Cancer et médecine complémentaire: une cohabitation possible ?

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L’espoir de la guérison mène de plus en plus de malades souffrant d’un cancer à rechercher d’autres formes de médecines ou thérapies. Il peut s’agir de phytothérapie, d’homéopathie, de mindfulness, de relaxation, de massages, ou encore de compléments alimentaires ou d’acupuncture.

Nathalie Evrard

Ces pratiques ne guériront jamais le cancer, mais peuvent-elles être utiles en complément d’un traitement ? Comment faire un choix intelligent tout en gardant un esprit ouvert mais aussi critique ? Réponses de différents experts réunis lors d’une matinée d’information récemment organisée à Bruxelles, à l’initiative de la Fondation contre le cancer (FCC).

Loin des baguettes magiques

« Le recours à des médecines non conventionnelles chez un très grand nombre de personnes atteintes de cancer est aujourd’hui une réalité » a déclaré le Dr Didier Vander Steichel, directeur médical et scientifique de la FCC. Les caractéristiques de la maladie, les incertitudes de son évolution, de même que les effets de ses traitements sont autant de facteurs qui poussent les malades à emprunter des voies non conventionnelles. Il ne s’agit absolument pas de proposer de nouveaux traitements du cancer mais bien d’accompagner le traitement de sa maladie. Les médecines complémentaires ne devront jamais remplacer un traitement qui a fait la preuve de son efficacité. « Ce qui est important dans cette dynamique, c’est d’offrir aux malades, parallèlement à la prise en charge du cancer, la prise en charge des symptômes liés au cancer ou aux traitements, de façon plus personnalisée. Concrètement, cela va du dispositif d’annonce, à l’accompagnement social, en passant par la prise en charge de la douleur chronique, la diminution des nausées, la dénutrition, les soins palliatifs… ».

Utiles les granules ?

life-magazine-granule« Si l’homéopathie n’est absolument pas un traitement du cancer, elle peut soutenir et améliorer l’état général à l’annonce du diagnostic et pendant les traitements tout en diminuant leurs effets secondaires » explique Ingrid Theunissen, gynécologue. En accompagnant le parcours de soin durant les différentes étapes de traitement, la pratique clinique montre que l’homéopathie soutient l’organisme de façon naturelle, sans effets indésirables et sans perturber la thérapie en cours. « Dans le cancer du sein, l’homéopathie est particulièrement utile dans l’après-cancer. Le cancer du sein est hormono-dépendant dans près de 80 % des cas ; l’hormonothérapie pendant cinq ans après le cancer, diminue statistiquement le risque de récidive de ce type de cancer ; malheureusement elle s’accompagne d’un certain nombre d’effets indésirables pouvant affecter parfois de manière importante la qualité de vie des patientes, voire les amener à un arrêt précoce du traitement. Ces désagréments, qui s’apparentent souvent aux symptômes de la ménopause peuvent être limités en corrigeant l’hygiène de vie, et par la prescription d’un traitement homéopathique individualisé ». 

Et le règne végétal ?

Les plantes ont contribué à l’élaboration d’importants médicaments anti-cancer modernes. Il y a donc une certaine logique à faire confiance à certaines d’entre elles ou à espérer leurs bienfaits. « En donnant un coup de fouet au système immunitaire pour renforcer sa propre lutte contre le cancer, en réduisant les effets indésirables qui pourraient décourager la poursuite du traitement conventionnel, en apaisant l’angoisse et le stress, précise le Dr Bernadette Préat, de la Société belge de phytothérapie et de nutrithérapie, la phytothérapie permet une meilleure application du protocole prévu et une meilleure efficacité du traitement conventionnel. Cependant, insiste-t-elle, la phytothérapie peut être à l’origine de graves problèmes. Son utilisation requiert donc la plus grande prudence, et davantage encore lorsqu’elle s’adresse à des enfants ».

 

Des aiguilles, pour gérer les effets indésirables

« L’acupuncture doit être considérée comme un complément utile dans la gestion d’un traitement, mais elle ne guérira jamais un cancer » explique d’emblée le Docteur Paul Lauwers. Tout en soulignant que « si les effets secondaires et contre-indications sont peu nombreux, cette pratique doit toujours être effectuée par un médecin qualifié ». Pour les Chinois, c’est une perturbation énergétique dans le corps qui est à l’origine de la maladie. Grâce à l’insertion d’aiguilles dans la peau, l’acupuncteur stimule des points où passe l’énergie pour rétablir l’équilibre.

En oncologie, les indications passent par la gestion de plusieurs effets indésirables des traitements : effet anti-nauséeux, avec l’avantage que le patient peut stimuler lui-même manuellement le point d’acupuncture, effet relaxant, effet antidouleur…

Manger équilibré et coloré pour être mieux

life-magazine-aiguillesJusqu’à 80 % des patients atteints de cancer prennent des compléments alimentaires ce qui en fait l’une des médecines non conventionnelles les plus utilisées. Néanmoins, tous les éléments nécessaires pour rester en bonne santé sont le plus souvent présents dans une alimentation équilibrée. Lors d’un traitement contre le cancer, ils peuvent néanmoins s’avérer utiles en cas de carence : régime déséquilibré, apports insuffisants, état de malnutrition lié au cancer. Certaines chimiothérapies nécessitent aussi des complémentations, précise le Dr Fanny Bauvet, oncologue à la Clinique Sainte-Anne Saint-Rémi, CHIREC.

« Les compléments alimentaires, en particulier d’origine végétale, sont perçus par nos patients comme naturels et donc sans risque. Mais il existe de réels dangers à leur consommation. Ces effets sont dus à la qualité ou à la toxicité de la plante elle-même, mais aussi aux risques d’interactions potentielles avec des traitements anti-cancéreux. L’échinacée, la valériane, le ginseng et le ginkgo biloba peuvent augmenter la toxicité de certaines chimiothérapies. Quant à la consommation des antioxydants, il n’existe pas de consensus scientifique sur leur utilisation optimale. Les traitements anticancéreux agissent en produisant des radicaux libres qui neutralisent les cellules cancéreuses, explique le Dr Bauvet. Il est donc possible que la prise d’antioxydants pendant ces traitements en diminue l’efficacité, dans le cas d’une consommation supérieure aux apports journaliers recommandés ».

 

A petits pas…

Les oncologues ne prétendent pas que les médecines complémentaires n’ont pas leur place ou leur utilité dans le long parcours de la maladie. Mais ils encouragent les pratiques sûres. Les connaissances concernant les interactions possibles entre la phytothérapie, les compléments alimentaires et autres approches ou substances progressent… sans être encore complètes. La médecine de demain fera peut-être l’alliance entre ce qui répare le corps et ce qui lui procure du bien-être, avec la part de subjectivité que cela suppose. Elle suivrait alors la volonté des patients décidés à « se faire du bien » sans se mettre en danger, y compris avec des thérapies qui n’ont pas de lien direct avec la guérison (yoga…). Sur le terrain, pas à pas, des collaborations s’ébauchent ou se confirment. Elles commencent même à s’afficher au sein de certains hôpitaux : des médecines complémentaires y sont présentes ou vont y pénétrer, souvent sous l’étiquette de médecine intégrative, de soins de confort ou de soins de bien-être avec, par exemple, des possibilités de massages, de mindfulness, de consultations d’homéopathie…

 

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