Bris Rocher

7 questions à Bris Rocher

Au cœur de la marque Yves Rocher depuis 60 ans, les soins sont mis au point en osmose avec le plus ancien laboratoire qu’il soit : la nature. « Le monde végétal a su évoluer, s’adapter aux changements climatiques, aux agressions du soleil, à la pollution… Il a une longueur d’avance par rapport aux autres labos », plaide ce convaincu de la cosmétique végétale qu’est Bris Rocher, PDG du groupe et petit-fils du fondateur. Entretien.

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Les racines de la marque se situent en Bretagne, à La Gacilly. Qu’est-ce qui y a inspiré votre grand-père ?

« Il faut se remettre dans le contexte. On est dans les années 50 et les habitants des petits villages, en France, partent pour gagner la capitale et trouver du travail. Fonder l’entreprise en Bretagne était clairement un acte militant, pour créer des emplois localement. Autre acte militant, c’était de rendre la beauté accessible à toutes les femmes à une époque où elle était réservée à une élite. Le but était de démocratiser la cosmétique, vendue par correspondance au début. Toute la démarche de mon grand-père partait de sa vision selon laquelle la nature c’est le futur. Il vivait d’ailleurs en pleine nature. Cela a fortement nourri chez lui l’envie de développer son activité en respectant le monde qui nous entoure. »

Vous-même, quel lien avez-vous avec la Bretagne et la nature ?

« J’ai un lien étroit avec la nature parce que je suis plongeur. Oui, je me considère comme Breton et ma fille aînée porte un prénom breton, ce qui n’est pas anodin. C’est le propre des boîtes familiales : elles sont souvent attachées à leur territoire. »

Quelle est l’idée du concept de cosmétique végétale, présent dès le départ ?

« Nous sommes l’une des rares marques de cosmétique dans le monde qui développe elle-même ses actifs : l’ingrédient phare du produit et la formule ‘safe’ la plus naturelle et sensuelle possible. On travaille en interne avec une équipe d’experts du végétal depuis les origines : des botanistes, des phytologues, des récoltants, des agronomes, des phyto-chimistes, des biologistes… Je crois qu’on doit être l’une des seules marques à avoir des botanistes salariés. Cette spécificité est basée sur la foi dans le naturel depuis les années 50, à une époque où c’était clairement à contre-courant. Nous considérons que la nature est le futur de l’Homme, pour la simple et bonne raison que l’univers végétal est vivant.

Cette nature a su évoluer, s’adapter à tout un tas de changements comme les conditions climatiques, les agressions du soleil, les intempéries, la pollution… Et ce, depuis pas loin de 4 milliards d’années. Donc elle a une grande longueur d’avance par rapport à tous les labos cumulés de toute l’industrie cosmétique et pharmaceutique. Les botanistes ont découvert aujourd’hui à peu près 300.000 plantes dans le monde mais il y en a encore autant à découvrir. Et puis, on considère aussi que la nature est le futur parce que les plantes ont de l’ADN en commun avec nous. Il y a une affinité beaucoup plus forte et puissante par rapport à un principe actif chimique.

A La Gacilly, nous avons créé un jardin botanique de plus de 1.500 espèces de plantes, que nous pouvons ainsi mieux étudier. Nous y cultivons également 50 hectares de champs en agriculture biologique, puisque notre mission est de rendre à la nature ce qu’elle nous offre chaque jour. C’est elle, en effet, qui crée la valeur de l’entreprise. On a un devoir de respect et de préservation. »

Obtenir un label bio pour toute la gamme, c’est quelque chose que vous recherchez ?

« Non, notre label à nous, c’est la cosmétique végétale. Et quand on parle de label, il faut voir de quoi on parle au juste. Les conditions à respecter ne sont pas du tout les mêmes s’il est français, allemand, anglais ou italien. »

Outre l’agriculture biologique pour les plantes que vous cultivez vous-mêmes en Bretagne, qu’est-ce que vous mettez en place en termes de développement durable ?

« Le champ est très vaste. Sur le site industriel en Bretagne, on a fait un partenariat avec la LPO, la Ligue de Protection des Oiseaux, pour favoriser la biodiversité. Concrètement, on a créé un éco-hôtel-spa à La Gacilly sur une petite colline. On a cherché à avoir l’impact le plus neutre possible et le bilan est positif puisqu’après la construction de l’hôtel, il y a plus d’espèces animales et végétales qu’avant. On a aussi développé des produits comme des éco-douches ou shampooings qui permettent de se laver avec une seule goutte, ce qui fait économiser 50 % de plastique et donc diviser par deux l’émission de gaz à effet de serre. C’est un combat de tous les jours. »

Beaucoup d’ingrédients, comme les silicones, ont suscité pas mal de débats chez les consommateurs. Quelle est l’attitude d’Yves Rocher à ce sujet ?

« On a été parmi les premiers à retirer les silicones des produits rincés (gel douche, shampoing, etc.) parce qu’ils se déversent automatiquement dans la mer et la biodégradabilité du silicone prend à peu près 500 ans… En tant qu’entreprise française, on est dans l’obligation de respecter la règlementation européenne. Et celle-ci est la plus sévère dans le monde. Elle nous interdit d’utiliser 1.300 ingrédients, alors qu’aux Etats-Unis, seulement une dizaine d’ingrédients sont interdits. Pour autant, nous avons décidé d’aller au-delà et on s’interdit 300 ingrédients de plus que ce que nous interdit la règlementation européenne, dont les silicones dans les produits rincés. »

Quelle est l’action de la Fondation Yves Rocher ?

« Elle a été créée en 1991. Parmi ses chantiers, celui de planter 100 millions d’arbres à travers le monde. C’est ça qui rend l’entreprise utile aux yeux du public. La Fondation reconnaît et récompense également des femmes qui agissent en faveur des communautés locales et de la planète. Enfin, elle fait la promotion du festival photo que l’on organise à La Gacilly depuis plus de dix ans, avec pour mission d’éduquer le public sur l’impact de l’Homme sur la planète. »

Copyright Image à la une : Ari Rossner


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