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Un été au Havre

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Un port, des docks, des jardins suspendus et une architecture graphique : riche de ces piliers structurants, Le Havre fête cette année les 500 ans de sa fondation.

Par Pierre Wiame

C’est une ville à part du littoral normand, que l’on aime pour sa villégiature romantique de bord de mer ou que l’on n’aime pas du tout, parce qu’elle est anguleuse, austère et de béton. C’est selon.

Détruite à 80 % par des bombardements alliés – un comble – les 5 et 6 septembre 1944, qui en ont fait un cimetière pour 2.000 Havrais du cœur de la ville, Le Havre a su tirer profit de ce grand malheur. Elle a rebondi grâce à Auguste Perret, un architecte visionnaire à qui a été confiée la tâche de la reconstruire vite et bien. Partant des ruines, il en a fait son atelier, il a relevé les murs en osant le futur et, avec le recul, il l’a très bien fait.

Les années 2000 ont réhabilité cette façon efficace et rationnelle de bâtir. Perret était pragmatique et designer avant l’heure. Il a anticipé les tendances et le mouvement vers plus de sobriété et de fonctionnalité dans l’habitat. Son appartement témoin révolutionne l’architecture. Il a ouvert les espaces, désenclavé la cuisine du séjour, prévu une salle de bains, un dressing et un bureau transformable en chambre. Il en a fait des traversiers de lumière avec accès à des balcons filants. Plutôt mal vu à l’époque, comme lisse et sans âme, cet héritage de guerre a été classé en 2005 au Patrimoine mondial de l’Unesco, ce qui a changé le regard et les mentalités.

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L’œuvre de béton d’Auguste Perret, devenue emblématique curiosité touristique, sera au cœur des manifestations qui rythmeront tout l’été la célébration du 500anniversaire de la fondation de la ville.

Par rapport à l’histoire de France, Le Havre est jeunette. Elle tire son origine de la volonté du roi François 1er de bâtir un grand port à l’embouchure de la Seine. A l’époque, peut-être y respirait-on moins bien qu’aujourd’hui ou qu’au XIXe siècle, quand elle fumait bourgeoisement du négoce international du café et du coton.

La guerre étant passée par là, Le Havre de la seconde partie du XXe siècle est moins étriqué. L’impression n’est pas que sensuelle, elle est physique : vent et lumière ont devant eux, pour s’engouffrer, de larges avenues bordées de blocs et de barres d’immeubles signés Perret. La mère de toutes, c’est l’avenue Foch, les Champs-Elysées havrais dit-on, dix mètres plus larges que les célèbres parisiens et qui finissent par prendre une porte, nommée Océane, et tomber dans la mer. La majestueuse « Foch » n’aime pas que l’eau, elle est verte, arborée, oxygénée.

Plus loin, l’esplanade de l’hôtel de ville, figure de proue de la renaissance du Havre avec sa tour-building de 17 étages, donne à voir une belle vie agrémentée de fontaines et de parterres fleuris. La lumière, diffractée dans les jeux d’eaux, y est comme mobile, à l’image de cette ville neuve inspirant des voyages et appelant à ses quais des paquebots de croisière.


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