hikikomori

Comprendre et accompagner les hikikomoris, ces jeunes qui vivent reclus

Votre (petit-)enfant passe beaucoup de temps dans sa chambre, seul devant les écrans ? La fréquentation de ses amis (voire de ses collègues) s’est réduite drastiquement ? Un repli sur soi qui peut signifier une chose : vous avez un hikikomori à la maison. Un reclus, vu au sens spirituel. De quoi s’agit-il ? Explications.

Reading Time: 4 minutes

Avec une perte de repères sans cesse croissante, une partie de la jeunesse ne se retrouve pas ou plus dans le modèle actuel de société. Un univers où la pression se fait de plus en plus forte pour réussir. Tant au niveau professionnel que personnel. Si la crise du Covid 19 n’ est pas la cause d’un certain mal-être vécu par les jeunes, elle a pourtant servi d’accélérant. Avec, à la clé, des jeunes déphasés, en proie à des problèmes de santé mentale. Qui peuvent aller très loin. Comme le phénomène des hikikomoris. Ces jeunes adultes qui ont décidé de vivre en marge. Une situation d’échec social qui réclame que l’on s’y attarde.

Hikikomori ? De quoi parlons-nous ?

Mot japonais, hikikomori peut se traduire par l’expression « je me retire du monde ». Un message fort, lié à cette nation marquée par une culture geek et une pression sociale extrême. Exercée depuis l’école jusqu’au monde du travail, où l’échec n’est pas accepté. Un phénomène popularisé à la fin des années 90 pour s’amplifier davantage dans les années 2000 et au-delà. Il se présente au sein d’une tranche d’âge articulée autour des 15 à 35 ans. Pour les jeunes hikikomoris, filles comme garçons, leur souhait de vie est très clair : se retirer du monde pour ne pas risquer l’échec et devoir souffrir dans une société qui ne correspond pas à leurs attentes. Cette vie de reclus, souvent vécue dans le cocon familial, devant l’ordinateur et la console de jeux, n’a pas de limite précise. Le phénomène peut durer des jours, des mois, voire des années pour les cas les plus graves. Un phénomène qui a franchi les frontières pour se répandre en Occident.

« Mon enfant, cet angoissé »

Quelle meilleure illustration apporter que le témoignage de ceux qui vivent cette situation particulière au quotidien. Comme Emmanuel, hikikomori de 23 ans, contacté sur la Toile. Pourquoi et comment est-il devenu ce prisonnier volontaire dans sa chambre du domicile parental ? « Depuis toujours, j’ai eu cette faiblesse de caractère face au monde qui m’entoure. La peur de me tromper de voie, d’aborder les autres, de me battre pour gagner ma place. Une forme de maladie à mes yeux, qui n’a fait qu’empirer avec l’âge. Aujourd’hui, j’ai en permanence cette boule au ventre quand je dois sortir de chez moi. J’ai vécu les confinements comme un plaisir. Avec ces cours à distance qui m’ont permis de ne pas sortir. La société me fait peur, je ne sais pas comment lui faire face. Ma solution ? L’éviter. » Un témoignage auquel fait face celui d’une maman, Adèle B. Jeune quinquagénaire fatiguée d’un poids supplémentaire à une vie professionnelle déjà chargée : la prise en charge d’une jeune hikikomori. Un terme qu’elle ne connaissait pas avant de découvrir qu’il concernait sa fille. « Honnêtement, et vous pouvez le souligner dans votre article, cette situation me fatigue et provoque chez moi de fréquentes crises de larmes. Avec de l’angoisse à la clé. Comment pousser Claude à sortir de son cocon, à l’aider à tracer sa voie ? Pour lui offrir la vie menée par ses amies. Je n’en sais rien. Je me sens perdue, comme d’autres parents avec qui je corresponds sur les forums. Qu’avons-nous raté dans son éducation ? » Un témoignage qui n’appelle pas de commentaire.

Que peuvent faire les proches ?

Ce problème sociétal reste encore tabou au sein des familles. Et relativement peu étudié par les professionnels de la santé, qui s’orientent souvent sur les symptômes d’une dépression. Comme Adèle, citée ci-dessus, les parents de « reclus » ont peu de solutions à apporter. Que peuvent-ils faire pour briser ce cercle vicieux ? Premièrement, ne pas se sentir responsable d’une situation qui leur échappe. Un mal-être qui n’a rien à voir avec le cercle familial. Que faire ? Pour Olivier Servais, historien et anthropologue, « il ne faut certainement pas stigmatiser le jeune hikikomori. L’accabler ne servira à rien. Il faut, au contraire, l’accompagner et entamer un dialogue constructif et positif pour lui venir en aide. »

Un syndrome qui risque de s’amplifier

Force est de constater que l’évolution de la société ne laisse que peu de place aux plus faibles. Dont ceux qui ont un grand besoin de confiance en eux pour se construire, se renforcer : les jeunes. Comme le précise Olivier Servais : « pour retrouver des jeunes gens plus à l’aise dans la société environnante, il reste nécessaire de la réhumaniser. Au travail mais aussi dans le milieu scolaire, nos relations entre individus. Si l’on poursuit sur la tendance actuelle, le phénomène des hikikomoris va perdurer, voire s’étendre. »

Lecture conseillée

Pour qui cherche à en apprendre davantage sur ce phénomène, loin d’être marginal, la lecture du document rédigé par Andreas Saada et Sophie Vouteau, En retrait du monde : je suis un hikikomori (Ed. Pygmalion, 2018) peut être de bon conseil. Avec le récit du vécu de l’auteur, Andreas Saada. Un document émouvant sur un quotidien que nul parent ne souhaiterait pour sa descendance. Un jeune, issu d’un bon milieu, heureux en famille mais qui souffre d’un mal qui le ronge dès qu’il doit quitter sa chambre, son refuge. Avec de terribles angoisses, qui le privent de contacts sociaux. Chapitre après chapitre, le lecteur s’enfonce dans ce cauchemar sans fond. Comme le souligne Andreas Saada : « j’étais un adolescent passif, apeuré, qui espérait que les choses allaient changer, mais tout en le redoutant. Parce que les choses pouvaient être pires encore. »

En retrait du monde : je suis un hikikomori. Par Andreas Saada et Sophie Vouteau. Editions Pygmalion, 160 pages.


© Fiftyandme 2021