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“Soixante ans et puis plus rien”

Que fait-on quand, à 60 ans, juste après avoir quitté sa femme et son fils dans l’espoir d’une nouvelle vie, celle que l’on aime vous offre tout au plus son amitié ? Alain de Fooz nous présente “Soixante ans et puis plus rien”, un nouveau roman qui ne manquera pas de se faire une place dans nos valises. Tête-à-tête.

 

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“Soixante ans et puis plus rien» est votre premier roman… Est-ce le début début d’une nouvelle aventure ?

«Un challenge, plutôt. Je suis journaliste, à l’aise dans l’immédiateté et les petits formats, c’est-à- dire des articles d’une cinquantaine de lignes. Ici, avec le projet de ce roman, c’est tout différent : parler de soi, parler de ses sentiments, parler de la vie. Bref, s’exposer. Pour un journaliste spécialisé dans la transformation digitale, c’est carrément sortir de sa zone de confort. En fermant le livre, une amie psychanalyste m’a dit “c’est beau un homme qui se lâche !” J’ai dû rougir, mais quel bonheur de se lâcher sans plus craindre de s’exposer !»

Vous décrivez votre livre comme une fiction dont les faits ne sont pas toujours imaginaires… Doit-on en déduire que c’est une vraie fausse histoire ou une fausse histoire vraie ?

«Rien n’est vrai, rien n’est faux. “L’histoire est entièrement vraie puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre”, a écrit Boris Vian. J’aime beaucoup cette phrase en forme de clin d’oeil. Petite précision, ce n’est pas un récit, mais un roman. Si ce genre littéraire permet de travestir certains faits, il laisse avant tout une grande liberté au lecteur qui peut laisser courir son imagination. C’est le but. Imaginer et -je l’espère- s’interroger. Cette histoire -un échec amoureux- peut être celle de tout un chacun. Elle n’a rien d’un thriller. Pas de suspens, pas d’hémoglobine, pas de sirènes de police hurlantes. En revanche, des silences, beaucoup de silences au point de devenir assourdissants. C’est là, sans doute, l’intérêt de cette histoire : tout un chacun s’y retrouvera.»

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Qui sont Léa et Alain ?

«Deux anti-héros, deux personnes qui n’auraient jamais imaginé aller aussi loin dans leur quête amoureuse. Ils ont des enfants, des engagements, des responsabilités. Des vies comme tant d’autres. Mais aussi cette envie -parce qu’on est en-vie – de changer. Repartir… Faut-il pour autant passer à l’acte ? Chacun a sa réponse.»

Y a t-il une morale à leur histoire ?

«Non. Et heureusement, quelle prétention ! Qui dit morale dit bien et mal… Non, c’est l’histoire d’une quête sans issue, un crash en bout de piste. Que fait-on quand, à soixante ans, juste après avoir quitté sa femme et son fils dans l’espoir d’une nouvelle vie, celle que l’on aime vous offre tout au plus son amitié ? Pourquoi, déjà, dit-on “tomber amoureux” comme si la chute était la finalité des sentiments ? Peut-on s’en relever ? Peut-on reconstruire, se reconstruire quand, aux yeux des autres, on restera toujours le mari volage et par conséquent immonde, le père indigne, l’ami à éviter ? Comment, aussi, évacuer ce passé, trouver un souffle nouveau ? Voilà les questions qui vous rattrapent. En même temps, qui n’a pas connu un échec amoureux ? On tente maladroitement de l’oublier, on se convainc qu’on y arrive. En fait, on y survit. Les plus fragiles y stagnent, coincés pour un moment ou pour une éternité. Et donc on accuse l’autre. Par principe, par facilité. N’est-ce pas plutôt par refus d’admettre que l’on peut être une victime… des plus consentantes ? Aussi, je préfère parler d’expérience, une expérience plutôt qu’un échec. J’ai appris qu’on ne m’a rien pris, rien volé. Et compris que l’amour, on l’a en soi, ancré. Il n’est pas le fait de l’autre, mais vient de votre être. Quand on accepte ce que la vie nous offre comme expérience avec le moins de résistance possible, le cadeau derrière l’épreuve apparaît. Lorsqu’une porte se ferme, d’autres s’ouvrent…»

“Soixante ans et puis plus rien”, d’Alain de Fooz, est paru aux éditions Edilivre en mars 2018.


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