Attention à la consommation d’alcool pendant le confinement

Avec un moral pas toujours au beau fixe et l’obligation, pénible, de rester chez soi, certains recherchent la compagnie de la dive bouteille pour combler un vide. Une habitude qui peut s’avérer néfaste pour la santé. Rencontre avec un spécialiste des addictions.

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La consommation d’alcool en hausse

En cette période de COVID-19, inédite, force est de constater que notre façon d’agir au quotidien est inhabituelle. Pour camoufler notre mal-être et remplacer des contacts sociaux absents, certains se rabattent sur la prise d’alcool. Mais pourquoi ? Et qu’en est-il des risques ?

Spécialiste en santé mentale, chef de service en unité d’addictologie et créateur d’ICI Addiction (https://www.ici-addiction.com/) ( un programme d’accompagnement adapté), Jacques Urbain apporte son expérience et ses réponses à nos questions.

Un invité imprévu


Pourquoi l’alcool s’est-il invité dans notre confinement ? « Dans la période difficile que nous connaissons, l’alcool joue surtout un rôle d’anxiolytique. Nous sommes confinés, stressés et l’alcool permet de se sentir mieux. Une fonction de l’alcool consommé qui se révèle plus présente parmi les femmes. Et plus encore en cette période où elles doivent jongler avec la vie professionnelle et des enfants omniprésents depuis plus d’un mois. Une situation pénible, qui peut expliquer la prise d’alcool.» 

A cet égard, risque-t-on de constater un regain d’alcoolisme après le confinement ? Un sourire accompagne la réponse de Jacques Urbain : « dire que les gens vont devenir alcooliques après cette période est sans doute exagéré. On ne le devient pas sur un mois. Des gens vont sans doute boire un peu plus par après mais dans la majorité des cas, la situation redeviendra normale. »
Le sevrage sera-t-il facile ? « Pour ceux qui ont pris l’habitude de boire un ou plusieurs verres chaque jour, midi et soir, le souci sera de ne pas garder cette habitude après le confinement. » Rappelez-nous le dosage maximal d’alcool par jour. « Selon l’OMS, le maximum est fixé à trois verres pour un homme et deux pour une femme. Une quantité déjà importante.»

L’alcool, votre faux ami

Quels seront les possibles risques futurs liés à cette prise d’alcool anormale ? « Si l’alcool a servi principalement d’anxiolytique, les consommateurs risquent surtout d’entrer dans le circuit de l’alcoolémie. Ils pourront se dire qu’au fond, ils n’étaient pas si mal avec l’alcool et vont vouloir poursuivre ou accroître sa consommation, pour garder cet effet anxiolytique. »
Pouvez-vous nous rappeler quels sont les risques de santé liés à l’alcool ? « Essentiellement des risques hépatiques, mais aussi celui du développement de cancers, ou lié à des troubles de la mémoire. Mais avec cette alcoolisation à domicile, le risque à court terme concerne surtout des soucis liés à la violence conjugale. »

Enfin, que pense le professionnel de cette mode des apéros virtuels ? Une question qui le laisse pour le moins dubitatif : « si cela permet de se recréer un semblant de lien social, je n’y vois pas d’inconvénient. Mais il faut éviter que cela devienne une habitude. En matière d’alcool, j’ai toujours tendance à dire que c’est l’habitude qui tue. Et, bien sûr, l’augmentation de la dose pour se sentir bien. »


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