pornographie

Regarder de la pornographie nuit-il à la sexualité des couples?

Aujourd’hui, la pornographie appartient à notre quotidien. Souvent son importance effraie. Pourtant de nombreuses études tendent à relativiser son influence négative.

Reading Time: 4 minutes

Il est accusé de tous les maux: la pornographie conditionne les excitations, fragilise les érections, favorise les éjaculations précoces, incite à l’infidélité, engendre un certain dédain pour le.a partenaire qui n’est plus assez excitant.e ou libéré.e, conforte les clichés sexistes, pervertit la jeunesse…

Tant de critiques (et de peurs) sont à mettre en lien avec la place que la pornographie a prise dans nos vies par le biais des vidéos disponibles gratuitement sur le net. PornHub n’est-il pas le dixième site le plus populaire, toutes catégories confondues ? En 2019, il pouvait se targuer d’avoir 42 milliards de visiteurs. Et en Belgique, il semblerait que 25% des adultes en consomment régulièrement, même sur leur lieu de travail.

Mais le porno est-il réellement le grand satan qui pervertit notre intimité? Que nous disent les études sur le sujet ! Vous serez sans doute surpris.es d’apprendre qu’elles ne vont pas forcément dans le sens d’une dramatisation des effets du X, surtout quand elles concernent les adultes ayant déjà une vie sexuelle; pour les jeunes, le problème est très différent.

Des images de pornographie perçues comme irréalistes

En février de l’année dernière, des chercheurs britanniques notaient dans la revue “Sexual and Relationship Therapy” qu’il.elle.s n’avaient pas trouvé de lien significatif entre le visionnage de films pornos et le bien-être mental, la satisfaction sexuelle, la satisfaction corporelle ou le sexisme. Une très grosse majorité des personnes interrogées – pas moins de 80 % – savait que les images pornographiques étaient « irréalistes » ou « quelque peu irréalistes ». (1)

Pas plus d’inquiétude pour les scientifiques canadien.ne.s qui, en 2020 toujours, expliquaient dans le “Journal of Social and Personal Relationships” que la pornographie n’était pas considérée comme déterminante pour la satisfaction relationnelle des couples. Au contraire, elle portait même le désir des femmes, connu pour être fragilisé par la vie à deux. Celles qui regardaient du X avaient plus envie de faire l’amour avec leur partenaire. (2)

De tels effets sur la libido féminine sont confirmés par une autre étude américano-hongroise, datant toujours de 2020 et publiée dans “International Journal of Environmental research and Public Health”. Menée auprès de 2.433 femmes, elle montrait que le porno offrait des plaisirs solitaires à ces dames et leur permettait une excitation et une jouissance plus aisées avec leur partenaire !  (3)

Réveiller les libidos et libérer l’imagination

Le porno peut ainsi réveiller les désirs, tout comme il peut donner des idées de positions sexuelles, de jeux érotiques, de lieux autres que ceux qui sont généralement pratiqués, augmentant ainsi la satisfaction, comme le montre une étude publiée en 2018 dans “Psychology and cognitive Sciences of Men & Masculinity” et menée auprès de 312 hommes. (4). Toujours du côté de ces messieurs, on épingle encore cette étude parue l’année dernière dans “Archives of Sexual Behavior” et centrée sur les célibataires qui montrait que le visionnage de films X ne diminue pas leur envie de vivre une relation amoureuse, réelle, avec une femme normale, en chair et en os.  (5)

Comment ne pas terminer en citant cette étude des plus nuancées  (6) qui montre que le porno peut fragiliser la relation de couple et même causer des coups de blues et d’angoisse pour peu que la personne estime que le X est contraire à ses valeurs morales. Ce sont les croyances préalables qu’on a vis-à-vis du porno qui le rendent pernicieux… Si donc vous exécrez de telles images, surtout ne les regardez pas !

Et ne pensez pas que ce rapide tour d’horizon ambitionne de faire l’éloge du X. La pornographie peut avoir des effets négatifs – on ne le niera pas  – mais son influence est proportionnelle à la quantité d’images vues. L’étude universitaire australienne de 2019 « Pornographie, préférence pour le sexe évoquant le porno, la masturbation et la satisfaction sexuelle et relationnelle des hommes » (7)  menée par l’Université James Cook en Australie montre que la pornographie peut compromettre la satisfaction sexuelle des hommes adultes qui en viennent à préférer le x à la réalité sexuelle. Mais cette influence est liée à la quantité de vidéos vues est élevée. Plus on regarde de telles images, plus l’impact est fort. Et comme rien n’est simple, on peut se demander dans quelle mesure ce n’est pas l’insatisfaction sexuelle qui a engendré la consommation de X… 

(1) A lack of association between online pornography exposure, sexual functioning, and mental well-being. Étude de Ruth Charig, Nima G. Moghaddam, David L. Dawson, Hannah L. Merdian & Roshan das Nair. Publication dans Sexual and Relationship Therapy, février 2020

  (2) Pornography use and romantic relationships : A dyadic daily diary study. Étude de Marie-Pier Vaillancourt-Morel, Natalie O. Rosen, Brian J. Willoughby…

(3)Effects of Pornography Use and Demographic Parameters on Sexual Response during Masturbation and Partnered Sex in Women. Étude de Sean M. McNabney, Krisztina Hevesi and David L. Rowland. Publication dans International Journal of Environmental research and Public Health, avril 2020.

(4) « Self-Perceived Effects of Pornography Consumption Among Heterosexual Men”. Etude de Dan J. Miller, Hald, Gert Martin, and Kidd, Garry. Publication en en mai 2018 dans Psychology and cognitive Sciences of Men & Masculinity

 (5) Does Low‑Cost Sexual Gratification Make Men Less Eager to Marry ? Pornography Use, Masturbation, Hookup Sex, and Desire to Be Married Among Single Men. Étude de Samuel L. Perry. Parution dans Archives of Sexual behavior en août 2020.

(6) The Exacerbating Impact of Moral Disapproval on the Relationship Between Pornography Use and Depression, Anxiety, and Relationship Satisfaction. Étude de Raquel Guidry, Christopher G. Floyd, Fred Volk, and Carolyn E. Moen. Publication dans Journal of Sex & Marital Therapy en août 2019.

(7) « Pornography, preference for porn-like sex, masturbation, and men’s sexual and relationship satisfaction. Étude de  Dan J. Miller, Kerry A. McBain, Wendy W. Li et Peter T. F. Raggatt. Publication en mars 2019 dans “Journal of the international association for relationship research”


© Fiftyandme 2021