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Les adulescents, ces adultes restés sur les rives de l’enfance

De plus en plus d’adultes refusent les contraintes du monde moderne, le fameux métro-boulot-dodo, pour rejoindre les rives de l’enfance. Ce monde d’étoiles et de joies qui était le leur. Un phénomène sociologique qui prend de l’ampleur dans une société qui perd ses repères.

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Un phénomène de société ?

« Ils » sont partout, tout autour de vous. Au travail, dans la rue, au sein de votre famille. Vous ne les remarquez pas, ils n’ont pas de signes évidents. Ils ne vous voient pas non plus, plongés dans leur univers de rêves. Mais arrêtez-vous en rue un instant. Pour observer les passants. Voyez ces adultes, l’air heureux sur leur trottinette, un rappel de leur enfance sous couvert de mobilité en ville. Ou d’autres, dans les grandes surfaces culturelles, le sourire aux lèvres, les yeux pétillants, présents dans les rayon dessins animés et jeux vidéo. « Ils » sont à la recherche de clés vers le passé.

« Ils » ? Les adulescents, contraction d’adultes et d’adolescents. « Ils » car il s’agit surtout d’hommes, entre 30 et 50 ans. Tous, ou peu s’en faut, éprouvent des difficultés à faire face aux contraintes de la vie d’adulte et tendent à retrouver le bonheur de l’enfance. Cette période où tout semblait si bien, avec la famille comme cocon. Des adultes qui restent bien volontiers dans cette période floue entre l’adolescence et l’âge adulte. Par crainte d’être ciblés par le courant de jeunisme qui frappe la vie publique ? Par peur de la situation économique peu favorable ou l’éclatement des couples ? Des explications parmi d’autres.

Comme le disait Marcel Camus, « Être un homme, subir d’être un homme et parfois, aussi, subir les hommes, quelle peine ! » Quand on évoque ce mot d’adulescent, difficile de ne pas penser à l’acteur Pierre Richard qui a joué ce personnage dans tant de comédies des années 70. On imagine sans peine que l’homme derrière le personnage a conservé, lui aussi, une jolie part de ses jeunes années. Un distrait, dans la lune, heureux de vivre. Le distrait, l’une des catégories d’adulescents. On retrouve également l’indécis, le séducteur impulsif, l’éternel célibataire, l’inadapté ou le nostalgique. Tous réunis autour du fil rouge : prolonger l’exploration des territoires de l’enfance.

Le syndrome de Peter Pan

Des adultes atteints du syndrome de Peter Pan. Dans le livre de J.M. Barrie, Peter ne déclare-t-il pas « qu’il est la jeunesse, qu’il est la joie ? » Un complexe bien connu des psychologues. L’adulte tend à rester l’enfant qu’il était et à refuser les contraintes de l’âge adulte. Un syndrome que le sociologue Rémy Oudghiri connaît bien. Il se vante de pouvoir détecter un adulescent dans la foule. Un sujet d’étude qu’il a résumé dans son dernier livre, Ces adultes qui ne grandiront jamais. Petite sociologie des grands enfants (éd. Arkhé).

« Quand je pense à eux, j’ai souvent à l’esprit l’image de voyageurs insolites qui éprouvent un plaisir particulier à rester sur le quai le jour où le bateau qui devait les conduire sur d’autres rives quitte le port.  Qu’importe l’avenir annoncé, ils n’embarquent pas. Leur plus grand plaisir est celui-là : différer l’heure du départ le plus possible » déclare-t-il à propos de ces adultes qui ressentent de la peur, de l’angoisse à vivre dans ce monde où il faut être performant et qui prône le jeunisme.

L’adulescence se conjugue aussi au féminin

Si, pour le moment, les adulescents sont majoritairement des adultes masculins, les femmes sont de plus en plus nombreuses à vouloir revenir vers cette période bénie de la jeunesse, de l’enfance. Proches de l’âge de la cinquantaine, les enfants partis, le mari aussi, parfois, elles tendent à vouloir se faire plaisir, à revivre ces bons moments connus par le passé. Des sorties entre copines, sans devoir se justifier auprès d’un homme, des moments de drague sans tabou, des achats ou des voyages rêvés depuis toujours. Comme les hommes, « les adulescentes » éprouvent le besoin de dire stop aux contraintes, de profiter encore un peu de la vie avant la phase critique.

De grands enfants, dont la multitude témoigne d’un problème de fond : le côté inhumain de notre société moderne, dure et sans pitié pour ceux qui ne suivent pas le train lancé à pleine vitesse. Certains d’entre nous craquent, disent stop, et déposent leurs valises. Pour se retourner vers l’enfance, protectrice et heureuse. Ils sont désormais incapables de poursuivre une projection dans l’avenir. « Lorsque vous pensez à votre enfance, vous vivez de nouveau parmi les enfants, et les adultes ne sont plus rien, leur importance n’est d’aucune valeur » déclarait l’écrivain Rainer Maria Rilke.

Une vie de grand enfant, assez rock’ n roll dans le fond. Sans attaches et sans intérêt pour l’avenir : ni carrière, ni mariage, ni engagement politique ou moral. Mais la vie quotidienne, qu’ils refusent, se chargera de les rattraper, tôt ou tard. Un sérieux coup de bâton qui peut faire mal, très mal. Que faire alors ? Renoncer à ses rêves de jeunesse, ranger les jouets et les vêtements de « jeune » et rentrer sagement dans le rang ? Comme un simple quidam ? Pas forcément. Trouver un équilibre entre vie réelle et évasion peut suffire à éviter le cauchemar menaçant.
Comme le souligne Rémy Oudghiri, « peut-être que la solution idéale réside dans un mélange d’âge adulte et d’enfance. » Une conclusion raisonnable à un sujet de société qui n’a pas encore écrit son dernier chapitre.

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