Le deuil de nos idoles ou de notre jeunesse ?

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David Bowie, Prince, Leonard Cohen puis George Michael. Beaucoup d’artistes qui ont bercé notre jeunesse s’en sont allés en 2016. Pourquoi ces disparitions de rock stars que jamais nous n’avons rencontrées nous laissent-elles à ce point orphelins ?

Par Isabelle Blandiaux

« Je suis née dans les sixties et je suis une fan inconditionnelle de Bowie, donc chaque moment important de ma vie a été marqué par sa musique, chaque époque de mon existence a été ponctuée par un de ses concerts », témoigne Sophie, une quinqua dynamique. « Je connais tellement bien son univers, j’ai lu tellement d’ouvrages biographiques que je pense que cela a créé en moi une forme d’intimité avec lui. A sa mort, au début 2016, j’ai dû faire le deuil de le revoir un jour sur scène mais c’est aussi comme si une grande distance s’était créée entre ma vie actuelle et mes souvenirs de jeunesse auxquels il est relié… » Si Sophie a pu se consoler comme elle pouvait avec la dernière pépite (noire) que le génie du rock nous a laissée, son brillant album-testament Black Star où il tutoie la mort, elle a dû faire le deuil non pas d’un homme qu’elle ne connaissait finalement pas vraiment ou du moins que par le prisme de son art ou des médias, mais plutôt de sa propre jeunesse. Comme irrémédiablement reléguée derrière elle par cette disparition.

Tout comme David Robert Jones, Leonard Cohen s’est fait connaître du grand public dès 1969, apposant son style de crooner sombre et sexy de façon indélébile sur l’existence de beaucoup d’entre nous et se retirant discrètement, aussi comme Bowie, après avoir livré un ultime album vibrant, voire mystique, où il évoque la fin de sa vie, You Want it Darker.

Avec le décès de Prince et de George Michael, ce sont nos chères années 80 qui se meurent. Certes des années de crise économique et de chômage mais des années où la fête hédoniste régnait en grande maîtresse. Rien n’était ‘trop’ dans les eighties : jamais trop looké, jamais trop (dé)coloré, jamais trop gonflés (les cheveux), jamais trop brillant, jamais trop sucrées (les mélodies), jamais trop sexy… Le kitsch au quotidien avait changé notre regard. Combien de paires de santiags ou d’escarpins ont été usées sur les rythmes funky de Prince et les tubes sirupeux de Wham et George Michael ? Les voir partir, c’est devoir accepter que l’insouciance totale, la fête avec ce degré d’apesanteur… ne font plus partie de nos perspectives.

Un deuil qui n’est pas facilité par les réseaux sociaux où ces décès sont suivis par des épanchements collectifs. Facebook et Twitter semblent alors se transformer en exutoires d’émotions lourdes. Comme si chacun participait à un rituel d’un type nouveau en partageant sa chanson favorite, son anecdote, son extrait inédit… Le point positif ? Le fait de vivre la même douleur en choeur semble rapprocher les internautes, voire en consoler certains. La mort, ce tabou que notre société a fait disparaître de toutes ses sphères, ressurgit là où on ne l’attendait pas : dans le monde virtuel.


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