parfum

Emotions parfumées

Que l’on grandisse au bord de la mer, près de la forêt, dans une grande ville ou à la montagne, notre cerveau a mémorisé et associé les odeurs environnantes à des sentiments bien définis, positifs ou négatifs. Toute notre vie, dès qu’on sentira à nouveau ces accords qui ont bercé notre enfance, même dans d’autres circonstances, on sera chaviré par les émotions précises auxquelles on les a inconsciemment reliés. Un mécanisme d’association qu’on va toujours poursuivre sans s’en rendre compte, en posant des jalons parfumés liés à des lieux ou des moments sur notre chemin vital.

Publié le

Reading Time: 6 minutes

L’histoire qui relie François Demachy, parfumeur-créateur Dior, aux fleurs s’est écrite dès son plus jeune âge. « Mes premiers souvenirs olfactifs sont marqués par mon enfance à Grasse, particulièrement le moment des récoltes lorsque l’air embaumait la rose de mai ou le jasmin grandiflorum plus tard pendant l’été. Je me souviens vivement de petits matins où je traversais les champs de jasmin sur ma mobylette. L’odeur était si puissante, à vous tourner la tête ! Lorsque l’on est natif de ce terroir, tous les souvenirs ou presque sont liés aux parfums. »

« Les camions de lavande qui descendaient de la montagne, les fleurs de néroli qu’il fallait faire tomber des arbres, etc. Il flottait dans l’air des senteurs incroyables en permanence, notre nez s’éduquait tout seul. Mon père était pharmacien et me destinait à une profession paramédicale. Mais, comme beaucoup de jeunes grassois, j’ai commencé à faire des petits jobs d’été dans les manufactures de parfumerie qui embauchaient les jeunes gens du coin. Je me suis peu à peu initié à tous les corps de métier. J’ai fait mes gammes là-bas, j’y ai appris tous les gestes, toutes les étapes des procédés d’extraction, de distillation. J’ai baigné dans le savoir-faire grassois toute ma jeunesse, c’est mon identité profonde et le point de départ de ma carrière. Contre l’avis paternel, j’ai abandonné mes études de dentisterie, je suis rentré en véritable apprentissage chez Charabot. Et je me suis lancé dans la composition.  »

L’amour des fleurs

L’« identité » florale de François Demachy s’épanouit à nouveau dans sa dernière création pour la prestigieuse maison parisienne Dior qui voue elle aussi une sorte d’adoration pour les fleurs. « J’adore est une icône : il traverse le temps, les modes, les saisons. Il est rare qu’un parfum devienne un compagnon des femmes à long terme. J’adore l’est depuis 20 ans. Avec J’adore Absolu, j’ai voulu composer une véritable ode aux fleurs. C’est en cela que cette fragrance est une signature personnelle ». Pas question, pour autant, de tenter de reproduire la sensation olfactive éprouvée dans les champs grassois, mais plutôt de « créer un bouquet où aucune fleur ne doit dominer, toutes doivent s’accorder entre elles, pour inventer une fleur imaginaire, un fantasme ».

Une senteur construite autour du très facetté jasmin. « Son parfum est à la fois puissant, délicat, charnel et animal. Dans ce nouveau jus, il brille de toute son intensité, fruité et gorgé de soleil. Enrobé des notes miellées d’oranger et de rose, il prend un côté nectar. J’ai particulièrement souligné sa force en alliant deux absolus aux origines différentes : le jasmin sambac d’Inde (qui, au passage, a été lancé en parfumerie grâce à J’adore en 1999) et le jasmin grandiflorum de Grasse, incomparable à mes yeux. Les fleurs sont inscrites dans l’histoire de la maison Dior.

Christian Dior en était fou, il en a même cultivé des hectares entiers au château de la Colle Noire, sa dernière demeure dans l’arrière-pays grassois. Depuis, les parfums Dior ont toujours été liés à une floralité flamboyante ». S’il compose les jus les plus précieux pour la maison de couture et de beauté, François Demachy y a aussi resserré les liens avec les ingrédients naturels. « Lorsque je suis arrivé chez Dior, j’ai immédiatement cherché à obtenir les plus belles matières premières : les fleurs de Grasse bien sûr, mais aussi l’iris de Toscane, la bergamote de Calabre, le vétiver de Haïti et tant d’autres que je vais chercher partout dans le monde… Cette naturalité d’exception est primordiale pour moi. »