vieillir sereinement

Comment vieillir sereinement ?

Alors que la société met volontiers le projecteur sur le déclin lié à la maturité, Fifty & Me se penche sur les conseils et réflexions de coaches et d’auteures pour appréhender le temps qui passe dans la joie, la liberté, l’acceptation, la conscience et l’intériorité. Et vivre pleinement cet âge d’or.

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Vieillir avec plaisir

“Il n’y a pas plus vieux que de ne pas vouloir vieillir », assène la psychologue, psychothérapeute et écrivaine française Marie de Hennezel dans son livre La chaleur du corps empêche nos corps de rouiller – Vieillir sans être vieux (Pocket). « Nous avons peur de mal vieillir, de finir seuls, mal aimés, peut-être dépendants ou déments, dans des lieux sans vie, loin de tout. Nous conjurons cette peur, au lieu de l’affronter, en nous accrochant à notre jeunesse, dans un déni un peu pathétique. Ce faisant, nous risquons de manquer ‘le travail de vieillir’, c’est-à-dire l’expérience d’une conscience heureuse du vieillissement. (…) A nous d’inventer un nouvel art de vieillir, paradoxal car il s’agit d’accepter de vieillir sans pour autant devenir ‘vieux’. » A savoir, conserver et même cultiver sa curiosité, son ouverture, sa capacité d’émerveillement, accepter ses limites avec humour, regarder la vie avec confiance, prendre le temps de faire ce qu’on aime, se libérer du regard des autres, savourer l’existence à sa juste valeur, se rendre disponible aux liens affectifs si précieux…

Pas évident pour autant de vivre certaines transitions qui chamboulent tout sur leur passage, comme l’arrivée à l’âge de la retraite. « Même si on aborde souvent cette étape de façon réjouie, avec l’envie d’écrire un nouveau chapitre de sa vie, on est parfois un peu surprise en la vivant, parce que les choses ne se passent pas exactement comme on l’avait imaginé. Pour des raisons financières, relationnelles ou parce qu’on se retrouve à la maison à partager un quotidien 24 heures sur 24 avec un compagnon, à faire des tâches ménagères et recevoir ses enfants et petits-enfants, ce qui en soi peut être très chouette mais ne suffit pas à tout le monde », analyse Chantal Olivier1, ancienne manager de grosses équipes en entreprise qui propose aujourd’hui un accompagnement aux personnes désorientées à cette période charnière.

« On rencontre souvent des personnes de cet âge qui ne sont pas très joyeuses, qui se plaignent d’une santé pourtant pas trop mauvaise, d’une maison trop grande sans réagir (le fameux syndrome du nid vide, NdlR), éventuellement d’être débordées parce qu’elles se sont lancées dans un déluge d’activités… Cela témoigne d’un petit malaise. On perd ses repères quand on est pensionné : on sort d’un cadre sécurisant dans lequel on a parfois évolué longtemps et on doit se réinventer de nouvelles habitudes. Il y a un travail à faire sur soi-même pour se dire : je suis jeune encore, j’ai des choses à transmettre mais j’en ai aussi à apprendre. Comment faire de tout cela un projet positif et enthousiasmant, dans la bonne humeur ? Qu’est-ce que je vais faire de tout ce temps que j’ai encore, étant donné l’espérance de vie ? Pour aborder ensuite le tout grand âge de façon sereine, en étant content de ce qu’on a accompli. »

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Se sentir utile

La question cruciale qui émerge lors de ce changement de vie à la maturité relève du sens, alors que les activités proposées aux séniors se cantonnent la plupart du temps à une approche ‘loisir’. Chantal Olivier l’a constaté : « En Belgique, on trouve beaucoup de propositions de loisirs en réseau qui permettent d’éviter l’isolement. Avoir des occupations, c’est bien. Mais cela n’empêche pas de se poser la question du pourquoi. A quoi suis-je encore utile ? Surtout les jours où on est un peu down, où le conjoint est grognon et le compte en banque à plat, où le dos fait souffrir… Si on ne cherche pas à remettre du sens, on a tendance à se replier. Or c’est dommage parce qu’on a tous et toutes un tellement beau potentiel et il y a tellement de besoins. Plus on avance en âge et plus la question devient importante. Il faut se préparer à cela.

Ce n’est pas un hasard si nombre de personnes âgées sont sous anxiolytiques. Il y a beaucoup à faire pour revoir la façon dont on s’occupe de nos aînés dans les homes. Ils y sont infantilisés : les rythmes leur sont imposés, les repas également et ils ne contribuent pas à la préparation de ceux-ci. Les activités sont libres mais leur champ est restreint. Cela ne correspond pas du tout à l’état intellectuel et mental de certains pensionnaires. En favorisant plus d’autonomie, on pourrait éviter la dépression, la perte de sens et ralentir la ‘dégénérescence’. »

Marie de Hennezel a constaté les bénéfices d’une participation prolongée à la vie de la communauté en s’intéressant à l’île d’Okinawa, au Japon, que l’OMS a baptisée ‘l’île de la longévité’. Dans l’assiette légère de ses habitants très âgés, du poisson, du soja, des algues, du riz, du thé vert. Ils sont par ailleurs considérés comme des « porte-bonheur » et s’entraident entre amis et voisins, tout en pratiquant ensemble le jardinage, la marche et le tai-chi. Inspirant, quand on sait qu’en 2050, chez nous, il y aura trois personnes de plus de 60 ans pour un enfant…

Prendre sa place avec confiance

Coach online spécialisée dans la gestion du stress et des émotions, Manoëlle van der Straten2 a travaillé pour des comités de direction dans de grosses multinationales puis s’est réinventée après deux burn-out. « Un mal qui touche statistiquement plus de femmes que d’hommes, des personnes très volontaires, perfectionnistes, qui donnent toujours plus pour leur boulot, qui s’occupent beaucoup des autres, de leur famille, se dévouent et s’oublient. Parce qu’elles n’ont pas appris, n’ont pas été éduquées à se mettre au centre de leur vie, à prendre soin d’elles d’abord. Or c’est essentiel, pour qu’elles puissent mieux prendre soin des autres ensuite et éviter de développer des maladies par exemple, tout étant psychosomatique. »

Chez les femmes de plus de 50 ans qui font appel à ses services, Manoëlle constate également que la quête de sens est centrale. « Elles se remettent en cause parce qu’elles se font licencier ou parce qu’elles ne se sentent plus bien dans leur fonction après avoir été mises sur une voie de garage. Elles se demandent à quoi elles servent. Elles cherchent du sens dans leurs actions et une nouvelle voie. Je travaille avec elles sur la confiance en soi et les compétences qu’elles ont. Elles ont l’impression qu’elles sont moins utiles parce qu’elles sont moins dans le coup, moins réactives que les jeunes. Alors qu’elles ont beaucoup plus de connaissance, d’intuition, d’expérience à mettre en avant. Et elles sont souvent multi-casquettes.

Il s’agit donc de les aider à retirer la couverture qui recouvre le trésor qu’elles ont en elles. Je les invite à prendre conscience de la place qu’elles ont et de celle qu’elles veulent occuper dans leur activité, leur famille, leur couple. A pouvoir être autonomes et assertives. A décider de leurs objectifs et à se sentir légitimes par rapport à ceux-ci. L’âge de la pension n’est pas une fin en soi. Certaines femmes continuent à travailler après, par passion.

Avec la maturité, notre propre finitude nous apparaît plus clairement et on se pose beaucoup de questions sur ce qu’on a accompli dans sa vie. C’est important de refaire des projets. Pour conserver une bonne l’énergie, je leur conseille aussi de prendre des compléments alimentaires parce qu’elles sont très peu informées concernant la préménopause et la ménopause, d’être alignées par rapport à leurs émotions et à l’écoute de leur corps. Je les coache également dans leur relation à l’argent, ce qui est décoiffant et très instructif, en lien avec la valeur qu’elles se donnent à elles-mêmes. On déconstruit enfin leurs fausses croyances conscientes ou inconscientes, éventuellement transgénérationnelles, qui les bloquent parfois depuis cinquante ans. »

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Studio shot of mother and daughter. Both of them wearing black.

Image de soi

Cela arrive la première fois qu’un jeune se lève pour nous céder sa place dans le bus ou bien parce qu’on sent le regard des autres changer à notre égard. On prend conscience de son âge par le miroir que nous tend notre environnement, notre entourage. Mais soi-même, on ne se sent pas vieillir quand on est en bonne santé. D’où cette similitude avec le début de l’adolescence, lorsque notre corps ne correspond plus avec la personne que nous pensons être. « On se croit toujours jeune dans sa tête », reprend Chantal Olivier1.

Au fur et à mesure que le temps passe, on est surpris de l’image de nous que nous renvoient les gens. Parfois déjà dans la quarantaine, dans les yeux d’un adolescent. Plus on avance et plus cela s’intensifie. La meilleure chose est d’accepter cette réalité : on a l’âge qu’on a et il n’y a rien à faire. Même si cela reste un état d’esprit, il y a des choses qu’on ne connaît plus. Je me suis personnellement lancée dans le marketing digital sur les réseaux sociaux mais j’ai bien sûr conscience que quelqu’un de plus jeune le ferait de manière plus rapide et plus intuitive que moi. La force physique baisse également.

C’est normal et il faut l’accepter. Le lâcher-prise est important, à ne pas confondre avec le laisser-aller ! (rires) Quand on n’a pas de cadre, de discipline, on peut très vite bouger trop peu, s’informer trop peu, prendre de mauvaises habitudes, manger et boire trop… Toutes sortes de choses qui font que la vitalité baisse. C’est la réflexion que je mène en toute bienveillance, dans le respect des choix et des cheminements de chacune et chacun. Faire en sorte que l’on s’accepte, dans sa diversité d’intérêts, d’énergie, de passions, de choses à transmettre… »

Se reconnecter à son corps qui change

L’image de soi, c’est précisément ce qui mobilise toute l’énergie de Delphine Hertogs3. Animatrice thérapeutique et art thérapeute, elle a mis sur pied une thérapie par le vêtement à destination des adolescentes souffrant de troubles alimentaires au sein de la clinique La Ramée à Bruxelles. Puis elle a souhaité ouvrir l’approche à toutes les femmes, y compris celles qui voient leur corps se transformer après un certain âge. Et elle a fondé son propre atelier en dehors de tout cadre médical : Be clothes to you. Elle précise d’emblée : pas question de relooking ou de coaching chez elle. « Il ne s’agit pas du tout de dire aux femmes ce qu’elles doivent porter ou quelle est leur gamme de couleurs idéale. Ici, tout est possible. Je propose plutôt un voyage à travers les coloris, les imprimés, les textures… C’est de la microchirurgie émotionnelle, une sorte de thérapie brève en 4 à 5 séances pour redynamiser, réénergiser le rapport qu’on a avec son corps. »

Concrètement, Delphine Hertogs compose un vestiaire chatoyant et saisonnier grâce à des marques partenaires (Pauline B, Bellerose, Diane von Fürstenberg, sacs Delvaux, bijoux Marie Le Lorrain, Vila, Essentiel, No Concept Sores…). Principalement des hauts, des robes et des accessoires. Rien n’est à vendre mais tout inspire dans son espace de jeux, ou plutôt de « je », où l’on ose essayer des pièces vers lesquelles on ne va jamais dans les magasins. On y découvre dans le miroir d’autres facettes de soi qu’on explore moins d’habitude, qu’elles soient plus romantiques ou féminines par exemple.

« J’ai souvent des femmes qui arrivent avec des pantalons et des tenues très fermées, qui cachent leurs formes, leur peau, qui ne portent jamais de talons… Pas à pas, elles se reconnaissent dans un style plus adapté au moment où elles se trouvent dans la vie. C’est ce que je trouve magique dans ce projet : j’assiste à de véritables transformations. Le vêtement est la première information qu’on donne sur soi. Et quand on ne se sent pas bien dans son corps, quand on se dissimule sous un habit, cela se voit tout de suite. » Pour arriver à une reconnexion avec sa propre image, alors que beaucoup de femmes sont un peu perdues vu le manque de frontière entre les âges vestimentaires, un travail sur les fausses croyances s’opère.

« Beaucoup me disent que le rouge vif, par exemple, ne leur va pas. Mais quand elles ont essayé d’en porter, elles y reviennent pour retrouver de la luminosité et abandonner leurs pièces plus sombres. Elles pensent aussi qu’elles n’ont plus le droit de s’habiller comme ceci ou comme cela après un certain âge. Pour sortir de ces freins, il faut pouvoir explorer – donc aussi se tromper – dans un lieu rassurant. Je les accompagne en douceur sur ce chemin de révélation. »

  1. Chantal Olivier : site de réflexion sur l’acceptation de l’âge jeunedepuispluslongtemps.com et page Facebook @aimersonage.
  2. Manoëlle van der Straten : manoelle.be – 0475/22 07 65.
  3. Delphine Hertogs : beclothes2you.com – 0477/95 15 01.