cliché

Et si on s’évadait des clichés ?

Remâcher c’est bon pour la digestion, mais pas des souvenirs. Le temps qu’on passe à regretter les paradis enfuis, on aurait intérêt à le consacrer à chérir les petits et grands emmerdements présents. 

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« S’évader des clichés, c’est gagner la liberté de profiter de l’existence dans sa nue réalité… »

Le passé est toujours idéalisé, puisqu’il ne peut plus nous décevoir. S’évader des clichés, c’est gagner la liberté de profiter de l’existence dans sa nue réalité : mouvante, bien plus solide qu’on ne se l’était figurée quand on la croyait friable par manque d’imagination, belle, racée, et quand elle devient  ridée, pleine de riches recoins. Quitter le confort de souvenirs qu’on a soigneusement formatés, c’est aussi prendre la vie en pleine figure, comme une grosse bise (le vent du Nord ou le baiser, vous aurez les deux alternativement, aller et retour, vous le savez bien).

On peut ambitionner l’évasion à l’autre bout du monde, mais on emporte toujours ses valises avec soi. Pas les Samsonite, les autres, celles que nos parents nous ont refilées et qu’on avait inscrites en lettres inconscientes dans l’héritage de nos enfants alors qu’ils n’étaient pas encore une lueur dans nos yeux pleins du désir de nous reproduire, filigranes de névroses cachées inclus. Fidélités familiales, loyautés amicales, complexes professionnels de performances (qui impactent généralement les autres entre peu et pas du tout), on pense s’affranchir en grimpant dans un avion, alors que la seule évasion qui est susceptible de nous changer concrètement le quotidien, est fiscale. Le reste, c’est une question de légèreté.

Larguez les amarres !

S’épanouir, c’est larguer : non les amarres, mais tout ce dont on a marre. Même sentir la culpabilité nous mordre les extrémités, c’est très sain, ça pousse à courir plus vite. Pour le merci qu’on a à la fin, autant cultiver les vrais départs qui comptent. Départs de feu au corps ou de conversations passionnées, le plus beau est devant. Car partir (d’un éclat de rire), c’est mûrir un peu.