insatisfaction sexuelle

Qu’en est-il de l’insatisfaction sexuelle chez les femmes ?

Une enquête européenne se penche sur l’insatisfaction sexuelle des femmes et met en évidence des résultats inquiétants. Explications.

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L’insatisfaction sexuelle : d’où vient le problème ?

On le sait, le Covid fragilise notre bien-être psychologique, émotionnel et physique. Et nos relations intimes en prennent un coup. La dernière enquête (1) menée par l’Ifopà l’occasion du lancement de Pokmi, première plateforme décentralisée de contenu pour adulte basée sur une cryptomonnaie (le « Poken ») confirme combien la sexualité des Européennes – des  Françaises, Allemandes, Anglaises, Espagnoles et Italiennes – est mise à mal par la pandémie. Mais les résultats de l’étude européenne nous  laissent pantois.es tant le mal être des 5026 femmes interrogées  est important. Si important que la pandémie ne peut être le seul facteur à incriminer. Sans doute, cette insatisfaction grandissante est-elle à mettre en lien avec le mouvement #MeToo, la libération de la parole, l’affirmation des femmes et leur revendication à plus de plaisirs, l’émancipation par rapport aux normes morales, la perte du religieux, la montée de l’angoisse, l’importance de la dépression, la pression esthétique, la peur de l’avenir, la persistance d’une sexualité dominée par des critères masculins…  Les facteurs sont nombreux que bien d’autres études sociologiques ont mises en évidence. Mais d’abord voyons les chiffres:

35% des Françaises insatisfaites de leur sexualité

C’est la France qui remporte la triste palme du pourcentage le plus élevé de femmes insatisfaites de leur vie sexuelle : pas moins de 35%! Le pays qui enregistre le niveau d’insatisfaction le plus bas est l’Allemagne avec 23%, suivi par le Royaume-Uni qui affiche un bon 27%. L’insatisfaction des Françaises se rapproche plutôt du niveau observé dans des pays méditerranéens comme l’Italie (30%) et l’Espagne (28%).

Et cet écart entre la France et ses principaux voisins tend à se creuser si l’on considère la forte hausse de l’insatisfaction sexuelle féminine dans l’hexagone : +4 points entre 2016 (31%) et 2021 (35%) en France, contre une hausse moyenne de +1 point dans les 5 pays étudiés (28%).

Des femmes mal dans leur corps et déçues par leur partenaire

Comment comprendre une telle insatisfaction sexuelle ?  L’analyse du profil de ces Européennes mécontentes de leur vie intime nous éclaire. Ce sont les femmes complexées, mal dans leur corps et pensant ne pas correspondre aux critères esthétiques dominants qui se disent le plus souvent insatisfaites de leur sexualité: 33% des femmes obèses le sont contre 23% de femmes maigres, 45% des femmes ne se sentant pas jolies contre 15% des femmes se sentant très jolies.

Ces femmes insatisfaites sexuellement sont aussi déçues par leur partenaire. Soit parce que son physique déplaît, soit parce qu’il est peu attentif à leur plaisir, soit parce qu’il ne participe guère au ménage ! Quelque 38% des Européennes qui jugent leur partenaire « moins beau » qu’elles, s’avouent mécontentes de leur intimité, contre 11% chez celles qui le jugent « beaucoup plus beau » ou objet de plaisir. Pas moins de 56% des Européennes insatisfaites sexuellement trouvent que leur conjoint n’est pas très attentif à leur plaisir. Enfin, 26 % des femmes qui disent faire « beaucoup plus » de tâches ménagères que leur conjoint, sont dans le mal-être sexuel alors que 15% de celles où le travail domestique est réparti équitablement le sont.

Et comment ne pas invoquer la libération de la parole – un effet #MeToo ? – et l’affranchissement par rapport à une morale conservatrice pour expliquer l’importance de ce mal-être. A peine 18% des femmes pratiquant leur religion régulièrement se disent insatisfaites sexuellement, contre 35% des non pratiquantes. On note aussi que le degré d’e mécontentement sexuel est  plus fort chez les femmes situées à la gauche de la gauche (33%) qu’à la droite de la droite (22%), sachant qu’elles ont généralement une sensibilité féministe plus marquée.

28% des Françaises insatisfaites de leur vie sentimentale

Coeur et corps étant liés, les Européennes ne sont pas beaucoup plus épanouies sur le plan des sentiments. Et très logiquement ce sont les Françaises qui le sont le plus mais elles partagent ce triste pourcentage avec les Anglaises. Les Allemandes sont de loin les plus épanouies sexuellement des 5 grands pays européens (77%) et les moins nombreuses à exprimer leur mécontentement à l’égard de leur vie sentimentale : à peine 16% d’entre eux se disent insatisfaites sentimentalement, soit presque deux fois moins que de Françaises (28%).

On laissera à François Kraus, le  directeur de l’expertise “Genre, sexualités et santé sexuelle” à l’Ifop le soin de commenter cette étude: “La plus forte insatisfaction mesurée en France tient sans doute à des éléments culturels – comme l’injonction à la performance qui pousse à de pratiques qui ne sont pas les plus épanouissantes – mais surtout à une pluralité de facteurs comme la forte consommation d’antidépresseurs, le chômage élevé, le stress lié à la vie professionnelle, les conditions de confinement… qui s’avèrent défavorables à cet épanouissement sans pour autant relever de leur sexualité stricto sensu .”

(1)Étude Ifop pour The Poken Company réalisée par questionnaire auto-administré du 1 au 5 mars 2021 auprès d’un échantillon national de 5 026 femmes, représentatif de la population féminine âgée de 18 ans et plus vivant dans les pays suivants : France, Italie, Espagne, Allemagne et Royaume-Uni.


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