphères de ma vie. Se protéger ? Ok. Mais pas se recroqueviller. À côté de la peur, de la stupeur, accueillir le temps retrouvé. Luxe suprême. Le temps chronologique – Chronos pour les anciens – a fait alliance avec le temps Kairos, occasion rêvée de mettre les pendules à l’heure. Car c’est là la magie de l’instant qui nous était offert. Du temps à gagner pour regarder la nature dans le blanc des cieux et dans le rouge des fleurs !

Deuxième mouvement : redresse-toi ! Dans le corps d’abord ! Avec une attention particulière à la posture. Redresser la colonne. Retrouver mon axe, mon centre. Désir profond de retrouver en moi les ressources pour être debout cœur-corps-esprit en ces temps de tempête. Et si possible, me hisser au-dessus de moi. Prendre de la hauteur…

« Être centré, c’est être témoin de plus grand que soi, c’est aussi être ouvert à l’unité et à la présence de l’Infini… Une vie qui n’a pas de sens est une vie qui n’a pas de centre. » (Jean-Yves Leloup)

Troisième mouvement : lève-toi et marche ! Respirer au large, dérouler la voûte plantaire et arpenter la terre, à l’affût de sa beauté… 

Instants précieux en nature

C’est ainsi que chaque matin, aussitôt levée, je me suis mise à parcourir la campagne. Marcher, marcher encore, ouvrir mon regard et participer pleinement à l’éveil du printemps.

« Embrasser du regard. Couver du regard les abeilles et les fleurs, c’est en quelque sorte les protéger, dire combien elles sont importantes. Ce que l’on ne regarde pas s’étiole et meurt. » (Sylvie Monpoint)

Alors que la stupeur envahissait les cœurs, le soleil, lui, brillait. Deux mois et demi quasi sans discontinuer. Et peut-on parler de grâce ?… De chance certainement, de vivre ce moment de retrait obligatoire proche de la nature, contempler le printemps en pleine éclosion et imprégner mon esprit de lectures inspirantes.

« Le printemps arrive.
Une fleur, un brin d’herbe sont ses messagers, de même les religions, les prophètes, les temples.
Mais à la venue de la Lumière et de la Force, plus de temps : tout sera temple.
Qui aperçoit une fleur seule au milieu d’un champ de fleurs ?
Vous, vous n’êtes pas fleur, vous êtes Printemps. Mais dans Son jardin, même le printemps est déjà une fleur » (Dialogues avec l’Ange)

Soif de lumière

Le coquelicot m’a cueillie un joli matin de la fin du mois de mai. Admirative depuis toujours de ces fleurs qui poussent à la lisière des champs, j’ai été ce matin-là, émue de voir une petite corolle rouge se hisser au-dessus des blés pour souligner son droit à sa part de lumière. Sa corolle rouge feu dominait la mer d’épis verts. Magnifique clin d’œil. Offrande aussi au soleil, au vent, aux insectes…

« Il donne toujours. Il ne demande jamais, car Sa force est infinie » (Dialogues avec l’Ange)

Et soudain le message : « COQUELICOT… COCORICO… Réveille-toi ! » Au milieu de la cacophonie du monde, écouter subtilement la nécessité d’orienter son cœur vers ce qui éclaire.

« Ne luttons pas contre les ténèbres. Allumons la lumière. Trop de ténèbres ? C’est que la lumière a faibli… Ne participe pas aux ténèbres, mais rayonne la lumière, toujours et partout ». (Dialogues avec l’Ange)

Comment activer cette lumière ?

D’abord, éteindre internet ! Puis nourrir cette aspiration si humaine à s’élever. Méditer, lire un poème, contempler une fleur, s’émerveiller, écouter le chant des oiseaux, activer en soi la beauté, la bonté et… accueillir les 3 S : Silence – Solitude – Sourire.

« Le sourire est le pont au-dessus de l’ancien abîme… La clef de tous tes actes, de ton travail, de ton enseignement. Le sourire est la prière de chaque petite cellule… le sourire élève au-dessus de tout. Le sourire intérieur est la condition première. » (Dialogues avec l’Ange)

Suivre son rythme

« Il y a comme un rythme secret pour chacun. Laisse ton mental dans le royaume qui lui est propre. La carotte a un autre rythme que le lion ou l’humain… Être en harmonie avec cette grande symphonie des rythmes » (Dialogues avec l’Ange)

Droit.e comme le coquelicot

Avez-vous déjà observé une tige de coquelicot ? Saviez-vous qu’avant d’être fleur, le coquelicot parcourt un chemin immense qui va de sa tige porteuse du bouton floral, complètement penchée, pliée même, vers le sol jusqu’à se redresser complètement à l’appel mystérieux de la lumière ? Au fil de sa progression, elle entrebâille son enveloppe protectrice, pour se redresser fièrement, balancer son enveloppe, défroisser ses pétales et… s’offrir à la Vie ! Une offrande au soleil, mais aussi aux insectes et aux intempéries. Et pas question de repencher la tête en cas de grosse tempête. Quoiqu’il arrive, il reste droit ! Fragile ? Pas sûr ! Viva el kokeliko libre ! Essayez de le cueillir… il se flétrira aussitôt !

Tige droite et souple à la fois, surmontée de sa corolle écarlate aux pétales de soie, avec parfois, un cœur marqué d’une croix, elle se balance au gré du vent. Splendeur offerte au regard des passants et insectes gourmands. Puis vient le moment de lâcher un à un ses pétales… Pensez-vous que sa tige va ployer sous le poids des ans ? Et bien non ! Elle reste bien droite, raffermie, renforcée par son statut d’aînée (là c’est moi qui me projette), surmontée de sa capsule étoilée qui, le moment venu, soulèvera son opuscule pour libérer ses graines de joie à tous les vents et ensemencer, diffuser encore et encore son « ardeur fragile » (son symbole dans le langage des fleurs). Un fameux programme pour nous, les « senioritas » ! »

La fin des coquelicots ?

Déconfinement oblige, l’agitation a repris. Mais surtout… ne pas oublier !
Garder à l’esprit « Agir, oui, mais sans agitation ! ». Maintenir le cap. Continuer à marcher, se réjouir de la beauté simple de la Nature. Accepter l’impermanence. Le temps passe… les coquelicots aussi ! Pour mieux revenir au printemps.
Quels émerveillements nous attendent donc cet automne ?

Dépouillement. Une semaine en montagne début juillet. Un petit bouquet de coquelicots devant la grille. Courageux. Battus par les vents. Dévorés par les insectes. À nu le soir. Ressuscités le matin… Miracle !

Éblouissement ! Au milieu d’un champ de blé mûrissant, un cercle d’irréductibles. Un bouquet de coquelicots dissidents, taches rouges de joie qui me rappellent qu’on a toujours le choix de fleurir où bon nous semble. Ensemble. Toutes générations confondues.

Méditer comme le coquelicot


« …au moment de la méditation redresse-toi, sois vigilant, tiens-toi droit vers la lumière, mais sois sans orgueil… d’ailleurs si tu observes bien le coquelicot, il t’enseignera non seulement la droiture de la tige, mais aussi une certaine souplesse sous les inspirations du vent et puis aussi une grande humilité… » (Méditation du coquelicot du Père Séraphin – relayée par Jean-Yves Leloup)

Ce que le coquelicot m’a appris :

L’art de se redresser
La simplicité
Le don de soi
L’élan vers la lumière
Le sens du sacré
La capacité de se hisser au-dessus de soi
La vie en habitat groupé intergénérationnel
La gratitude
La beauté
L’art de vieillir : rester droit – se dépouiller sans se perdre…

A lire

  • Pour une spiritualité de l’insurrection, Francine Carillo, Ed. Olivétan
  • Les dialogues avec l’ange, Gitta Mallasz, Aubier
  • L’élégance du Soi, Jean-Yves Leloup, Presses du Châtelet
  • Écrits sur l’hésychasme, Jean-Yves Leloup, Albin Michel, Spiritualités vivantes

Les chemins oubliés de la Beauté, Sylvie Monpoint, Lazare et Capuci