placer son épargne

Où placer son épargne en 2021 ?

Avec des carnets d’épargne toujours aussi bien remplis, les Belges devraient réfléchir à un meilleur placement pour éviter de laisser dormir leur argent. Oui mais comment investir ? Et dans quoi ? L’économiste Etienne de Callataÿ apporte son éclairage.

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Avec quelque 275 milliards d’euros récoltés en 2020, les comptes d’épargne des Belges ne connaissent pas la crise. Preuve de la frilosité des épargnants face au risque ou à l’avenir plutôt incertain ? Et si l’on misait plutôt sur un investissement plus rentable ? Mais comment y voir plus clair sur les méthodes à suivre, les pièges à éviter ? Economiste et administrateur au sein d’Orcadia asset management (spécialiste de la gestion de patrimoine), Etienne de Callataÿ distille quelques pistes de réflexion pour placer son épargne.

Où placer son épargne ?

Investir, est-ce encore une bonne idée à suivre ?

EdC. Oui, mais en gardant à l’esprit un élément primordial à toute réflexion. Il faut que les investisseurs misent sur un placement qui leur ressemble. Qui correspond à leurs profils de risques. Première recommandation à suivre : se connaître soi-même. Si le carnet d’épargne vous convenait il y a un an, il est probable qu’il vous convienne encore aujourd’hui. Plusieurs facteurs doivent aussi entrer en compte. Comme l’âge, la condition patrimoniale mais aussi le caractère, le tempérament. Il est donc très important de personnaliser la démarche.

Pour des quinquagénaires prudents, que peut-on leur proposer comme option ?
Ils doivent tout d’abord faire le deuil d’un bon rendement sans risques. Dans les circonstances actuelles, c’est vraiment très important de le rappeler. Certes, il y a moyen d’investir de façon relativement prudente mais cela ne rapportera rien, et, plus encore, cela risque de vous appauvrir. Ce que vous récolterez sera moindre que l’inflation. Et votre pouvoir d’achat aura donc diminué.

Prendre du risque avec ses investissements, oui mais comment l’envisager ?
Première règle à suivre, et à répéter, c’est la diversification. Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Et le corolaire de tout cela, c’est souvent de se détourner de l’immobilier. Car beaucoup de vos lecteurs ont déjà une part importante de leur épargne investie dans le bien qu’ils occupent. Ils sont souvent propriétaires de leur maison, de leur appartement. Le plus souvent, les quinquagénaires ont déjà beaucoup d’immobilier dans leur patrimoine. Il leur faut donc voir ailleurs en terme de catégorie d’investissement. Chercher des options dans d’autres secteurs, dans d’autres pays.

Que pensez-vous de la Bourse ? Un choix classique. Est-elle encore recommandée ?
Actuellement, elle est haute dans l’absolu, mais par rapport aux autres possibilités, immobilier et obligations, elle n’est pas encore si chère que cela. Investir en actions aujourd’hui est toujours parfaitement envisageable mais il faut le faire de manière diversifiée et auprès d’un intermédiaire de confiance.

Investir dans le domaine des maisons de repos, comme on peut le lire dans certaines publications financières, est-il judicieux ?
De manière (très) limitée. Pour revenir au grand principe de la diversification développé auparavant. Regardez ce qui se passe avec la Covid. Je pense qu’il y a des maisons de repos qui font face à du vide locatif. On pourrait imaginer que demain ou après-demain, il y ait une réticence de certaines personnes à aller en maison de repos. Pour y aller le plus tard possible. Une situation qui pourrait nuire à votre investissement. Donc, prudence, prudence. Il y a beaucoup de paramètres négatifs possibles dans ce type de placement. Comme une mauvaise gérance, un aéroport qui vient s’installer à proximité…

Outre les investissements classiques, peut-on se tourner vers des alternatives ? Quel serait votre conseil à suivre ?
Je pense à une Sicav patrimoniale avec un profil de risque qui correspond à chaque individu. L’avantage réside dans la diversification et l’aspect fiscal positif. Elle va mélanger des actions et des obligations et de l’immobilier. Dans cette catégorie, vous pouvez en choisir qui ont un profil défensif, moyen ou plutôt dynamique. Et cerise sur le gâteau, vous pouvez en choisir certaines qui possèdent une tonalité responsable.

Que penser de l’idée d’un placement « vert » ? Est-ce une solution à privilégier ?
Oui, c’est un excellent placement. Mais de nouveau, il faut limiter son investissement. Ce serait tout à fait déraisonnable d’aller investir 10% de son patrimoine dans des éoliennes ou du photovoltaïque. Pourquoi ? Si demain, l’hydrogène, pur exemple, émerge comme énergie du futur, vous aurez pris un risque important. Sur le plan environnemental, les énergies renouvelables sont formidables, mais sur le plan financier il faut en consommer à petite dose dans le portefeuille d’investissement.

En cette période compliquée, la meilleure solution n’est-elle pas d’attendre, et de garder ses liquidités ?
Non, sauf si vous avez une grande intolérance au risque. C’est vrai que le cash est sûr et disponible, mais ce qui est certain c’est que vous allez perdre de l’argent. Le carnet d’épargne et votre compte à vue ne vous rapportent rien ou si peu. Avec eux, vous reculez en terme de pouvoir d’achat.

Restons dans le cash avec une question importante. Quelle serait la quotité à garder comme épargne de prévention ?

Si c’est pour un salarié, six mois de revenus mis de côté, c’est largement suffisant. Cependant, pour ceux qui ont un emploi un peu plus précaire auront intérêt à garder un peu plus que celui dont le revenu est plus garanti. C’est l’image du salarié face au fonctionnaire. Une poire pour la soif qui peut être aussi destinée à couvrir une perte de pouvoir d’achat liée à un divorce notamment. Dans la cinquantaine, c’est assez fréquent.

Pour conclure, quel serait votre placement idéal ?
Il faut qu’il soit très liquide, facilement revendable, à un prix correct. Avec une partie investie sur le long terme et une autre dont on peut disposer à court terme.


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