Comment se mettre en empathie sans être submergé par l’émotion de l’autre ?

Vous est-il déjà arrivé de vous sentir pompé, phagocyté par les émotions d’une amie qui se confie à vous ? Irrité ou stressé par la colère d’un collègue ? Avez-vous déjà eu l’impression de porter sur vos épaules le fardeau des tensions de vos enfants, de votre conjoint, de votre famille ? Avez-vous déjà eu peur d’exprimer ouvertement une émotion en public, au point de la réprimer ?

Les Neurosciences montrent de quelle manière les émotions qui me semblent insupportables, ou qui me submergent au point de les ressentir même lorsque je ne suis plus face à mon interlocuteur, sont des émotions inter-dites, entre 2 dits, entre les lignes. Je ne peux pas les accueillir chez moi, alors impossible de le faire de manière fluide chez l’autre. Donc je vais les nier ou les rejeter en lui répondant de ne pas s’en faire pour si peu, en le fuyant ou en faisant diversion. Ou je vais dramatiser le ressenti de mon vis-à-vis, me montrant touché à l’excès, apitoyé, y repensant le soir ou les jours suivants …

Dans tous les cas, être hyper ou hypo-affecté par ce que l’autre vit est le signe que je ne peux pas accueillir l’émotion chez moi. Sans quoi je ne serais pas autant affecté par son expression. Ainsi, si je suis mal à l’aise avec les personnes qui pleurent, c’est bien que j’ai du mal avec ma propre tristesse, qui n’a probablement pas été accueillie dans l’enfance, et que donc je ne peux pas accueillir à mon tour. Mes parents ont réagi fortement ou avec indifférence face à ma tristesse, ce qui m’amène à faire pareil à l’âge adulte. Mais se plaindre constamment des victimes qui se plaignent autour de moi, n’est-ce pas un bon moyen de se plaindre aussi ? De se mettre en victime des « victimes sur pattes » qui m’entourent ? Un bon moyen de faire (inconsciemment) ce dont je me plains ?

De même, si face à la colère de son enfant, l’adulte change le non en oui, toute sa vie la colère permettra à son enfant de transformer le non en oui. Ou au contraire si l’adulte n’ouvre aucun possible, l’enfant devenu adulte ne se mettra jamais en colère, de peur de ne pas recevoir de réponse ou d’être rejeté. Tout comme l’hypercolérique, il contiendra une série de colères accumulées qui se transformeront en rage, qui formera un ressenti permanent imprimé dans le corps. Cela revient à dire qu’être trop gentil est un moyen (inconscient) de s’interdire, de s’empêcher d’être trop méchant. Sinon quel besoin d’être « trop » gentil ? Pourquoi ne pas dire oui et non quand je le sens ? Les individus qui ne se mettent jamais en colère sont donc des colériques inhibés, dont la colère, si elle sortait telle qu’elle a été accumulée dans le corps, ferait des ravages tant elle a été contenue …

Quelques astuces qui aident à avoir de la compassion pour soi et pour l’autre, sans pour autant jouer les « éponges » :

  • Si j’ai des difficultés avec l’émotion de l’autre, se demander : « Qu’est-ce qui me touche à ce point ? Qu’est-ce qui, dans ce que l’autre exprime, est difficile, voire impossible à accueillir chez moi ? » Le conscientiser permet de choisir en conscience de dépasser ma difficulté ou pas.
  • En rire et dédramatiser, pour ne pas mettre des couches d’affects qui cristallisent encore davantage le conditionnement : « Ah c’est tout moi ça. C’est encore mon vieux truc. » ; « C’est pas plus grave que ça ! » ; « J’aime encore bien la colère et les conflits. En fait, c’est gai de se disputer ! »
  • Une fois repérée, m’autoriser à sentir l’émotion interdite, en allant prudemment dans l’interdit : un petit plaisir au lieu du bonheur. Car si je me fixe un objectif trop élevé, c’est le meilleur moyen de ne pas y arriver. Par exemple, si j’ai du mal à recevoir l’amour (les compliments, les câlins, les cadeaux, …) : accepter un compliment, se laisser sentir quelques secondes le plaisir d’un câlin offert par une personne en qui j’ai confiance, s’autoriser à dire merci pour un cadeau (plutôt qu’un « Il ne fallait pas » gêné). Si j’ai du mal à recevoir de l’amour, que je me l’interdis : l’interdit d’amour sera peu à peu moins angoissant.
  • Ecouter l’autre silencieusement en me mettant en syntonie, dans le même tonus musculaire que lui. En reproduisant le tonus musculaire de mon vis-à-vis du sommet du crâne jusqu’aux pieds, afin de sentir ce qu’il sent (neurones miroirs), et accueillir ce ressenti en me laissant traverser par lui. Sans jugement, avec bienveillance.

Dans tous les cas, le prix à payer si je me sens libre de sentir ce que je sens, et donc d’être moi-même, est de laisser l’autre libre de sentir ce qu’il sent, même si ça ne me plaît pas. Je suis moi-même libre de choisir la façon dont je me laisse affecter par son ressenti.

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Christelle Lacour, Psychologue, Thérapeute et Formatrice en gestion de conflits