tatiana Silva

Rencontre avec Tatiana Silva

Méditation, yoga, lectures, développement personnel, la présentatrice météo de TF1 oeuvre au quotidien pour devenir une meilleure version d’elle-même, au plus près de son essence, et sublimer son chemin de vie douloureux. Rencontre avec cette ancienne Miss Belgique qui fait mentir tous les clichés, en privilégiant le fond à la forme.

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Bientôt trois ans que la Bruxelloise s’est installée à Paris, délaissant la météo de la RTBF pour celle de TF1, où elle présente aussi Les docs du week-end et 90’ Enquêtes (sur TMC), tout en participant régulièrement à d’autres programmes (Danse avec les stars et un rôle récemment dans la série Joséphine ange gardien). De son acclimatation parisienne, Tatiana Silva dit : « Cela m’a permis de comprendre que je suis profondément belge parce qu’on met moins de barrière avec les autres chez nous. Je dois encore trouver un équilibre… » Fille de Cap-Verdiens, elle a su préserver son sourire solaire malgré une histoire sombre, puisqu’elle a perdu sa mère à 16 ans et son père à 23 ans.

tatiana silva

Ce passé chahuté, elle le métabolise par une quête identitaire et spirituelle intense, tout en saluant « sa chance dans son malheur ». « J’ai investi dans l’apprentissage de la météo pour la RTBF d’abord et, dix ans plus tard, je m’y sens toujours super bien. Je me réveille avec beaucoup de gratitude le matin. J’arrive à 10 h à TF1 et je repars à 21 h en semaine, donc ce sont de longues journées, mais j’aime vraiment ce que je peux apporter dans un délai très court à l’antenne. » Pour Tatiana, tout est question d’énergies : « On ne peut pas recevoir sans donner en retour ». Son engagement humanitaire est donc naturel et sincère. Avec l’Unicef qu’elle soutient, elle est partie en Irak, à Mossoul, mais aussi au Sénégal, pour visiter le bateau hospitalier Mercy Ship. Elle a également promu un projet d’accès à l’eau potable en Inde de la Danone Nations Cup. « Cela me nourrit, me rend utile à mon niveau. Et c’est l’occasion de sortir de ma bulle de confort pour découvrir les réalités du monde. »

Quand on te regarde on n’a pas de mal à imaginer une petite fille vive, spontanée, pétillante…

Tatiana Silva : J’étais une petite fille très dynamique, oui. Je parlais déjà beaucoup. J’ai un grand frère et une grande soeur avec qui j’ai 18 ans d’écart, donc j’ai grandi comme une enfant unique. J’ai passé des heures à parler toute seule à la maison devant un grand miroir : je m’inventais des histoires, je racontais ce que j’allais dire à ma copine le lendemain… Mes profs m’appelaient ‘Babeltut’. Je n’étais pas une bonne élève, j’ai toujours été assez paresseuse. Je passais tout juste de classe. J’étais joyeuse et gentille, selon mes cousines. Mais je me souviens aussi que j’étais très capricieuse avec ma maman. Elle m’autorisait très rarement à inviter des amies et encore moins à aller jouer chez elles. Elle était assez méfiante.

Ton sourire est assez emblématique et contagieux. Il t’a été transmis à ton avis ?

T.S. : Ma mère était très joyeuse. Elle souriait beaucoup et profitait de la vie : elle était gourmande, elle aimait la musique, danser, passer du temps en famille, un peu à l’image des Cap-Verdiens. Des plaisirs simples. Je crois que ce sourire vient peut-être aussi de ma solitude. Quand on est seul, ce n’est pas qu’on soit malheureux mais inconsciemment j’ai compensé avec beaucoup d’énergie et de joie de vivre. Je cherchais sans doute aussi à plaire aux gens qui venaient chez nous pour qu’ils restent plus longtemps. C’était toujours une fête quand on avait des invités.

Cet optimisme a été précieux pour traverser les épreuves qui ont suivi ?

T.S. : Oui. J’ai eu des moments de doute, des phases plus down mais assez courtes. Ma quintessence, c’est la joie et la tristesse. La tristesse est liée à mon parcours de vie et la perte de mes parents. Mais la joie est bien ancrée en moi également, je reste positive, je me défais rapidement des énergies lourdes. La perte est douloureuse mais elle n’est vécue qu’une fois. Ce qui est très dur, c’est ce que cela apporte comme déséquilibre dans le temps. Ma blessure de l’abandon liée au décès de ma mère quand j’avais 16 ans est très dure à guérir. D’autant que j’ai perdu mon père également à 23 ans. Cela impacte toutes mes relations : de travail, amoureuses, amicales. Ma quête est de retrouver l’amour inconditionnel que m’ont donné mon père et ma mère, ce qui est quasi impossible puisque cet amour est uniquement vertical selon moi, entre parents et enfants, or je n’ai pas encore d’enfant. D’où le poids énorme que j’ai pu mettre sur mes compagnons et ami.e.s. Or ils ne sont pas là pour ça. Je reste vigilante au quotidien pour savoir si c’est cette blessure qui me dicte certaines émotions, réactions ou si cela vient vraiment de moi.

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Avec ta mère, tu avais une relation fusionnelle ?

T.S. : Peut-être, parce qu’on faisait tout à deux. On avait une vie super réglée et répétitive : le shopping du samedi, le croissant, la piscine, la messe, le poisson le soir, les mêmes cassettes de musique… Ma mère était très protectrice, j’étais sa petite princesse. Elle a dû sentir qu’elle allait partir tôt parce qu’elle m’a couvée au-delà de la petite enfance. J’ai reçu beaucoup d’amour. Mais c’était parfois compliqué, surtout à l’adolescence. J’avais envie de prendre mon envol.

À 16 ans, l’âge de l’insouciance, tu a dû devenir adulte. Comment l’as-tu géré ?

T.S. : Ma mère est tombée malade quand j’avais 14 ans. Deux ans plus tard, elle a fait une rechute et tout a été très vite. J’ai obtenu ma majorité anticipée. J’étais en 5e secondaire. J’ai beaucoup dormi cette année-là, j’ai d’ailleurs attrapé la mononucléose. Les profs ont été indulgents. J’ai gardé le cap, alors que j’aurais pu mal tourner, sombrer dans l’alcool ou la drogue. J’étais assez sage vu l’éducation judéo-chrétienne que m’a donnée ma mère, très vite culpabilisante. J’avais un petit copain et donc une belle-famille qui a servi de structure temporaire pour pallier à la perte de tous mes repères. J’ai dû quitter la maison pour une petite chambre d’étudiante, payer les factures avec les 634€ mensuels du CPAS, gérer seule l’école (je signais mes propres mots d’absence…). Une période particulière que j’ai en partie occultée parce que des personnes m’ont rappelé qu’elles m’apportaient à manger et je ne m’en souviens plus du tout. J’ai aussi mis sous le tapis le deuil de ma mère et toutes mes blessures pour pouvoir avancer. C’était ‘marche ou crève’. Or tout ce sur quoi on n’a pas travaillé au moment même, cela revient après.

Tu as regretté de ne pas avoir pu faire d’études supérieures ?

T.S. : Ce n’est pas un regret mais une frustration. Je dois accepter le fait que je ne voulais plus toucher le CPAS encore pendant 4 ou 5 ans, je n’en avais pas l’énergie. Je me suis inscrite au concours Miss Belgique parce que je cherchais des opportunités de travail dans la communication. Mais mon minimum de culture n’était jamais valorisé parce que je n’avais pas de diplôme. Cela a été fastidieux : je cherchais sans arrêt à prouver quelque chose. Et les gens me mettaient facilement dans la case ‘Miss’. Toute ma vie on m’a dit : ‘si tu fais la météo, tu ne feras rien d’autre’ ou ‘si tu es Miss, cela va te fermer des portes’. Or je ne suis déterminée que par ce que je pense, je dis et je fais. Et jamais par ce que les gens pensent. Maintenant, cela me fait rire, mais à un moment, cela m’énervait qu’on me colle à ce point une étiquette. Personne n’est monolithique.

Est-ce que tu as des peurs ?

T.S. : J’ai été très inquiète et frustrée professionnellement. Mais au moment où l’on fait cette interview, tout est parfaitement juste, même s’il y a des aspirations qui ne sont pas encore réalisées et des doutes par rapport au fait qu’elles se réalisent un jour. J’ai confiance dans le fait que j’arriverais à apprivoiser mon ego s’il devait y avoir une chute. Quand j’avais 20 ans, j’avais tellement peur de ne pas pouvoir payer mes factures, je pensais même qu’on pouvait me mettre en prison pour ça. Comme je suis mon seul back-up, c’est rassurant de penser que je peux faire autre chose de moins valorisant, y compris nettoyer les toilettes (rires) ! Je suis capable de me contenter de choses simples.

Estimes-tu que les échecs que tu as traversés t’ont renforcée ?

T.S. : Oui. Mon parcours a été formateur même si je n’ai pas rigolé tout le temps. L’avantage, c’est qu’aujourd’hui, je n’ai plus peur de rien. Après avoir été élue Miss Belgique et après mes premières télés à AB3, j’ai eu un magasin de fringues à Anvers qui n’a pas du tout marché à cause de la crise, j’ai donc tout revendu, puis je suis retournée travailler à l’accueil du magasin Caméléon. C’était vraiment pénible : les gens me reconnaissaient et se demandaient ce que je faisais là, trouvaient ça triste. Mais j’ai fait preuve d’humilité parce que ma priorité, c’était avant tout de payer mon loyer. Quelques mois plus tard, Marie-Pierre Mouligneau m’y a repérée et m’a donné accès à un casting. Tout est lié, si je n’avais pas accepté ce job à la réception, je ne l’aurais sans doute jamais croisée…

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Qu’est-ce que ton père t’a transmis ?

T.S. : Rien d’un point de vue matériel, j’ai refusé l’héritage puisqu’il avait des dettes ; il était créatif mais mauvais gestionnaire. Mais il m’a vraiment légué sa spiritualité. On ne s’est pas vus souvent après qu’il ait quitté la Belgique pour le Cap-Vert quand j’avais 4-5 ans, mais on s’est beaucoup écrit. Il m’a toujours parlé du karma et il déposait une partie de sa nourriture à un autel des ancêtres. Quelques mois avant son décès, je suis allée le voir. Je sortais d’une rupture amoureuse, je n’étais pas très bien. Il était inquiet de ma santé physique et mentale et il m’a fait lire La Prophétie des anges de James Redfield. Cela m’a mis le pied à l’étrier pour trouver des pistes de réflexion et des outils de travail sur moi. Ma spiritualité est devenue un pilier immuable. Elle n’est liée à aucune religion, juste au fait de rester connectée avec les autres, de prendre du recul, de cultiver qui je suis vraiment, de récupérer des sortes de mémoires oubliées, d’ôter en moi les couches liées à mon éducation, mes rencontres, mes réflexes de protection issus de mes peurs et mes peines… Ma quête, c’est d’être plus proche de moi, plus calme, de prendre beaucoup de distance par rapport à l’ego qui parle et qui interprète.

Tu as nourri cette quête par tes voyages ?

T.S. : Mon premier voyage spirituel s’est déroulé à Bali où je suis partie seule en 2012 pour découvrir le yoga, la méditation. Je suis allée en Inde après. Il y a une légende familiale qui dit que j’ai eu une arrière-arrière-grand-mère à Goa parce que les Portugais, sur la route de la soie, y ont eu un comptoir. Ce pays m’a toujours fascinée. La première fois que j’y ai mis les pieds, j’ai très vite eu la sensation d’être à la maison, malgré la barrière linguistique et culturelle. En 2014, j’ai séjourné à l’ashram de Sri Sri Ravi Shankar à Bangalore, où j’ai pris des cours de respiration pour m’initier à la méditation. Je suis retournée par la suite au plus grand festival spirituel, la Kumbha Mela, lors duquel 55 millions de personnes se baignent dans le Gange. Au Costa Rica, j’ai également fait une retraite de méditation chamanique.

Quel est ton lien avec le Cap-Vert aujourd’hui ?

T.S. : Mon grand frère et ma grande soeur vivent là-bas, mes cousines aussi. J’y vais deux fois par an. J’ai trois maisons : la Belgique où je suis née, l’Inde, ma terre d’accueil spirituelle, et le Cap-Vert puisque j’ai grandi avec sa culture basée sur des choses très simples et vraies, et j’y ai vécu cinq mois quand j’avais 7 ans avec ma mère. Cela m’a fort imprégnée.

Faire de la télé, c’est s’exposer au regard des autres. Est-ce chez toi une recherche de reconnaissance ?

T.S. : De reconnaissance, oui. Je me suis beaucoup demandé pourquoi je faisais les choses, puisque mes parents ne pouvaient plus voir mes différentes victoires. Et cela ne me suffit pas de les faire pour moi-même. Du coup, les réactions des gens sur les réseaux sociaux ont été un soutien. Mine de rien, être à la télé me procure une reconnaissance qui m’alimente. Mais je dois travailler pour ne pas en être trop dépendante. Les téléspectateurs et les followers ne peuvent pas constituer mon vrai pilier puisque qu’ils peuvent disparaître…

Sur ton compte Instagram, tu fais des ‘Insta Live’ où tu échanges avec tes followers. Pourquoi ?

T.S. : J’adore mon métier. Mais une partie de l’image que je renvoie n’est pas moi. Je ne peux pas présenter la météo comme quand je vais faire mes courses. Les réseaux me permettent de me montrer telle que je suis, au naturel, et d’échanger avec les gens. Je partage mes expériences, mes réflexions, mes lectures, des films… Et ce n’est pas unilatéral. Beaucoup me racontent leur vie, leurs difficultés et me demandent parfois conseil. Comme je ne suis pas psy, je prends bien sûr des pincettes. Mais je les oriente vers des livres ou des pistes de réflexion. Et je leur demande des retours. Là je me sens vraiment utile. Ce qui m’intéresse, c’est de trouver comment servir les autres.

Tu auras 35 ans en février. Tu rêves de quoi ? Recréer un lien vertical comme tu l’évoquais plus haut, donc avoir des enfants ?

T.S. : Je suis plus proche de moi-même que je ne l’ai jamais été. Cela implique plus de sérénité et de détachement. Je suis joyeuse mais calme, posée, comme un soleil qui se lève. Il rayonne mais il n’est pas encore au zénith. Je garde aussi un grain de folie, celui de la petite fille que j’ai été, sans filtre, dans la spontanéité. Je pense bien sûr à fonder une famille. C’est une étape de ma vie à laquelle j’aspire. Mon rêve, c’est de danser dans un film de Bollywood ! (rires) Plus proche de moi, j’aimerais expérimenter des séries télé, parce que le travail du jeu, d’aller chercher des émotions m’a beaucoup intéressée lors de ma participation à un épisode de Joséphine, ange gardien (diffusion en février 2020 sur TF1, NdlR). En télé, un show à la Oprah Winfrey m’aurait plu, avec des témoignages de personnes qu’on essaye d’aider avec des psychologues.

As-tu déjà eu recours à une aide psychologique ?

T.S. : J’ai vu une et un thérapeute à des moments ponctuels. Cela m’a été très utile et cela fait partie des outils que je conseille. Il y a des moments où on ne peut tout simplement pas gérer tout ce qu’on vit. Et on ne peut pas toujours infliger à nos amis de nous écouter, d’autant qu’ils ne sont pas toujours objectifs. J’y retournerai volontiers en cas de besoin. La difficulté, comme toujours, c’est de trouver la bonne personne. Le travail spirituel que je fais, c’est comme un nettoyage quotidien, pour éviter que les choses s’accumulent et n’amènent à une dépression par exemple.

 

Copyright Photos : Emmanuel Laurent