Et Dieu créa Saint-Tropez

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Ancienne citadelle au 15ᵉ siècle puis petit port de pêche tranquille, Saint-Tropez sort de l’anonymat dès la fin du 19ᵉ siècle grâce à Maupassant et Paul Signac. Ce dernier attire dans son sillage de nombreux peintres venus chercher cette lumière exceptionnelle. Fauves et pointillistes y font leurs premières armes.

Par Manoëlle Sepulchre

Après la première guerre mondiale, Saint-Tropez n’est plus fréquentée par les seuls peintres. De nombreux artistes viennent y séjourner. L’écrivain Colette, Jean Cocteau et Jean Marais. Antoine de Saint-Exupéry, Louis Jouvet ou encore le grand Herbert Von Karajan.

Premier village à être libéré pendant la seconde guerre mondiale, Saint-Tropez entre dans la légende après la découverte de Brigitte Bardot dans « Et Dieu créa la femme ». Capitale de la jet-set depuis les années 50, on y vient pour voir et pour être vu ! Les yachts de milliardaires envahissent l’été le port et les célébrités du monde entier viennent s’y reposer.

Mais la cité varoise présente un tout autre visage hors saison. Lorsque la jet-set et ses signes extérieurs de richesse ont déserté le port. Quand la presqu’île et ses trois caps peuvent se découvrir sans passer des heures dans les embouteillages. Quand les plages de Pampelonne redeviennent presque désertes et que le vieux village retrouve sa quiétude et son authenticité.

L’occasion de (re)découvrir le plus célèbre village de la Côte d’Azur entre farniente, balade et bonnes tables.

Saint-tropez

L’hôtel Byblos berce les étés tropéziens du charme de ses années glamour
De prime abord, on dirait un petit village provençal avec ses maisonnettes aux façades ocre rouge, terre de Sienne, jaune pastis qui jouent des coudes pour se faire une place au soleil. Elles renferment en tout 41 chambres et 50 suites, toutes différentes et décorées dans un esprit méditerranéen. Entre ces bâtisses, à l’intérieur desquelles meubles précieux, mosaïques anciennes et statues antiques côtoient des céramiques de Vallauris et des patines provençales, des placettes ombragées, des fontaines, quelques boutiques de luxe et une grande piscine aquarelle qui ajoute du bleu azur à l’humeur cristalline de ses occupants. Il y a même un olivier centenaire, et des lieux-dits, le Hameau, la Bastide.

Depuis 2012, l’hôtel Byblos est entré dans le cercle très fermé des établissements français à avoir reçu la distinction Palace.

L’aventure commence dans les années 1960. Prosper Gay-Para, riche Libanais propriétaire d’hôtels à Beyrouth, fait construire, ce qui sera le premier palace de Saint-Tropez, à une portée de boule de pétanque de la place des Lices, mais à l’écart de son agitation. Pour donner une âme particulière à son hôtel, Gay-Para métisse les cultures méditerranéennes, mariant antiquités orientales et panneaux décoratifs en céramique de Vallauris. Il l’appelle Byblos, comme le port phénicien, et le place sous la protection des die
ux en choisissant comme emblème l’enlèvement d’Europe par Zeus.

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Brigitte Bardot, en pleine lune de miel avec Gunther Sachs, inaugure les lieux. Mireille Darc, elle, sera la marraine de la soirée d’ouverture, en mai 1967 : mille invités, dont Françoise Sagan escrtée de Jacques Chazot, Juliette Gréco et Michel Piccoli, Bernard et Annabel Buffet, Eddy Barclay, en résumé tout le gratin de la jet-set. Première fête d’une longue série qui donnera le ton de ce que sera la vie (et la nuit) au Byblos. Revers de fortune oblige, Prosper Gay-Para cède, quelques mois plus tard, son palace à Sylvain Floirat, l’homme d’affaires qui a donné des ailes à Europe 1 et à ce qui deviendra Matra, entre autres. Aujourd’hui, le Byblos appartient toujours à sa famille.

C’est ici que Mick Jagger a épousé Bianca Perez, que Michel Polnareff et Eddy Mitchell se sont partagé le même piano, l’un répétant le matin, l’autre l’après-midi.

Le Temple des nuits tropéziennes
Le Byblos possède les mètres carrés les plus convoités de la Côte d’Azur, le carré VIP des Caves du Roy : 20 – 25 m² maximum, où se pressent les riches et célèbres. Dans ce « grand manège » du carré VIP, on croise aussi bien les enfants de.., les top models du moment, les têtes couronnées, les industriels… Pour les autres, il reste la grande salle. Chaque soir en été, dès minuit, le rituel est immuable : quelque 400 noctambules attendent pendant des heures l’autorisation d’entrer, délivrée à dose très homéopathique. Ce sont les anonymes de la « file de droite ». Dans celle de gauche passent les célébrités. Rien que pour ce spectacle, certains font la queue jusqu’à l’aube en détaillant les vitrines publicitaires des boutiques de luxe de Saint-Trop’, judicieusement installées sous les glycines de la ruelle la plus jet-set du monde.

Pause bien-être confiée à Sisley
Avec ces 6 cabines, c’est un havre de paix, à la fois luxueux et épuré, organisé autour d’un joli patio. Pour des soins en duo, l’ancien salon libanais du 17ᵉ siècle au plafond sculpté n’a pas bougé depuis la célébration du mariage de Mike Jagger avec Bianca. Comme toujours chez Sisley chaque détail du déroulement des soins et protocoles proposés est ultrasoigné pour nous offrir une vraie ode à la paresse et au luxe.

Byblos

Une table baignée d’azur signée Alain Ducasse
Preuve, s’il le fallait, que création, élégance et décontraction ne sont pas antagonistes, le restaurant Rivea at Byblos souhaité par Antoine Chevanne (Directeur Général Exécutif du Groupe Floirat) et Alain Ducasse, raconte sans détour que l’amitié se nourrit de soleil et d’authenticité partagés autour d’une table sincère. On aime cette escapade glamour et gourmande, orchestrée par le jeune chef Vincent Maillard. Il fit ses armes à l’école de la rigueur avec entre autres la Bastide Moustiers, Guy Savoy ou au Louis XV de Monaco, sous la direction d’Alain Ducasse.

Il y « dessine une cuisine simple » à partir des produits colorés de la Riviera. A la recherche de l’excellence, il pratique son métier comme un jeu où le plaisir l’emporte. Depuis vingt ans sur la Côte d’Azur, ce Bourguignon de naissance a attrapé l’accent du sud et l’obsession de la sarriette et de la marjolaine. On y découvre un répertoire de saveurs essentielles cheminant de la Provence au Comté de Nice, de la Ligurie au Piémont, en passant par la Principauté de Monaco. Cela donne de jolies tapas et des entrées comme la caponata de légumes, frais anchois au piment doux, croquante salade de poulpe de roche, vive dorade marinée en fines tranches, sardines confites au basilic. Il y a aussi la charcuterie à la planche, avec le culatello de Zibello, le lardo di Colonnata et la bresaola ou encore le San Daniele. On grignote et on partage comme par exemple la soupe de pois chiches et son caillé de brebis ou les asperges cuites et crues. Pur délice.

Comme il se doit on déjeune à midi à l’ombre des tamaris au club 55, une cabane de robinsons devenue en une cinquantaine d’années une des plages privées les plus chics de la Côte d’Azur : c’est l’histoire du Club 55 sur la plage de Pampelonne à Ramatuelle, à deux pas de Saint-Tropez. C’est aussi l’histoire de Patrice de Colmont, qui accueille ses hôtes jour après jour et dirige d’une main de fer et de velours l’établissement. Car quand on sert 800 repas par jour en étant fermé le soir, l’improvisation n’a nulle place.

Preuve que cette adresse mythique n’a pas fini de faire parler d’elle…


Hôtel Byblos *****  / Palace Tropézien
saint-tropez@byblos.com
www.byblos.com
www.lescavesduroy.com



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