Reportage au cœur de l’une des plus belles terrasses de Bruxelles, où l’été se déguste autant qu’il se contemple. On dit souvent que Bruxelles n’a pas de véritable été. C’est faux. L’été 2026, incandescent, en est la preuve éclatante. Et il suffit de pousser la porte du Brugmann pour comprendre que la capitale sait, elle aussi, se laisser traverser par la lumière. Ici, l’été ne se vit pas : il se déploie. Il devient atmosphère, cadence, manière d’être. Et tout commence par la terrasse, ce balcon suspendu audessus des jardins du parc de l’Abbé Froidure. Elle apparaît comme un décor de cinéma : tables espacées, ombres légères, bruissement des arbres, lumière qui glisse sur les nappes blanches. On y accède comme à un secret. On s’y installe comme dans un refuge.
Ce qui frappe, ce n’est pas seulement la beauté du lieu unanimement reconnue comme l’une des plus belles terrasses de Bruxelles mais sa capacité à altérer la perception du temps. Les déjeuners s’étirent. Les dîners s’attardent. Les conversations prennent une autre texture. La ville s’efface. Ne reste qu’une parenthèse d’été, douce, lumineuse, enveloppante.
Dans la cuisine, Matthias Van Eenoo compose son été. Pendant que la terrasse respire, la cuisine s’anime. Matthias Van Eenoo, silhouette concentrée, gestes précis, orchestre une brigade qui travaille l’été comme une matière vivante. Le chef a le sens du produit, la rigueur française, le respect absolu des saisons mais il y ajoute une sensibilité personnelle, une manière de faire vibrer les assiettes sans jamais les alourdir.

Il cuisine comme on écrit une partition : avec tension, avec clarté, avec émotion. La philosophie du chef : la lisibilité avant tout. Van Eenoo ne surcharge pas. Il épure. Il cherche la justesse, la verticalité aromatique, la fraîcheur. Chaque assiette raconte une saison, mais aussi un geste. Une précision. Une intention. Sa cuisine estivale est une cuisine de lumière : nette, vibrante, élégante.
Les signatures de l’été : précision, fraîcheur, relief
Le homard bleu
Cuisson douce, presque nacrée. Condiment d’agrumes, herbes fraîches. Un plat vertical, iodé, acidulé, aromatique un éclat de mer sous le soleil bruxellois. La chair, délicate, se déploie en bouche comme une vague lente.
La daurade royale
Saisie au millimètre, peau croustillante, chair fondante. Servie avec un jardin de légumes d’été courgette, basilic, huile citronnée qui évoque un tableau impressionniste. Un plat qui respire la lumière, la simplicité maîtrisée, l’élégance sans détour.
Le veau rosé
Une pièce tendre, juteuse, servie avec un jus réduit au cordeau. La viande, parfaitement reposée, révèle une profondeur subtile, presque veloutée. Un rappel que la maîtrise technique reste la colonne vertébrale de la maison.
Les légumes de saison
Jamais un accompagnement. Toujours un chapitre. Textures croquantes, couleurs vives, assaisonnements nets, cuissons respectueuses. Une ode à l’été où chaque légume devient un personnage.
Les desserts
Légers, fruités, herbacés. Des finales qui prolongent la lumière sans jamais la saturer. Des desserts qui glissent, qui rafraîchissent, qui invitent à rester encore un peu comme un dernier rayon sur la terrasse.
Brugmann n’est pas seulement une table : c’est une expérience. Un lieu où l’on vient pour la cuisine, certes, mais où l’on revient pour la sensation celle d’un été qui se raconte autrement, avec plus de douceur, plus de précision, plus de lumière. Dans une ville qui se réinvente chaque saison, cette adresse s’impose comme un repère, un refuge, un art de vivre. Ici, l’été ne passe pas. Il s’installe.

