sexualité masculine

La toute-puissance de la sexualité masculine : mythe ou réalité ?

La virilité est associée à une sexualité masculine toujours performante. Pourtant les dysfonctions érectiles sont multiples et fréquentes. Elles sont même en augmentation…

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A quelles contraintes la sexualité masculine n’est-elle pas soumise ? Les hommes sont tenus d’être toujours désirants et puissants. Jamais faillibles, forcément performants. La société patriarcale leur assène depuis la nuit des temps que le monde des plaisirs est le leur et qu’un homme, un vrai, bande dur et souvent, pénètre longtemps et jouit sans problème aucun. Ne qualifiait-on pas d’”impuissant” l’homme ayant des problèmes sexuels ?

Pourtant le sexe au masculin n’est pas la belle mécanique que l’on prétend. Il est bien plus fragile qu’on ne le croit. Maintes études le confirment mais on ne citera que l’enquête française de l’Ifop faite en 2019 (1). Elle montrait que 61% des 1.957 hommes de plus de 18 ans interrogés avaient déjà été touchés par des dysfonctions érectiles au moins une fois au cours de leur vie. Un pourcentage en augmentation puisqu’en 2010, ils étaient 49 % et en 2005 44 % à confier de tels problèmes. Et pour beaucoup, ces soucis n’étaient pas des souvenirs lointains : ils étaient 38 % – plus d’un sur trois –  à admettre avoir connu au moins un problème sexuel au cours des 12 derniers mois.  Ces dysfonctions sont multiples : manque de rigidité du sexe durant un rapport pour 57 % des hommes, difficulté à conserver l’érection jusqu’à la fin du rapport pour 46 % et absence totale d’érection pour 29 %.

Ces chiffres montrent qu’entre les discours longtemps proférés sur la mécanique infaillible de la sexualité masculine et la réalité, il y a un monde. Même le désir de l’homme que l’on qualifie souvent de constant et d’imposant, si ce n’est d’envahissant, est fragilisé ! Ne dit-on pas que les hommes pensent au sexe toutes les 7 secondes ? Ou toutes les 28 minutes ? Peu importe. L’enquête précise qu’ils étaient 47 % à dire leur manque de désir…

Pourquoi tant de problèmes avec la sexualité masculine ?

Et pourquoi ces dysfonctions masculines augmentent-elles lors des enquêtes successives ? Il faut d’abord invoquer la libération de la parole : les hommes de ce troisième millénaire osent davantage dire leurs difficultés intimes.  Ensuite il faut avancer des éléments liés à la place qu’a prise la sexualité dans nos vies. Celle-ci est considérée comme un facteur d’affirmation personnelle mais aussi un ciment essentiel aux couples. De quoi mettre davantage de pression pour les hommes qui trop souvent encore se croient responsables du bon déroulement d’une relation sexuelle. Ils pensent être totalement responsables du plaisir de leur partenaire et craignent de la.e décevoir s’ils n’ont pas des érections sans faille. Et très vite l’anxiété de la performance s’installe et aggrave le problème.

Comment ne pas invoquer aussi la fatigue et le stress de nos vies qui minent les rapports ? Et sans doute faut-il encore épingler l’influence de la pornographie qui en ce qui concerne les jeunes, peut avoir des conséquences négatives sur la sexualité relationnelle. L’étude de l’Ifop de 2019 réalisée à l’occasion du lancement de Charles.co, une plate-forme de santé dédiée aux hommes, montre d’ailleurs que les hommes ayant moins de 35 ans qui visionnent quotidiennement des vidéos pornographiques sont 55 % à avoir de telles difficultés. Une consommation addictive de films X peut en effet conditionner l’excitation à des stimuli qui ne se retrouvent pas dans la vie réelle. Une relation vécue dans les bras d’un.e partenaire pourra dès lors paraître mièvre par rapport au X.  Mais l’étude de l’Ifop va plus loin et montre que les jeunes qui sont accros aux réseaux sociaux sont également particulièrement touchés par les dysfonctions érectiles : 39 %. Comme 41 % de ceux qui regardent les applis d’informations ou 38 % de ceux qui visionnent tous les jours des films et séries. On ne s’étonnera pas vraiment des conséquences négatives de ces soirées passées devant le petit écran car une relation sexuelle a besoin de disponibilités psychiques et de temps pour bien se vivre.

Une éducation à la sexualité s’impose plus que jamais. Il convient de dire et redire aux hommes que leurs capacités érectiles ne sont pas mécaniques. Les liens entre les pensées, les émotions et le sexe sont importants et un sentiment amoureux fort comme une dispute passionnée ou un stress ou une crainte peut avoir des effets directs sur l’érection comme sur l’éjaculation ou le plaisir. Non, la sexualité masculine n’est pas toujours performante et même la notion de performance n’a pas de sens. Faire l’amour à une personne, c’est autre chose que bander dur et pénétrer longtemps. La “bandaison” ne suffit pas à faire un bon amant. Un rapport sexuel est une rencontre avec un.e partenaire  et cette rencontre – même unique, même sans lendemain –  est faite de communication, écoute et jeux multiples et variés parmi lesquels ceux de pénétrer. Mais pas seulement bander et pénétrer. Se libérer de ce diktat de la performance évitera sans doute bien des souffrances et des complexes. 

(1) Étude Ifop pour “charles” réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 19 au 24 avril 2019 auprès d’un échantillon de 1957 personnes, de la population française masculine âgée de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine. »


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