Les différences de champagne, on vous en dit plus !

Ce n’est ni le lieu, ni le moment de vous faire une petite leçon à propos des vins de Champagne, tous les magazines de fin d’année en seront plein. Et pourtant, on pourrait dire bien des choses en somme.

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Tenez, même si les Brut Sans Année tiennent le très haut du pavé de la commercialisation, il existe des vins de Champagne qui laissent nettement plus de trace qu’un feu de Bengale accroché au bord d’un seau à glace dans la nuit d’une discothèque. Parce qu’entre cépages, technologie, marketing et histoire, les producteurs, qu’ils soient de raisins ou négociants, sont parvenus à mettre en bouteille le mythe du vin, quel talent !
La Champagne est la seule région au monde que les autres vignerons regardent avec les yeux de Chimène et une larme de rage dans le coin des dit. C’est qu’ici les structures du marché font que les cours des vins sont stables, que les terrains sont très chers, et que la production pourrait allègrement doubler vu les demandes insatisfaites. Et pourtant, malgré ces histoires, que l’on pourrait qualifier de gros sous, la Champagne porte encore nos rêves. Un petit morceau d’histoire par ici, un rien de glamour par là.Un champagne, c’est bien sûr une alchimie splendide entre une histoire, des terroirs, des cépages, le marketing. Parce que le champagne n’est pas juste un vin avec quelques bulles et un peu de finesse. C’est bien plus que cela. Aimer un vin de Champagne, c’est avant tout aimer un vin. Bien plus qu’un symbole, le champagne est un produit de culture et offre des vins pour chaque instant du repas, de la journée, ou de la vie, selon vos envies.

Quelle différence entre les premiers prix et les autres ?

Le monde du Champagne est complexe, voire compliqué. C’est qu’à force de dire et de faire un peu n’importe quoi au niveau du marketing des produits, le consommateur est facilement perdu. Quand certaines marques jouent la carte haut de gamme, et qu’en même temps elles jouent à lancer des quarts en imitation peau de zèbres, il est facile de se poser des questions. Mais les lois du marketing sont impénétrables au commun des chroniqueurs, même les très grands comme moi. La différence essentielle entre les champagnes premiers prix et les hauts de gamme, tient à la matière première. Le traitement est plus ou moins le même, techniquement parlant. Par contre, les raisins utilisés peuvent provenir d’endroits fort différents. C’est que la Champagne est une très très vaste région, avec des zones supérieures à d’autres. Il ne faut pas croire que cette supériorité se concentre uniquement sur les sols.
Certes, il y a des différences ; entre la côte des Blancs ou la couche arable culmine à plus ou moins trente centimètres d’épaisseur, et les plaines de la région de Troyes où c’est nettement plus épais, on peut se dire que les raisins produits sont forts différents.
Lors du pressurage des baies, on opère une sélection qui permet de travailler une sérieuse différence entre les cuvées. Quelques mots d’explications sont nécessaires : en Champagne, une « presse » est toujours égale à 4000 kilos de raisins qui donnent 2666 l de jus, répartis en :

– 2050 l, lors de la première presse, appelés cuvée.
– 410 l, la seconde presse, appelés 1ère taille.
– Enfin 206 l, la troisième presse, appelés 2ème taille.

Les premiers vins sont utilisés pour les meilleures cuvées et normalement les tailles sont revendues à des petites marques ou au négoce. C’est pas plus compliqué que cela en fait. Le point essentiel de la différence est là. Les différences se font aussi fondamentales lorsque l’on évoque l’exposition. Il existe certaines plantations exposées plein sud, protégées naturellement des courants frais qui permettent des maturations largement supérieures aux moyennes locales. Et puis, il y a les fameux cépages. On parle toujours de Chardonnay et de Pinot Noir, mais le cépage le plus important de la région est le Meunier, un clone local du pinot noir. On oublie de plus en plus, malheureusement, les autres cépages locaux. Mais bon, ça c’est le progrès. Les vins plus haut de gamme sont souvent plus marqués, dans les assemblages par les deux premiers que par le troisième. Pour terminer au niveau des différences, il y a aussi parfois un stockage sur latte un peu plus long avant la mise en marché, ce qui change fortement les saveurs du vin.

Bref, il existe, en dehors du prix des différences réelles entre les vins de champagne, c’est indéniable, et ce n’est pas qu’une affaire de goût. Le fait que le vin soit millésimé ou pas va aussi jouer sur le prix, c’est certain. Même si parfois, certains millésimés sont moins chers que certains vins sans années.

Pourquoi le Champagne n’est il pas toujours millésimé ?

Parce que dans une région où le marketing est si définitivement important , il est fondamental d’offrir aux consommateurs un goût, un style constant. Pour ce faire, il faut « mixer » les vins entre eux pour effacer la notion de millésime. Le paradoxe ultime étant atteint lorsque l’on évoque certaines cuvées de prestiges qui sont des vins millésimes, mono-cépage en provenance d’une seule parcelle. C’est le top du top du Champagne, parce que c’est exactement l’opposé de ce qui fait le vin de base : l’assemblage des cépages, des terroirs et des millésimes. Pour votre culture sachez qu’un B.S.A. (brut sans année) doivent passer au minimum 15 mois sur lattes. Et que les bruts millésimés passent au minimum 3 ans sur lattes, ainsi que les cuvées de prestige. Mais ce n’est pas la loi, c’est un accord entre les maisons de production.

Dernier point : les différentes qualités commerciales

On a toujours tendance à croire que les Champagnes demi-secs sont justes bons pour notre arrière grande tante, alors qu’en fait ils sont parfaits pour accompagner un dessert. Chaque maison a son style de vin, certaines, telle Moët, font des vins plutôt dosés vers le haut, d’autres telles Bollinger ou Laurent-Perrier travaillent des vins nettement moins dosés, c’est une question de style, de consommateur aussi. Les différentes qualités commerciales dépendent du dosage en sucre de la liqueur d’expédition.

  • Brut zéro, brut intégral ou encore brut sauvage, c’est-à-dire pas de sucre ajouté lors du dosage, très à la mode début des années 80.
  • Brut: de 4 à 15 g de sucre au l. Evidemment, là-dedans, il y a de sacrées différences
  • Extra-dry: de 12 à 20 g/l.
  • 1/2 sec ou half-dry, de 17 à 35 g/l.
  • Sec ou dry: de 35 à 50 g/l.
  • Goût anglais/goût américain, proche de la Boldoflorine, de 50 à « beaucoup de g/l » (Beurk, beurk, beurk, et heureusement pas pour nous.)

Bref, vous l’aurez compris, il y a Champagne et Champagne. A vous de trouver votre style, le portefeuille qui va avec et que la fête commence ! En parlant de glamour et de mythe, vous ne le saviez pas encore, mais Gosset est la plus ancienne maison de Champagne. Sans contestation possible, puisque Pierre Gosset, en 1584 produisait déjà des vins dans la région. Bien sûr, ils étaient rouges et tranquilles, le champagne que nous connaissons aujourd’hui n’est apparu que bien plus tard, au XVIIIème siècle, le jour où le mystère des bulles fut résolu. A l’époque de Pierre Gosset, le vin d’Aÿ disputait au vin de Beaune le privilège d’être servi au Bon Roy François 1er de France. En l’occurrence l’homme qui dit un jour qu’il n’y avait plus de Pyrénées aimait tellement le vin de la région qu’il fit aménager un vendangeoir. La France n’a plus de Roi depuis longtemps, mais la maison Gosset existe toujours et est même devenue propriétaire du fameux vendangeoir.


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